Lagopède : protection ou extinction ?

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DECRYPTAGE – Alors que ce dimanche marque l’ou­ver­ture de la chasse en Isère, la Ligue de pro­tec­tion des oiseaux réclame le clas­se­ment en espèce pro­té­gée du lago­pède alpin. Figurant en tête des espèces mena­cées des Alpes, celui-ci voit en effet sa pré­sence sans cesse res­treinte dans nos mas­sifs envi­ron­nants. L’oiseau semble d’ores et déjà avoir dis­paru du mas­sif de la Chartreuse et sa popu­la­tion est de plus en plus limi­tée dans le Vercors et l’Oisans. 

 

 

 

 

Lagopède alpin en automne. © Denis Simonin

Lagopède alpin en automne.
© Denis Simonin

 

Après le grand Tétras, le lago­pède alpin va-t-il à son tour dis­pa­raître des Alpes fran­çaises ? C’est la crainte des asso­cia­tions de pro­tec­tion de la nature qui voient sans cesse dimi­nuer les popu­la­tions du petit gal­li­forme de mon­tagne.
 
Combien sont-ils en Isère ? Quelques cen­taines peut-être. Difficile de les dénom­brer. Aux effec­tifs, les asso­cia­tions pré­fèrent les ten­dances. Car le lago­pède, au plu­mage blanc l’hi­ver et mar­ron au prin­temps, est un spé­cia­liste du camou­flage.
Et puis, il faut aller le cher­cher de plus en plus haut, au-des­sus de 1 800 mètres d’al­ti­tude. “La popu­la­tion du Vercors est très limi­tée aux som­mets comme le Grand Veymont », explique Jacques Prévost, ancien res­pon­sable de la LPO Isère. “On le trouve aussi dans le mas­sif des Grandes Rousses, et dans l’Oisans ».
 
De moins en moins pré­sent dans les Alpes
 
Couple de lagopèdes alpins. © Denis Simonin

Couple de lago­pèdes alpins.
© Denis Simonin

 
D’après un rap­port de l’Observatoire des gal­li­formes de mon­tagne sorti en 2011, le Lagopède a déjà dis­paru de plus d’une dizaine de com­munes dans les Pré-Alpes et les Alpes du Nord, et est passé d’une pré­sence régu­lière à une pré­sence spo­ra­dique sur plus d’une tren­taine d’autres. En juin 2012, un site test de la LPO en Haute-Savoie comp­tait 17 coqs chan­teurs. Cette année, le chiffre tourne entre 10 et 11…

 

Le Lagopède, espèce arc­tique, est une relique de l’é­poque gla­ciaire », pré­cise Jacques Prévost. « Avec le retrait des gla­ciers, il y a 20 000 ans, les Lagopèdes ont suivi le mou­ve­ment”. Et le mou­ve­ment conti­nue… Les popu­la­tions de lago­pèdes ont ainsi chuté de 60 % en douze ans dans cer­tains mas­sifs des Pyrénées.
 
 
Le coup de grâce du réchauf­fe­ment cli­ma­tique
 
Lagopèdes alpins en hiver. © Denis Simonin

Lagopèdes alpins en hiver.
© Denis Simonin

 
Pour la Ligue de pro­tec­tion des oiseaux (LPO), il y a urgence. “Ce sont des espèces en grande dif­fi­culté », résume Jacques Prévost “et, qui plus est, qui sont sou­mises au pro­blème du réchauf­fe­ment cli­ma­tique”. Baromètre du niveau de dégra­da­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, le lago­pède alpin, plus que tous les autres, subit en effet de plein fouet la hausse des tem­pé­ra­tures et la remon­tée du niveau des neiges.
  
Lagopède alpin en hiver. © Denis Simonin

Lagopède alpin en hiver.
© Denis Simonin

Le lago­pède alpin est une popu­la­tion en mau­vais état de conser­va­tion”, confirme de son côté Marie-Paule de Thiersant, pré­si­dente de la coor­di­na­tion Rhône-Alpes de la LPO. “Et il y a de telles contraintes liées au chan­ge­ment cli­ma­tique que, dans les années à venir, si on ne fait rien, on va tran­quille­ment regar­der l’es­pèce s’é­teindre, tan­dis que les chas­seurs vont conti­nuer de pré­le­ver jus­qu’au der­nier !
 
Alors, les asso­cia­tions sai­sissent la jus­tice. En 2010, la chasse au Tétras-lyre a ainsi été sus­pen­due dans la Drôme et des pres­crip­tions spé­ciales prises pour la Gélinotte des bois en Isère. Le lago­pède, lui, a peut-être sauvé quelques plumes l’an­née der­nière, suite aux res­tric­tions de chasse sur les mas­sifs du Vercors et de la Chartreuse déci­dées par le pré­fet de l’Isère. Un court répit qui laisse tou­te­fois per­plexe Jacques Prévost : “En vingt ans, je n’ai jamais vu de lago­pède alpin dans le mas­sif de la Chartreuse !”. 
 
Cette année encore, et alors que débute aujourd’hui la sai­son de la chasse, le pré­fet de l’Isère a inter­dit les tirs dans les mas­sifs de la Chartreuse, du Vercors et de l’Obiou. Le lago­pède peut tou­te­fois encore être chassé sur le reste du dépar­te­ment, chaque chas­seur ayant le droit de tuer jus­qu’à trois oiseaux.
 
 
Vers un sta­tut d’es­pèce pro­té­gée ?

 

 

Face à l’ef­fon­dre­ment de la popu­la­tion de lago­pède, les asso­cia­tions réclament son clas­se­ment comme espèce pro­té­gée. L’oiseau ne pour­rait ainsi plus être chassé. De quoi lever une pres­sion sur cette espèce déjà confron­tée à de nom­breux autres obs­tacles : modi­fi­ca­tion des habi­tats, déve­lop­pe­ment des infra­struc­tures tou­ris­tiques en mon­tagne notam­ment liées au ski, col­li­sions avec les câbles, bra­con­nage, cap­tures par des chiens errants… “Sans comp­ter le déran­ge­ment hiver­nal”, pour­suit Jacques Prévost. “Le ran­don­neurs sont de plus en plus nom­breux à quit­ter les sen­tiers pour aller dans les zones de repro­duc­tion”.
 
Le lago­pède alpin, éga­le­ment appelé per­drix des neiges, est d’ailleurs ins­crit à l’an­nexe 1 de la direc­tive euro­péenne Oiseaux qui recom­mande de mettre en place des mesures de pro­tec­tion. Et il figure déjà sur la liste rouge mon­diale des espèces mena­cées de l’Union inter­na­tio­nale pour la conser­va­tion de la nature. L’espèce est « quasi-mena­cée », à en croire ce réseau consti­tué d’ex­perts scien­ti­fiques, d’or­ga­nismes publics et d’as­so­cia­tions. Un constat assorti de pré­co­ni­sa­tions pas for­cé­ment sui­vies d’ef­fets…
 
Mimétisme du lagopède alpin en automne. © Denis Simonin

Mimétisme du lago­pède alpin en automne.
© Denis Simonin

Or l’Office natio­nal de la chasse et de la faune sau­vage (ONCFS)* et, en son sein, l’Observatoire des gal­li­formes de mon­tagne font peu ou prou le même constat que les asso­cia­tions de pro­tec­tion de la nature : le lago­pède alpin n’est pas le seul à être menacé de dis­pa­ri­tion. Comme lui, le Tétras lyre, la Gélinotte des bois et la per­drix Bartavelle voient leurs popu­la­tions régu­liè­re­ment chu­ter au fil des années. 
 
 
Pression de l’homme, réchauf­fe­ment cli­ma­tique… Leur dis­pa­ri­tion est-elle iné­luc­table ? Pour les asso­cia­tions de pro­tec­tion de la nature, pas ques­tion de bais­ser les armes. Celles-ci comptent bien obte­nir le déclas­se­ment d’es­pèce gibier en espèce pro­té­gée pour les quatre espèces de gal­li­formes de mon­tagne. Et devraient dépo­ser leur argu­men­taire à la fin de l’an­née sur le bureau du ministre concerné. Une autre dimen­sion du com­bat com­mence, à quelques mois des élec­tions muni­ci­pales…
 
 
Patricia Cerinsek
 
 
* L’ONCFS par­ti­cipe notam­ment à un pro­gramme euro­péen de coopé­ra­tion trans­fron­ta­lière France-Italie, « Alcotra gal­li­formes alpins », visant à suivre les cinq espèces en tant qu’in­di­ca­teurs des chan­ge­ments de l’en­vi­ron­ne­ment. Observations, enquêtes, sui­vis de ter­rain, cap­tures et mar­quages d’in­di­vi­dus per­mettent d’é­tu­dier l’é­tat de santé des popu­la­tions des Alpes et les pres­sions aux­quelles elles sont sou­mises. Les par­te­naires ont aussi pour objec­tif de créer un réseau per­ma­nent de suivi trans­fron­ta­lier débor­dant le cadre du pro­gramme qui doit s’a­che­ver en 2013.
 
 

CouvertureLivreChevechettes

L’ensemble des pho­to­gra­phies illus­trant cet article ont été réa­li­sées par Denis Simonin, pho­to­graphe natu­ra­liste gre­no­blois. Celui-ci vient, par ailleurs, de réa­li­ser avec Frédéric Renaud, éga­le­ment pho­to­graphe, un très bel ouvrage sur la chouette che­vê­chette

 

Ce livre pré­facé de Vincent Munier est le pre­mier à être publié sur cette petite chouette de mon­tagne aussi rare que dis­crète.
 
Exposition de pho­tos « Chevechette, petite chouette des mon­tagnes », du 11 sep­tembre au 2 octobre à la Maison du parc de Lans en Vercors.
 
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Commentaires 1
  1. La faute aux chas­seurs ‚et aux auto­ri­tés et aux élus !

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