Groupe de maquisards à Engins. © MRDI

Vercors 40/44 : tout sur le maquis

Vercors 40/44 : tout sur le maquis

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ENTRETIEN – Soixante dix ans après les combats du Vercors, le Musée de la résistance et de la déportation de Grenoble propose jusqu’au 13 octobre une exposition « Vercors 40/44 » dédiée à ce maquis emblématique de la résistance. Retour sur cette période de l’histoire avec Olivier Cogne, directeur du musée.

 
 
 
 
© Maïlys Medjadj - Place Gre'net

© Maïlys Medjadj – Place Gre’net

Qu’était le Vercors avant de deve­nir un haut lieu de la résistance ?
 
Le Vercors était un ter­ri­toire ouvert sur le reste de la région, à la fois d’immigration ita­lienne et espa­gnole mais aussi une terre de tou­risme. Au XIVe siècle, c’était aussi une terre de cli­ma­tisme où les enfants étaient soi­gnés pour dif­fé­rentes mala­dies res­pi­ra­toires comme la tuber­cu­lose. Villard-de-Lans était ainsi le prin­ci­pal centre d’attrait du Vercors avant la guerre. C’était aussi un ter­ri­toire mar­qué par le déve­lop­pe­ment des sports d’hiver, avec l’apparition d’un cer­tain nombre de sta­tions, notam­ment à Autrans.
 
 

Qu’est-ce qui s’y est passé sous le Régime de Vichy (1939−1941) ?

 
Le régime du Vichy a eu des réso­nances dans le Vercors comme dans l’ensemble du ter­ri­toire et c’est ce que nous vou­lions rap­pe­ler dans cette expo­si­tion. Il ne faut pas consi­dé­rer le Vercors comme un îlot, un ter­ri­toire com­plè­te­ment isolé du reste de la France.
 
© Maïlys Medjadj - Place Gre'net

© Maïlys Medjadj – Place Gre’net

Le Régime de Vichy y était pré­sent au tra­vers de la légion fran­çaise des com­bat­tants, grou­pe­ment d’associations d’anciens com­bat­tants dans le Vercors drô­mois. Tandis que le pre­mier camp de résis­tance naît à Ambel, la légion fran­çaise accueille un cer­tain nombre d’instituteurs à Villard-de-Lans.
 
Il y a aussi eu les chan­tiers de jeu­nesse, avec l’ouverture d’un cer­tain nombre de camps à Autrans, Méaudre et Gresse-en-Vercors. Ils rem­placent, d’une cer­taine façon, le ser­vice mili­taire qui n’existe plus depuis l’Armistice signé entre la France de Vichy et l’Allemagne nazie. Ces chan­tiers de jeu­nesse ont voca­tion à per­mettre un endoc­tri­ne­ment plus facile des jeunes. Mais la plu­part de ceux qui en fai­saient par­tie n’étaient pas plus conscien­ti­sés que cela. Leur quo­ti­dien était d’aider les agri­cul­teurs et les popu­la­tions locales. Néanmoins, il s’agit d’une réso­nance du régime de Vichy sur le plateau.
  
 

Le Vercors a‑t-il été une terre d’accueil pendant la guerre ?

 
Oui, c’est l’autre consé­quence du début de la guerre : l’arrivée de nom­breux réfu­giés juifs dans le Vercors. Les his­to­riens ne peuvent pas en don­ner un nombre pré­cis. Ce tra­vail est très dif­fi­cile, voire impos­sible en rai­son de la clan­des­ti­nité de ces per­sonnes. Elles vivaient la plu­part du temps sous une fausse iden­tité. Mais nous avons dans cette expo­si­tion quelques pho­tos inédites qui témoignent de cette pré­sence. Et puis en octobre 1940, s’ouvre aussi à Villard-de-Lans le lycée polo­nais Cyprian Norwid. Il sera un point de chute pour de jeunes Polonais. En 1944, cer­tains d’entre eux vont rejoindre les rangs de la résis­tance aux côtés d’enseignants.
 
 
 
Carcasse de planeur allemand à Vassieux-en-Vercors en août 1944 © MRDI

Carcasse de pla­neur alle­mand à Vassieux-en-Vercors en août 1944 © MRDI

 
 
 

Dans cette exposition, vous séparez l’histoire du maquis du Vercors en trois temps. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

 
Nous entrons dans l’histoire de la Résistance avec cette approche des « Trois Vercors ». C’est une notion que nous devons à l’historien Gilles Vergnon. L’idée est de dire qu’il y a eu un pre­mier Vercors, avec les pré­mices de la Résistance grâce au mou­ve­ment franc-tireur, créé à Grenoble. Eugène Chavant, Léon Martin, Eugène Samuel, Victor Huillier et Aimé Pupin furent les figures de ce mou­ve­ment. Ces hommes appar­te­naient, avant la guerre, au Parti socia­liste inter­dit à l’époque de Vichy, mais aussi pour cer­tains à la Franc-maçon­ne­rie ou à des mou­ve­ments comme la Libre Pensée. Il y a un réseau de socia­bi­lité dont sont issus ces hommes qui se retrouvent pour enga­ger les leviers de la Résistance en Isère.
 
Copies de notes de Pierre Dalloz sur le projet Montagnards © Maïlys Medjadj - Place Gre'net

Copies de notes de Pierre Dalloz sur le pro­jet Montagnards © Maïlys Medjadj – Place Gre’net

En paral­lèle, Pierre Dalloz et Jean Prévot vont mettre en place entre 1941 et 1943 des stra­té­gies d’organisation avec le « Plan mon­ta­gnards ». L’objectif est de don­ner au Vercors un rôle majeur sur le plan mili­taire dans la libé­ra­tion du ter­ri­toire natio­nal. Un pro­jet qui ne verra fina­le­ment pas le jour, suite à l’arrestation en juin 1943 de deux grandes figures que sont Jean Moulin et le Général Delestraint. La place que pou­vait avoir le Vercors dans la Libération est, suite à cela, com­plè­te­ment remise en question.
 
 

En 1943, débute le « deuxième Vercors ». Une période qui est davantage marquée par la militarisation du maquis…

 
Une orga­ni­sa­tion mili­taire se met en place avec l’aide de plu­sieurs per­son­na­li­tés comme Alain Le Ray. Il fut le pre­mier chef mili­taire du Vercors. C’est un maquis qui se déve­loppe aussi dans le contexte du STO. Au début de l’année 1943, le régime de Vichy met en place une loi qui oblige les jeunes gens à aller tra­vailler en Allemagne. Beaucoup d’entre eux vont deve­nir des réfrac­taires au ser­vice du tra­vail obli­ga­toire et s’engager dans la Résistance. Jusqu’à la veille de l’attaque alle­mande à l’été 1944, 18 camps de résis­tants seront répar­tis un peu par­tout dans le Vercors. Cette période est aussi mar­quée par l’attaque en jan­vier de la même année du maquis de Malleval par les troupes alle­mandes. C’est un pre­mier signe avant-cou­reur de ce que sera la répres­sion à l’été 1944. Les maqui­sards arrê­tés sont géné­ra­le­ment tués sur place, sinon déportés.
 
 

Le point d’orgue de cette exposition est le « troisième Vercors ». Pouvez-vous nous parler de cette période ?

 
Affiche annonçant la restauration de la République signée par Clément alias Eugène Chavant en juillet 1944 © MRDI

Affiche annon­çant la res­tau­ra­tion de la République signée par Clément alias Eugène Chavant en juillet 1944 © MRDI

Le 6 juin 1944, débute le débar­que­ment allié sur les côtes nor­mandes. Ce qui aura pour consé­quence d’appeler à la Résistance et d’engager les com­bats dans le Vercors et la France en géné­ral. Cet évé­ne­ment va entraî­ner une mon­tée en masse du nombre de com­bat­tants dans le maquis. Les effec­tifs passent ainsi de 400 à 4 000 en l’espace de quelques jours. Mais la plu­part de ces hommes ne savent pas manier les armes. Ils n’ont que leur bonne volonté pour com­battre un occu­pant super entraîné, aguerri par les com­bats dans le front de l’Est.
Le 13 juin 1944, Saint-Nizier-Du-Moucherotte est le théâtre d’une pre­mière incur­sion alle­mande. Après avoir repoussé l’ennemi une pre­mière fois, les résis­tants sont obli­gés de se replier jusqu’aux envi­rons de Villard-de-Lans et de Méaudre. C’est l’une des lettres de noblesse de la Résistance dans le Vercors. L’occupant maî­trise les contre­forts du Vercors Nord et s’en tient là.
Quelques jours plus tard, le Vercors entre un peu plus dans l’image de la Résistance natio­nale. Le 3 juillet 1944, Eugène Chavant, sous le pseu­do­nyme de Clément, pro­clame sur une affiche le retour de la République fran­çaise dans le Vercors. Cette pro­cla­ma­tion est un appel à mani­fes­ter le 14 juillet 1944.
 
 

Pouvez-vous nous revenir sur les événements du 21 juillet 1944 ?

 
Cette date cor­res­pond à l’offensive alle­mande sur le Vercors. Environ 10 000 sol­dats de la 157ème divi­sion de réserve basée à Grenoble et des chas­seurs de mon­tagne vont dis­lo­quer en trois jours la Résistance et anéan­tir le maquis. Les com­bats seront très âpres, notam­ment à Vassieux-en-Vercors et Valchevrière. Très rapi­de­ment, François Huet, chef mili­taire du maquis a la pré­sence d’esprit d’ordonner la dis­per­sion des poches de résis­tance. Ces com­bats ont fait près d’un mil­lier de morts ; autant de civils que de résistants.
 
Ce fut une page extrê­me­ment dou­lou­reuse. C’est ce qui explique aussi que le Vercors a une telle place dans la mémoire natio­nale. Le 15 août 1944, les Alliés débarquent sur les côtes de Provence. Et en l’espace d’une semaine des troupes amé­ri­caines par­ties en éclai­reur arrivent dans Grenoble. C’est l’action conjointe de l’artillerie amé­ri­caine et du maquis qui va per­mettre la Libération de l’Isère.
 
 
 
Maïlys Medjadj
 
 
L’exposition « Vercors 40 / 44 » est à décou­vrir jusqu’au 13 octobre 2014 au Musée de la résis­tance et de la dépor­ta­tion de l’Isère, 14 rue Hébert, à Grenoble.
Exposition ouverte le lundi, mer­credi, jeudi et ven­dredi de 9h à 18h, le mardi de 13h30 à 18h, le samedi et le dimanche de 10h à 18h.
Entrée libre.
 
 
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MM

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