La comète 67P/Churyumov – Gerasimenko, Chury pour les intimes, commence à livrer ses secrets à Rosetta, la sonde spatiale spécialement conçue pour l’étudier. Un évènement crucial, en préparation, mobilise toute l’énergie des équipes scientifiques : l’atterrissage du module Philae sur la comète, à quelque 400 millions de kilomètres de la terre.

La sonde Rosetta et l’atterrisseur Philae. © Esa – J. Huart

Les instruments présents sur Rosetta. – © Cnes
Une comète pleine de… vide !
Celle-ci présente une forme générale assez étrange, en canard, faisant apparaître deux masses principales reliées par une espèce de pont. Elle exhibe une surface avec de nombreuses aspérités et des reliefs prononcés. Les photos prises ont permis de réaliser une carte précise de la comète et même d’en proposer une représentation 3D.
Les instruments présents sur l’atterrisseur Philae. © Cnes
Philae à la manœuvre

Vue Globale de Chury prise par la camera Osiris. – © esa

La comète Chury vue sous un autre angle. – © Esa
Trouver LE bon site d’atterrissage
Où en est-on actuellement ? « La comète a été photographiée et sa surface précisément cartographiée avec une précision d’environ deux mètres par pixel. Une carte 3D a même été établie » confie Wlodek Kofman. Les chercheurs disposent donc maintenant d’éléments suffisants pour choisir un “bon” site d’atterrissage. Un certain nombre de critères sont requis pour trouver LE site le plus approprié :- les caractéristiques géo-physique de la plate-forme d’atterrissage ;
- la minimisation des difficultés liées au vol proprement dit de l’orbiteur vers le site ;
- l’intérêt scientifique du site ;
- l’opérationnalité spécifique des instruments à cet endroit choisi de la comète ;
- et enfin la compatibilité de ce choix avec les autres aspects de la mission tels que définis par le chef de projet.

Détail de la surface de la Comète. – © Esa
Partie de ping pong avec Consert
Mais revenons à Consert. Comment fonctionnera-t-il ? « Il mesurera la propagation d’ondes électromagnétiques métriques (ndlr : 90 MHz) à travers le noyau entre l’orbiteur et l’atterrisseur » explique Sonia Zine, maître de conférence à l’Université Joseph Fourier et chercheuse à l’Ipag. L’expérience Consert peut être comparée à une espèce de partie de ping-pong entre deux joueurs : le premier, placé sur l’orbiteur, le second sur l’atterrisseur. La balle est remplacée par une onde qui part des instruments Consert de l’orbiteur, traverse le noyau et atteint Consert sur l’atterrisseur, posé sur la comète. Celui-ci analyse les signaux, les renvoie vers l’orbiteur et ainsi de suite. Le tout en quelques centaines de millisecondes ! Présentée comme cela, l’expérience paraît simple. En fait, elle a nécessité des années de travail en amont et des calculs extrêmement élaborés, depuis les toutes première étapes de l’élaboration du projet Rosetta. Les choses se sont évidemment accélérées ces derniers mois, depuis que les chercheurs sont en possession de données nouvelles, concrètes et précises sur la structure et la composition probables de la comète. Les scientifiques travaillent donc d’arrache-pied (d’arrache-neurones devrait-on dire !) pour affiner tous les paramètres de programmation informatique très sophistiqués nécessaires aux mesures physiques prévues. Sans rentrer dans tous les détails, il s’agit pour l’essentiel :- d’actualiser les calculs par rapport aux données topologiques récemment obtenues et reliées au site qui sera choisi ;
- calculer et modéliser les diverses orbites possibles de l’orbiteur pour obtenir les meilleures mesures ;
- actualiser et affiner les programmes informatiques d’analyse des signaux fournis par Consert en tenant compte des observations récentes.
Opportunité exceptionnelle
« L’étude du signal propagé à travers le noyau – délai, puissance, chemins multiples – permettra d’acquérir des informations sur la constante diélectrique des composants du noyau de la comète » précise Sonia Zine. Ce paramètre physique permettra de détecter et d’imager les grandes structures du noyau et les diverses stratifications potentielles. Bref, de caractériser la structure interne et la composition du noyau en terme de densité et d’hétérogénéité. « Notons que si les données obtenues par Consert ne permettent pas d’établir précisément la nature chimique des matériaux constituant le noyau, poursuit-elle, elles peuvent néanmoins donner de précieuses indications. Ainsi, une constante diélectrique proche de deux suggérera fortement la présence de glace. »
Wlodek Kofman et Sonia Zine. © Patrick Seyer – placegrenet.fr


