ÉVÉNEMENT – Depuis 2024, un phénomène insolite se produit chaque printemps dans les rues de la métropole grenobloise : la transhumance urbaine. Pendant une semaine, du 20 au 27 mai, environ 550 brebis et agneaux vont ainsi quitter Veurey-Voroize et traverser la métropole pour rejoindre leurs alpages d’été en Chartreuse.
Du mercredi 20 au mercredi 27 mai, la métropole grenobloise va vibrer au rythme des cloches de près de 550 brebis et agneaux accompagnés par leurs bergers Lise Marrec et Eudes Jouët-Pastre, en route vers leurs alpages d’été au col de Porte, en Chartreuse.
Pour la troisième année consécutive, la transhumance urbaine du groupement pastoral de Chamechaude transformera ainsi les rues en un spectacle vivant, mêlant tradition pastorale et vie citadine. Un événement qui s’inscrit cette fois dans le cadre de l’Année internationale du pastoralisme, proclamée par l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations unies (FAO).
Une initiative née d’une logique professionnelle et écologique
Pour Lise Marrec, éleveuse-bergère du troupeau, cette transhumance répond d’abord à un besoin professionnel : déplacer les animaux jusqu’à leur alpage d’été. « Nous sommes actuellement à 50 km de notre alpage, où nous pâturons sous les noyers. À une telle distance, prendre le camion nous semblait absurde, surtout que nous aimons marcher. Dès notre arrivée ici, il y a trois ans, nous nous sommes demandé si nous ne pourrions pas faire ce trajet à pied », raconte-t-elle.

280 brebis et leurs 250 agneaux traverseront les communes de la métropole de Grenoble du 20 au 27 mai 2026. © Lise Marrec
Le projet a rapidement séduit leurs partenaires, notamment Grenoble-Alpes Métropole. « Chamechaude est le seul alpage situé au cœur de la métropole et nous sommes en contact étroit avec ses représentants. Le projet a suscité de l’intérêt et l’idée s’est concrétisée en une véritable transhumance urbaine », précise Lise.
La voie verte a été choisie pour son côté pratique. « Ça nous permet de traverser assez facilement le tissu urbain sans gêner la circulation et sans être gênés non plus par elle », explique Eudes Jouët-Pastre, également éleveur-berger du troupeau. Techniquement, ce trajet permet aussi d’éviter des détours par des routes de montagne, moins directes et plus complexes.
Le public est invité à venir découvrir les brebis et le métier de berger
Le voyage débutera le 20 mai avec l’arrivée du troupeau à Moirans dans la soirée, aux alentours de 19 heures. Puis le lendemain, le 21 mai, le troupeau prendra la direction de Veurey-Voroize, où il passera la nuit sur le terrain de foot de la commune.

© Lise Marrec
Le 22 mai, le départ est prévu vers 9 heures en direction de Sassenage, pour une étape de 8,5 km. L’arrivée au parc de l’Ovalie est attendue dans l’après-midi, où le troupeau s’installera pour deux nuits. Le 23 mai, une journée de repos sera entièrement dédiée à la rencontre avec le public. Les visiteurs pourront approcher les animaux et échanger avec les bergers sur leur métier, les enjeux du pastoralisme et la cohabitation avec les autres usages de la montagne.
Le 24 mai, le troupeau quittera Sassenage vers 7 heures pour rejoindre Saint-Martin-le-Vinoux (hameau de Narbonne), puis il repartira le lendemain matin vers 9 heures en direction de Mont-Quaix-en-Chartreuse. Le 26 mai, le troupeau se dirigera vers Sarcenas, où il passera sa dernière nuit avant l’alpage.

Parcours de la transhumance urbaine dans la métropole de Grenoble. © Grenoble-Alpes-Métropole
Enfin, le 27 mai, l’ultime étape partira de Sarcenas vers 9 heures, avec une arrivée prévue entre 11 heures et 12 heures au col de Porte. Au programme, de nombreuses animations : temps d’échange avec les éleveurs sur le métier de berger, les chiens de protection et la biodiversité, projection du film Nature en partage, chantier participatif, marche accompagnée et pique-nique partagé.
Un spectacle vivant et une sensibilisation au pastoralisme
« Les gens sont très curieux. Nous passons notre temps à répondre à leurs questions. Le troupeau porte des sonnailles, ces cloches qui résonnent dans les rues. Cela crée une ambiance unique : les gens nous suivent, ouvrent leurs fenêtres, s’exclament en nous voyant passer. Une véritable effervescence naît dans la rue, comme un spectacle vivant », s’enthousiasme Lise.

Les promeneurs sont invités à ne pas emmener leur chien à proximité du troupeau afin de faciliter le travail de ceux de conduite et de protection. © Lise Marrec
Eudes souligne quant à lui le côté convivial et festif de l’événement : « Pour nous, c’est une habitude, un moment parmi d’autres dans l’année. Mais traverser la métropole de Grenoble ne peut pas passer inaperçu : un troupeau attire nécessairement l’attention. Les gens nous suivent, et c’est aussi une manière de remercier la métropole pour son soutien sur l’alpage de Chamechaude, même si notre objectif principal reste de rejoindre notre alpage de la façon la plus directe possible. »
Une tradition qui se perpétue
Cette transhumance urbaine a déjà marqué les esprits. « C’est la troisième année que cela se produit ici, et le succès est au rendez-vous. Les habitants sont de plus en plus nombreux à nous suivre et à s’intéresser à notre démarche. Nous renouvelons ainsi une transhumance qui n’avait plus eu lieu depuis longtemps à travers Grenoble », poursuit la bergère.
L’accès est libre et gratuit pour accompagner le troupeau sur une ou plusieurs étapes. Les éleveurs rappellent quelques consignes pratiques : les chiens sont interdits (pour faciliter le travail de ceux de conduite et de protection avec les brebis) et les enfants doivent être sous la responsabilité des adultes. « On marche entre 4 et 10 km par jour, au rythme de 3 km/h environ. Ce sont les brebis qui mènent la danse ! », s’amusent-ils.
Le parcours complet de la transhumance est à retrouver sur le site de l’Agneau de Chamechaude.









