Quid de la Villeneuve en 2053 ?

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POINTS DE VUE – Quarante ans, des rides sur le béton, des cou­leurs ter­nies et une uto­pie bien loin main­te­nant. La Villeneuve n’est plus si jeune, mais le pro­jet de société qu’elle por­tait reste d’ac­tua­lité. Et dans qua­rante ans ? Le Parti Socialiste a l’occasion d’exprimer chaque jour sa posi­tion par la voix du maire. Quant à l’UMP, elle a aussi pu mettre en œuvre sa vision du quar­tier sous le man­dat d’Alain Carignon, maire RPR de la ville.
Mais com­ment les autres par­tis voient-ils l’avenir de la Villeneuve ? Place Gre’net a sol­li­cité le Front de Gauche, Europe Ecologie les Verts et le Front National pour qu’ils livrent leurs visions à long terme de ce quar­tier sym­bo­lique. Sécurité, réha­bi­li­ta­tion ther­mique, ques­tions sociales… Les pistes de réflexions, lais­sées à leur libre appré­cia­tion, ne manquent pas.
 
L'Arlequin et ses couleurs

L’Arlequin et ses cou­leurs.

 
Europe Écologie Les Verts
 
Gwendoline Delbos-Corfield : “Dans qua­rante ans, la Villeneuve doit deve­nir le rêve qu’elle a été. Ce n’est pas une uto­pie !”
 
Gwendoline Delbos-Corfield, conseillère municipale - Grenoble.fr

Gwendoline Delbos-Corfield, conseillère muni­ci­pale – Grenoble.fr

« Il y a une néces­sité à ce que ces quar­tiers existent. Le loge­ment n’est pas remis en cause. Il faut évi­dem­ment faire évo­luer le bâti, bien que nous soyons très réser­vés sur les démo­li­tions (ndlr : démo­li­tion du 50 gale­rie de l’Arlequin dans le cadre de la réno­va­tion urbaine de la Villeneuve). Ce quar­tier doit être ouvert, mais la prio­rité est sur­tout de le revi­vi­fier de l’intérieur. Dans qua­rante ans, la réha­bi­li­ta­tion ther­mique des bâti­ments deman­dée par les habi­tants aura eu lieu. Pour nous, c’est une prio­rité d’en faire un lieu phare de l’écologie et de la basse consom­ma­tion éner­gé­tique. Dans qua­rante ans, la Villeneuve doit deve­nir le rêve qu’elle a été. Ce n’est pas une uto­pie !
 
Il faut conser­ver l’énergie asso­cia­tive et citoyenne du quar­tier et construire dans la concer­ta­tion. Elle n’est aujourd’hui pas tota­le­ment com­prise par les ins­ti­tu­tions. La Villeneuve doit res­ter un creu­set asso­cia­tif, un creu­set d’idées. Elle doit retrou­ver la mixité par le retour d’une popu­la­tion plus aisée. Il faut reve­nir à ce qu’il y avait il y a qua­rante ans. L’époque Carignon a étran­glé, finan­ciè­re­ment au moins, la Villeneuve. On doit reve­nir au plai­sir de vivre qu’il y avait, aux enfants jouant dans le parc…
 
Tout cela passe par un binôme ins­ti­tu­tions-habi­tants. Et cela ne se fera pas sans com­merces qui fonc­tionnent à l’intérieur. Peut-être faut-il un accom­pa­gne­ment pour que la Villeneuve ait à terme une cer­taine auto­no­mie par ses habi­tants. En encou­ra­geant les jar­dins par­ta­gés, on peut par exemple pri­vi­lé­gier les cir­cuits courts et envi­sa­ger beau­coup d’auto-pro­duc­tion maraî­chère. La Villeneuve ne peut faire l’économie d’un accom­pa­gne­ment humain et ins­ti­tu­tion­nel ami­cal, vu la den­sité qu’il y a. Il faut une pré­sence humaine, des édu­ca­teurs, une police de proxi­mité sans armes, un retour des assis­tantes sociales… Cela ne sert à rien d’envoyer des Robocops. Les ques­tions de sécu­rité ne se résolvent pas avec des camé­ras de sur­veillance, ni avec une police qui fait peur. En revanche, il est dom­mage que le com­mis­sa­riat soit parti. Une police de proxi­mité for­mée, non vio­lente et sans les sym­boles de vio­lence, asso­ciée à des accom­pa­gna­teurs, est peut-être la solu­tion pour rega­gner la confiance de tous. La Villeneuve doit res­ter un lieu d’innovation, cultu­rel, édu­ca­tif… Sinon elle perd son inté­rêt. »
 
 
Front de Gauche
 
Patrice Voir : “Dans qua­rante ans, je vois un quar­tier équi­li­bré qui accueille la diver­sité de la popu­la­tion, avec des gens qui tra­vaillent et par­ti­cipent à la vie sociale 
 
Patrice Voir, Front de Gauche, Adjoint au maire à la santé - © Serre

Patrice Voir, Front de Gauche, Adjoint au maire à la santé – © Serre

« A l’origine, le Parti Communiste a par­ti­cipé à la construc­tion de la Villeneuve, bien que ce soit sous la muni­ci­pa­lité Dubedout. Il y avait une uto­pie des socia­listes de l’époque. Cela reste un quar­tier popu­laire où la vie est encore riche et où l’on trouve la plu­part des ser­vices publics. Pour un quar­tier qui cumule les souf­frances des “ban­lieues”, la Villeneuve a un cer­tain nombre d’atouts. Il reste quelques filets. C’est un quar­tier qui a encore des res­sources, même s’il est très for­te­ment mar­qué par la crise, la hausse du chô­mage et le recul de la “mixité”.
 
Je ne nie pas l’utilité de retou­cher au bâti mais cela ne suf­fit pas. Tant que le taux de chô­mage des jeunes sera proche des 50%, le pro­blème ne sera pas résolu. La ques­tion de l’emploi et des droits sociaux passe avant les ques­tions d’urbanisme dans ce quar­tier, où il faut encore main­te­nir et déve­lop­per les ser­vices publics.
 
Dans qua­rante ans, je vois un quar­tier équi­li­bré qui accueille la diver­sité de la popu­la­tion, avec des gens qui tra­vaillent et par­ti­cipent à la vie sociale dans un envi­ron­ne­ment sain. Avec, bien évi­dem­ment, une réha­bi­li­ta­tion pour tenir compte de l’écologie et une vie de quar­tier qui retrouve un dyna­misme grâce aux jar­dins par­ta­gés. Ce quar­tier réap­pro­prié par ses habi­tants sera tota­le­ment inté­gré et les gens du centre-ville vien­dront aussi pro­fi­ter du plus grand parc de l’agglomération.
 
Ce quar­tier a encore des poten­tiels impor­tants. Il souffre for­te­ment de la crise, du chô­mage, de l’austérité, mais il conserve des poten­tiels inté­res­sants, pour peu que l’environnement glo­bal change. Ce sera long car on est plu­tôt dans une spi­rale d’enfermement et de dégra­da­tion du tissu social. Cela pose la ques­tion du peu­ple­ment qu’il faut rééqui­li­brer. J’ai donc le pes­si­misme de la rai­son et l’optimisme de la volonté. »
 
 
Front National
 
Mireille d’Ornano : « La tolé­rance zéro admise doit deve­nir la règle abso­lue. » 
 
Mireille d'Ornano, Secrétaire départementale du FN de l’Isère et Conseiller régional - fninfos.fr

Mireille d’Ornano, secré­taire dépar­te­men­tale du FN de l’Isère et conseillère régio­nale – fninfos.fr

« Pour pen­ser l’avenir de la Villeneuve décrété, comme 65 autres quar­tiers en France, zone de sécu­rité prio­ri­taire (ZSP), il est néces­saire d’en dres­ser le constat. Quel est-il depuis l’année de sa créa­tion, en 1972 ? A‑t-il tenu toutes ses pro­messes, qua­rante ans après ? Si effec­ti­ve­ment il les a tenues durant les dix pre­mières années, aujourd’hui la décep­tion est grande. Rien n’aurait pu lais­ser sup­po­ser que ce quar­tier devien­drait une zone de sécu­rité prio­ri­taire.
 
Les prin­ci­pales dif­fi­cul­tés de la Villeneuve aujourd’hui, nous les connais­sons. Au fil des ans, l’installation pro­gres­sive et mas­sive de popu­la­tions d’origine magh­ré­bine et afri­caine en a peu à peu changé l’image comme l’identité. Nul ne le conteste aujourd’hui, que l’on soit de droite ou de gauche. L’avenir de ce quar­tier passe donc d’abord par la maî­trise de l’immigration, comme par la réus­site de l’intégration de ces popu­la­tions. Ce qui est loin d’être le cas, tant au niveau natio­nal que local ; ces popu­la­tions étant en état de dif­fi­culté accrue, dans un contexte de crise.
 
Nous savons que la Villeneuve, comme d’autres quar­tiers, a aussi favo­risé les tra­fics de toute nature, à com­men­cer par celui de la drogue, véri­table fléau pour notre jeu­nesse. La tâche reste donc immense et la lutte sans fai­blesse contre ce tra­fic illi­cite consti­tue la prio­rité des prio­ri­tés. En consé­quence de quoi, la police et la jus­tice, aidées des ser­vices sociaux et édu­ca­tifs en amont, doivent béné­fi­cier de moyens plus impor­tants qu’ils n’ont pas aujourd’hui en maté­riel et en per­son­nel. La tolé­rance zéro admise doit deve­nir la règle abso­lue. Aucun quar­tier ne doit être inac­ces­sible. Une fois l’ordre répu­bli­cain et la tran­quillité réta­blis, il sera alors néces­saire de redon­ner une vie cultu­relle, sociale et éco­no­mique digne de ce nom. Mais cela passe, on le sait, par les orien­ta­tions et les choix de nos gou­ver­nants, d’abord au niveau natio­nal, puis local. L’avenir de ce quar­tier en dépend. »
 
Propos recueillis par Lucas Piessat
 
 
MC2 - Saison 2020-21
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Commentaires 2
  1. Pourquoi par­ler de la Villeneuve dans 40 ans ? Bien sur, l’a­ve­nir se nour­rit de rêves , mais pour beau­coup la ques­tion est urgente ; que sera la Villeneuve dans 2 ans ? Quel est l’a­ve­nir du 10 et du 20 gale­rie de l’Arlequin aujourd’­hui ? Il me semble que nous les loca­taires devrions être infor­més de façon pré­cise et à quelle date sera mis en œuvre la « réno­va­tion » de ces deux bâti­ments ! Nous avons besoin de savoir, pour faire des pro­jets, pour réflé­chir à nôtre ave­nir .…
    avoir le sen­ti­ments d’être des pions est très dif­fi­cile, et ne nous per­met pas de nous inves­tir dans
    ces néces­saires chan­ge­ments .

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