La Villeneuve : plainte contre un “rêve brisé”

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DÉCRYPTAGE – La diffusion du reportage d’Envoyé spécial « La Villeneuve le rêve brisé » pourrait se transformer en cauchemar pour le président de France Télévisions. L’association des Habitants de la Crique sud a en effet déposé une plainte pour diffamation publique à son encontre devant le tribunal correctionnel de Grenoble le 26 décembre dernier.

 
 
Vue générale des immeubles avec les montagnes dans le reportage Envoyé Spécial Villeneuve le rêve brisé diffusé sur France 2
 
Il y avait déjà eu des péti­tions, la page Facebook, des assem­blées géné­rales, des groupes de tra­vail, un contre-repor­tage… Et même une mobi­li­sa­tion des habi­tants lors du pas­sage de Françoise Joly, rédac­trice en chef de l’émission, au Prisme de Seyssins pour la remise des diplômes de l’Institut d’é­tudes poli­tiques de Grenoble. Mais la réac­tion des habi­tants de la Villeneuve n’en est pas res­tée là. N’ayant pas réussi à obte­nir un droit de réponse suite à la dif­fu­sion du repor­tage d’Envoyé spé­cial « Villeneuve le rêve brisé » sur France 2, le 26 sep­tembre 2013, l’association des Habitants de la Crique sud vient de dépo­ser plainte. Un nou­veau moyen de faire entendre leur colère.
 
Façade d'immeuble avec des paraboles dans le reportage Envoyé Spécial Villeneuve le rêve brisé diffusé sur France 2« Nous ne nions pas les inci­vi­li­tés ni, par­fois, la vio­lence mais nous vou­lons dire qu’il y a une autre vie dans notre quar­tier que celle pré­sen­tée de manière détour­née et cari­ca­tu­rale » sou­li­gnait l’association le 5 jan­vier dans un com­mu­ni­qué. Une posi­tion qu’elle entend défendre au tri­bu­nal. Marie-France Chamekh, pré­si­dente de la régie de quar­tier de la Villeneuve, est sur la même ligne : « On ne se retrouve pas dans ce repor­tage qui montre une vérité, mais qui n’est pas toute la vérité de la Villeneuve ».
 
 
« Dépasser le quar­tier de la Villeneuve »
 
 
Mais l’as­so­cia­tion des Habitants de la Crique sud voit plus loin. Elle veut, par le biais de cette plainte, « dénon­cer la manière dont sont trai­tés tous les quar­tiers dans les médias ». Le pro­cès serait donc l’occasion d’ancrer le cas de la Villeneuve dans le débat natio­nal. Marie-France Chamekh déclare vou­loir « dépas­ser le quar­tier de la Villeneuve. Il ne faut pas “res­ter en autar­cie” sur le quar­tier. Il faut que ce débat s’ouvre sur l’extérieur parce qu’il y a d’autres quar­tiers stig­ma­ti­sés ainsi ».
 
Immeubles vus depuis le tram A dans le reportage Envoyé Spécial Villeneuve le rêve brisé diffusé sur France 2
L’occasion, pour elle, de remettre en cause un trai­te­ment média­tique qui pri­vi­lé­gie­rait par­fois le sen­sa­tion­nel au détri­ment de la com­plexité de la réa­lité. Quitte à rui­ner l’image d’un quar­tier, ainsi que les efforts de ses habi­tants pour la redo­rer depuis les évè­ne­ments de juillet 2010.

 

 
 
 
« Déconstruire les pré­ju­gés »
 
 
Longtemps évo­quée par dif­fé­rentes struc­tures, l’action en jus­tice n’a fina­le­ment été entre­prise que par l’association des Habitants de la Crique sud. Le col­lec­tif Allons Quartiers avait envi­sagé de faire de même pour « pré­ju­dice moral et finan­cier », mais n’a pas déposé de plainte à ce jour.
 
Femme de ménage dans les coursives dans le reportage Envoyé Spécial Villeneuve le rêve brisé diffusé sur France 2Son avo­cate, Me Myriame Matari, explique la démarche pour­sui­vie : « C’est un tra­vail de réflexion sur l’impact du repor­tage, quand les gens cherchent un emploi, qu’ils veulent accé­der à un loge­ment ou vendre leur bien ». Principal objec­tif du col­lec­tif ? « Déconstruire les pré­ju­gés, faire une action citoyenne et péda­go­gique sur le droit et le recours au droit pour étu­dier les dif­fé­rentes pos­si­bi­li­tés de réponse ». Allons quar­tiers veut ainsi faire entendre une autre vérité et mon­trer l’impact néfaste de « Villeneuve le rêve brisé » pour le quar­tier gre­no­blois, comme pour tous les autres.
 
Face aux dif­fi­cul­tés d’une action en jus­tice liée aux enjeux de liberté d’expression et des médias, le col­lec­tif semble pré­fé­rer se can­ton­ner au débat citoyen. « L’inquiétude, c’est que, si la déci­sion judi­ciaire ne répond pas à l’attente des gens, il puisse y avoir un sen­ti­ment d’impunité, le sen­ti­ment que tout ce sys­tème fonc­tionne ensemble », explique l’avocate. Un risque qu’a choisi de prendre l’association des Habitants de la Crique sud, en enga­geant des pour­suites judi­ciaires contre Rémy Pflimlin, pré­sident-direc­teur géné­ral de France Télévisions.
 
 
Guillaume Rantet
 
 
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