EN BREF – La France compte chaque année plus de 51 000 enfants et adolescents victimes de maltraitance, et 160 000 mineurs touchés par des violences sexuelles, selon les dernières données de l’Unicef1Fonds des Nations unies pour l’enfance et de la Ciivise2Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants. Ces chiffres, en hausse constante, ont poussé le Collectif enfantiste et ses partenaires à se mobiliser pour la troisième année consécutive, samedi 15 novembre 2025, partout en France.
Le Jardin de Ville de Grenoble s’est transformé en un espace de parole et de combat, samedi 15 novembre 2025. Plusieurs stands, portés par le Collectif Enfantiste 38, sont venus dénoncer un fléau persistant : les violences faites aux enfants et aux adolescents.
Des slogans percutants, écrits sur des cartons, résonnaient entre les allées : « Un mineur sans toit, sans droit, c’est un échec collectif », « Écoutez nos voix, respectez nos droits », ou encore « Contre les violences faites aux enfants, que faites-vous ? ».
Briser le silence autour des violences faites aux enfants
Ce rassemblement s’inscrit dans une journée d’action organisée dans une quarantaine de villes françaises après une année marquée par les affaires Bétharram, Le Scouarnec et le procès de Châteauroux.
Une initiative portée par le Collectif Enfantiste, qui dénonce l’urgence d’agir face à des chiffres alarmants : 51 000 enfants et adolescents sont victimes de maltraitance chaque année en France, et 160 000 mineurs touchés par des violences sexuelles, selon l’Unicef et la Ciivise. « Un mineur est victime de viol ou d’agression sexuelle toutes les trois minutes, et un enfant meurt tous les cinq jours sous les coups de ses parents », rappellent les organisateurs.
Pour Ana Leneuveu Poulain, porte-parole du Collectif Enfantiste 38, l’objectif est clair : « Visibiliser ce qu’on ne voit pas. Les violences faites aux enfants sont souvent invisibilisées. On a tendance à nier leur parole, à les accuser de mentir, comme on l’a vu avec l’affaire Outreau. Aujourd’hui, on est là pour dire qu’on les écoute, qu’on leur laisse de la place. C’est un devoir collectif. »
Un combat d’autant plus nécessaire que la parole des enfants, bien que de moins en moins taboue, se heurte encore à des mécanismes de domination adulte, qualifiés d’« adultisme » par les associations.

De nombreux collectifs étaient présents pour lutter contre l’invisibilisation des violences faites aux enfants et aux adolescents. © Maureen Dufournet – Place Gre’net
L’adultisme, un système de domination à abattre
Les violences envers les enfants trouvent leur racine dans une société où « la dominance de l’adulte est responsable de ces violences », souligne Ana Leneuveu Poulain. « Il faut lutter contre cette domination et changer notre regard sur les enfants. Ce sont des gens sérieux, comme le dit le juge Édouard Durand. On peut les croire, on doit les croire. »
Chloé Masse, membre du Planning Familial 38, abonde dans ce sens : « Le discours des enfants prend de plus en plus de place, notamment avec l’actualité et les affaires de pédocriminalité qui font réagir. C’est un sujet de moins en moins tabou, grâce à ceux qui en parlent. » Pourtant, malgré cette prise de conscience, les associations dénoncent un « manque criant de moyens » et une « impunité persistante » pour les auteurs de violences.
Des revendications concrètes pour protéger les mineurs
Parmi les revendications portées par le Collectif Enfantiste : l’instauration d’une ordonnance de protection pour les enfants, afin que leur parole soit systématiquement entendue et prise au sérieux lorsqu’ils dénoncent des violences.
« On demande aussi que la parole des mineurs non accompagnés (MNA) soit enfin entendue et crue », ajoute un membre du collectif Oasis, présent sur place. « Ces jeunes subissent une double violence : celle qu’on leur inflige, et la violence institutionnelle qui les prive de droits. »

