Construit par Linkcity, Suez, soutenus en partie par les finances publiques et géré par Grenoble Habitat, l'immeuble ABC qui devait être autonome en énergie et en eau, n'a pas rempli ses objectifs. © Séverine Cattiaux- Place Gre'net

Les loca­taires de l’immeuble ABC « auto­nome » sur l’écocité Presqu’île à Grenoble déchantent : « On a l’impression de s’être fait avoir »

Les loca­taires de l’immeuble ABC « auto­nome » sur l’écocité Presqu’île à Grenoble déchantent : « On a l’impression de s’être fait avoir »

ENQUÊTE – Dans l’é­co­quar­tier Cambridge à Grenoble, l’im­meuble d’ha­bi­ta­tion ABC devait être le « pre­mier concept de bâti­ment auto­nome » en France. Quatre ans plus tard, les inno­va­tions phare sont à l’ar­rêt. Et cela, depuis des mois. Adieu donc les pro­messes d’autonomie éner­gé­tique et de res­sources en eau. Si les loca­taires se plaignent d’être très mal infor­més, ils s’a­larment face à la « dégra­da­tion du bâti­ment » et le peu d’empressement du bailleur Grenoble Habitat à entre­te­nir le bâti. Tandis que le pro­mo­teur immo­bi­lier Linkcity se targue mal­gré tout d’une expé­ri­men­ta­tion « très réus­sie », le pré­sident de Grenoble Habitat n’est pas loin de regret­ter d’en avoir fait l’acquisition.

« On nous a vendu du rêve mais rien ne fonc­tionne. Le train s’est comme arrêté entre deux gares et on a affaire à un bailleur qui n’entretient pas un bien public. » C’est peu dire que Dominique Brunet, 54 ans, loca­taire au 5e étage dans la par­tie loge­ments sociaux de l’im­meuble ABC pour Autonomous Building for Citizens, est déçu par les pres­ta­tions de l’im­meuble qu’il habite depuis sa livrai­son en 2020.

« C’est lamen­table, ren­ché­rit, très remon­tée, Anne Coignet, 59 ans, sa voi­sine de pal­lier. Ils [Grenoble Habitat, ndlr.] sont en train de lais­ser se déla­brer un bâti­ment construit et financé par de l’argent publique. » Anne occupe un T3 et fait par­tie, comme Dominique, des pion­niers de l’aventure.

Dominique Burdet et Anne Coignet, respectivement locataires d'un T2 et d'un T3 dans l'immeuble ABC sur l'écocité Presqu'île à Grenoble. Ces derniers sont très déçus par les promesses non tenues s'agissant des systèmes innovants en économies d'énergie. Ils s'inquiètent de la dégradation de l'immeuble et s'agacent de l'inaction du bailleur Grenoble Habitat. Samedi 15 juin 2024 © Séverine Cattiaux- Place Gre'net

Dominique Burdet et Anne Coignet, res­pec­ti­ve­ment loca­taires d’un T2 et d’un T3 dans l’im­meuble ABC sur l’é­co­cité Presqu’île à Grenoble. Ces der­niers sont très déçus par les pro­messes non tenues s’a­gis­sant des sys­tèmes inno­vants en éco­no­mies d’éner­gie et de recy­clage en eau. Ils s’in­quiètent de la dégra­da­tion de l’im­meuble et s’a­gacent de l’i­nac­tion du bailleur Grenoble Habitat. Samedi 15 juin 2024. © Séverine Cattiaux- Place Gre’net

Comptant 62 loge­ments dont un tiers de loge­ments sociaux, le bâti­ment ABC n’est pas un immeuble ordi­naire. Conçu par Linkcity, Bouygues construc­tion, Suez et Valode & Pistre archi­tectes, il devait tendre vers l’autonomie en éner­gie et en eau. Avec plu­sieurs enjeux der­rière ce concept d’au­to­no­mie : favo­ri­ser les éner­gies renou­ve­lables, réduire l’empreinte car­bone, pous­ser très loin les pos­si­bi­li­tés de recy­clage de l’eau et pré­ser­ver ainsi la res­source, réduire les charges des loca­taires… En tant que « démons­tra­teur de la ville durable » dans le cadre de l’a­mé­na­ge­ment des éco­ci­tés, il avait voca­tion à ser­vir de test gran­deur nature à de nou­veaux dis­po­si­tifs sus­cep­tibles d’être redé­ployés ailleurs.

Pour le finan­cer, le bailleur Grenoble Habitat et la puis­sance publique n’ont pas hésité à mettre la main à la poche. Le coût de 15,35 mil­lions d’euros HT a été inté­gra­le­ment payé par le bailleur social Grenoble Habitat avec le concours de la Région, de la Ville de Grenoble et du fond Villes de demain du pro­gramme inves­tis­se­ment d’avenir. La par­ti­ci­pa­tion des construc­teurs pri­vés ? Aucune. Le fait que la prise de risque soit por­tée inté­gra­le­ment par un bailleur et le public n’a­vait pas contra­rié grand monde au moment de la négo­cia­tion du contrat.

« C’est comme si on était juste des poules dans un pou­lailler ! », s’exclame, indi­gné, Dominique Brunet, loca­taire d’ABC.

Quatre ans après leur arri­vée dans ABC, les deux loca­taires du bâti­ment A, la par­tie sociale d’ABC, déchantent. Il faut dire que les deux inno­va­tions phares de l’immeuble des­ti­nées à rendre le bâti­ment auto­nome en éner­gie et en eau ne fonc­tionnent plus. Et cela ne date pas d’hier.

Depuis juillet 2022, les bat­te­ries sto­ckant l’élec­tri­cité pro­duite sur place via les pan­neaux pho­to­vol­taïques ont été arrê­tées. Elles n’auront fonc­tionné que six mois. L’énergie emma­ga­si­née la jour­née était sto­ckée pour être res­ti­tuée le soir et la nuit. « On a décou­vert qu’elles pou­vaient géné­rer des risques d’incendie », révèlent les locataires.

En octobre 2023, le sys­tème de récu­pé­ra­tion et l’usine de pota­bi­li­sa­tion de l’eau de pluie ont été, à leur tour, stop­pés. C’était pour­tant une autre inno­va­tion d’ABC dont les construc­teurs, en par­ti­cu­lier Suez, atten­daient beau­coup et dont les habi­tants sem­blaient être satis­faits. Le sys­tème récu­pé­rait l’eau de pluie, la ren­dait potable puis la ren­voyait dans les appar­te­ments pour ali­men­ter les douches, lava­bos, éviers, lave-vais­selles et lave-linge… « [L’usine de pota­bi­li­sa­tion, ndlr] nous per­met­tait de faire des éco­no­mies d’eau abso­lu­ment dras­tiques » insiste la locataire.

Construit par Linkcity, Suez, soutenus en partie par les finances publiques et géré par Grenoble Habitat, l'immeuble ABC qui devait être autonome en énergie et en eau, n'a pas rempli ses objectifs. © Séverine Cattiaux- Place Gre'net

Construit par Linkcity et Suez, sou­te­nus en par­tie par les finances publiques et géré par Grenoble Habitat, l’im­meuble ABC qui devait être auto­nome en éner­gie et en eau n’a pas rem­pli ses objec­tifs. © Séverine Cattiaux- Place Gre’net

Que ce soit pour l’arrêt des bat­te­ries ou le sys­tème de récu­pé­ra­tion et de pota­bi­li­sa­tion de l’eau, les loca­taires ne cessent de déplo­rer le manque d’informations appor­tées par Grenoble Habitat. « C’est comme si on était juste des poules dans un pou­lailler ! », lance, indi­gné, Dominique. « Est-ce qu’on est tou­jours ali­menté par les pan­neaux pho­to­vol­taïques ? On est dans le flou », s’a­gace-t-il. Les charges des loca­taires vont-elles s’en res­sen­tir ?, s’interrogent éga­le­ment les locataires.

« La rési­dence ABC est aujourd’­hui de loin la plus « chère » du parc de loge­ments alors que la pro­messe de l’au­to­no­mie devrait poin­ter vers l’op­posé », déplore Claus Habfast, pré­sident de Grenoble Habitat.

Début 2024, Anne Coignet a eu toutes les peines du monde à joindre les res­pon­sables de Grenoble Habitat et les élus de la Ville de Grenoble, mul­ti­pliant ses appels télé­pho­niques et mails. Elle n’a­vait donc pas inté­rêt à man­quer la réunion publique orga­ni­sée sur l’é­co­cité Presqu’île en avril.

Nouvelle décon­ve­nue pour la loca­taire qui espé­rait tirer un cer­tain nombre de pro­blèmes au clair. Les élus pré­sents, Olivier Bertrand, adjoint du sec­teur 1, et Margot Belair, adjointe à l’ur­ba­nisme, ont botté en touche et l’ont invi­tée à s’a­dres­ser à Grenoble Habitat, ce qu’elle avait bien entendu déjà fait, sans résul­tat. Cependant, à force de sol­li­ci­ter les ser­vices du bailleur ainsi que plu­sieurs élus, le maire et Claus Habfast, conseiller muni­ci­pal et pré­sident de Grenoble Habitat, ce der­nier a fini par lui répondre.

Dans un mail rédigé en avril 2024 adressé à Anne Coignet, Claus Habfast rend compte d’une situa­tion que les loca­taires n’i­ma­gi­naient sans doute pas aussi pro­blé­ma­tique. Oui, rap­pelle le pré­sident de Grenoble Habitat, le bailleur a bien racheté ce bâti­ment inno­vant, au prix fort. « Grenoble Habitat a acheté ces loge­ments beau­coup plus cher que d’ha­bi­tude. Le mon­tant des fonds propres inves­tis était trois fois celui pour un loge­ment social clas­sique. »

Claus HABFAST

Claus Habfast © Corentin Bemol – Place Gre’net

Le pré­sident recon­naît, en toute trans­pa­rence, que le bâti­ment revient trop cher et pointe le coût de la main­te­nance : « Les tech­no­lo­gies nou­velles s’a­vèrent très chères en fonc­tion­ne­ment, voire car­ré­ment inadap­tées pour une rési­dence de loge­ments sociaux (…) Côté charges de fonc­tion­ne­ment, la rési­dence ABC est aujourd’­hui de loin la plus « chère » du parc de loge­ments, alors que la pro­messe de l’au­to­no­mie devrait poin­ter vers l’op­posé. »

Partie logements sociaux d'ABC. Construit par Linkcity, Bouygues construction, Suez, financé par Grenoble Habitat avec des aides publiques, l'immeuble ABC qui devait être autonome en énergie et en eau, n'a pas rempli ses objectifs, samedi 15 juin 2024 © Séverine Cattiaux- Place Gre'net

Partie loge­ments sociaux d’ABC. Construit par Linkcity, Bouygues construc­tion, Suez, financé par Grenoble Habitat avec des aides publiques, l’im­meuble ABC qui devait être auto­nome en éner­gie et en eau, n’a pas rem­pli ses objec­tifs, samedi 15 juin 2024. © Séverine Cattiaux- Place Gre’net

Il révèle aussi que le sys­tème de pro­duc­tion élec­trique à par­tir des pan­neaux pho­to­vol­taïques s’avère sur le plan éco­no­mique peu avan­ta­geux pour les habi­tants. « Les bat­te­ries ont été mises hors ser­vices (par le four­nis­seur qui en assure l’en­tre­tien) pour rai­sons de sécu­rité incen­die. Du coup, l’es­sen­tiel de la pro­duc­tion d’élec­tri­cité est injec­tée contre une très faible rému­né­ra­tion dans le réseau et, le soir et la nuit, Il faut ache­ter au prix fort de l’élec­tri­cité. »

Autant dire que la loca­taire ne s’at­ten­dait pas à ce que les choses évo­luent aussi mal. « Comment des ges­tion­naires ont bien pu se trom­per à ce point dans leurs modèles éco­no­miques ?», s’in­ter­roge Anne Coignet, perplexe.

« Ce n’est pas pos­sible de trai­ter les loca­taires de cette manière ! »

Un ensemble de dys­fonc­tion­ne­ments sur­ve­nus, au fil des mois, ont, eux aussi, contri­bué à nour­rir le res­sen­ti­ment des loca­taires envers leur bailleur. « On a des volets cas­sés, des dégâts des eaux, des plaques à induc­tion qui ne fonc­tionnent pas, des fri­gi­daires qui font de la flotte. Dans le jar­din col­lec­tif, on a une inva­sion de rats. Les gens ne veulent plus s’en occu­per… » énu­mère Anne Coignet.

En plus de cela, le bailleur ne serait pas très réac­tif et les répa­ra­tions se feraient attendre, dénonce Anne Coignet : « Quand vous appe­lez Grenoble Habitat, vous tom­bez sur une secré­taire qui fait remon­ter au chargé de sec­teur et on n’a pas de réponses. Ce n’est pas pos­sible de trai­ter les loca­taires de cette manière !»

Visite de l'immeuble innovant ABC Grenoble en cours de construction mars 2019 © Séverine Cattiaux -placegrenet.fr

Visite de l’im­meuble inno­vant ABC Grenoble en cours de construc­tion mars 2019. © Séverine Cattiaux ‑pla​ce​gre​net​.fr

Fin 2023, les loca­taires ont même eu droit à une cou­pure d’eau chaude. « Elle a duré plu­sieurs jours. On n’a eu aucun mot d’excuse, aucun dédom­ma­ge­ment… Une loca­taire s’est éner­vée et on a fini par avoir un mot d’explication », raconte Dominique Brunet. Après la répa­ra­tion, « l’eau a eu un goût d’hydrocarbure pen­dant au moins une semaine », a remar­qué le loca­taire, quelque peu soupçonneux.

Infiltrations d’eau dans plu­sieurs appar­te­ments et dans le hall d’entrée

Autre sujet de cris­pa­tion chez les loca­taires d’ABC : les pro­blèmes d’infiltration d’eau à répé­ti­tion dans les loge­ments. De fait, une infil­tra­tion d’eau n’est jamais facile à enrayer et abîme le pla­fond, les murs et occa­sionne des frais de répa­ra­tion. Dominique a constaté deux fuites dans son appar­te­ment. Qui plus est, de la moi­sis­sure a com­mencé à appa­raître. Et l’é­tat du pla­fond d’une loca­taire du bâti­ment A n’est pas pour le ras­su­rer. « Son dégât des eaux dure depuis trois ans », selon les locataires.

Dégât des eaux depuis trois ans, persistant, dans l'un des appartements de l'immeuble ABC sur l'écocité Presqu'île à Grenoble. Samedi 15 juin 2024 © Séverine Cattiaux- Place Gre'net

Dégât des eaux depuis trois ans, per­sis­tant, dans l’un des appar­te­ments de l’im­meuble ABC sur l’é­co­cité Presqu’île à Grenoble. Samedi 15 juin 2024. © Séverine Cattiaux- Place Gre’net

De l’eau a aussi com­mencé à s’écouler du pla­fond dans le hall d’en­trée. Des fuites dont la cause n’a pas l’air encore très bien iden­ti­fiée. Les loca­taires évoquent, tour à tour, les « bacs à douche », « les éviers », « les ter­rasses »… « À moins que ce soit le sys­tème de récu­pé­ra­tion qui ait été arrêté », craint Anne Coignet.

Jugeant Grenoble Habitat peu enclin à pas­ser à l’action, une loca­taire s’ap­prête à sai­sir l’Agence régio­nale de santé (ARS). « Elle tra­vaille à l’hôpital, elle a des contacts. Les moi­sis­sures, c’est très mau­vais pour la santé ! », alerte Anne Coignet.

Dominique Burdet et Anne Coignet, respectivement locataires d'un T2 et d'un T3 dans l'immeuble ABC sur l'écocité Presqu'île à Grenoble. Ces derniers sont très déçus par les promesses non tenues s'agissant des systèmes innovants en économies d'énergie. Ils s'inquiètent de la dégradation de l'immeuble et s'agacent de l'inaction du bailleur Grenoble Habitat. Samedi 15 juin 2024 © Séverine Cattiaux- Place Gre'net

Dominique Burdet et Anne Coignet, res­pec­ti­ve­ment loca­taires d’un T2 et d’un T3 dans l’im­meuble ABC sur l’é­co­cité Presqu’île à Grenoble. Ces der­niers sont très déçus par les pro­messes non tenues s’a­gis­sant des sys­tèmes inno­vants en éco­no­mies d’éner­gie. Ils s’in­quiètent de la dégra­da­tion de l’im­meuble et s’a­gacent de l’i­nac­tion du bailleur Grenoble Habitat. Samedi 15 juin 2024. © Séverine Cattiaux- Place Gre’net

De son côté, Grenoble Habitat sou­tient que ses ser­vices font le néces­saire. « En mai, des réduc­teurs de pres­sion ont été chan­gés pour arrê­ter la fuite dans le hall. Dans un loge­ment, la fuite avait été conte­nue et elle semble reve­nue. » Floriane Daguet, char­gée de com­mu­ni­ca­tion, a fait le point avec les ser­vices. « Un plom­bier a été récem­ment envoyé. Les recherches sont en cours », fait-elle savoir, témoi­gnant ainsi de la volonté du bailleur d’a­gir. Un empres­se­ment qui tombe mani­fes­te­ment au moment où les loca­taires se décident à inter­pel­ler les médias.

La sécu­rité du bâti­ment de moins en moins bien assurée

D’autres ennuis sont encore venus ter­nir la qua­lité de vie de la rési­dence. Depuis un mois, la porte d’en­trée prin­ci­pale du bâti­ment A ne fonc­tionne plus. « Ce n’est pas un pro­blème ano­din. N’importe qui peut péné­trer dans l’immeuble », déplorent les loca­taires, accablés.

Dominique Burdet et Anne Coignet, respectivement locataires d'un T2 et d'un T3 dans l'immeuble ABC sur l'écocité Presqu'île à Grenoble. Ces derniers sont très déçus par les promesses non tenues s'agissant des systèmes innovants en économies d'énergie. Ils s'inquiètent de la dégradation de l'immeuble et s'agacent de l'inaction du bailleur Grenoble Habitat. Samedi 15 juin 2024 © Séverine Cattiaux- Place Gre'net

Dominique Burdet et Anne Coignet, res­pec­ti­ve­ment loca­taires d’un T2 et d’un T3 dans l’im­meuble ABC sur l’é­co­cité Presqu’île à Grenoble. Ces der­niers sont très déçus par les pro­messes non tenues s’a­gis­sant des sys­tèmes inno­vants en éco­no­mies d’éner­gie. Ils s’in­quiètent de la dégra­da­tion de l’im­meuble et s’a­gacent de l’i­nac­tion du bailleur Grenoble Habitat. Samedi 15 juin 2024 © Séverine Cattiaux- Place Gre’net

Cassée, elle aussi, la ser­rure de la porte d’ac­cès aux caves. « Cela [date de] six mois à un an. Heureusement, les caves ont des portes fer­mées à clé mais ce n’est pas ça qui va arrê­ter des voleurs », en doute Dominique. Un appar­te­ment du bâti­ment B a d’ailleurs été la cible d’une ten­ta­tive d’effraction en 2023, comme en atteste la porte d’en­trée bien amo­chée. La loca­taire a beau avoir quitté son appar­te­ment depuis plu­sieurs mois, la porte d’entrée n’a tou­jours pas été répa­rée, déplorent les deux locataires.

En dif­fi­culté, Grenoble Habitat rogne-t-il sur ses dépenses d’entretien ?

Et si la stra­té­gie de Grenoble Habitat était de limi­ter les dépenses liées à l’en­tre­tien du patri­moine ? C’est ce qu’en viennent à sup­po­ser les loca­taires. « Est-ce que la consigne est de faire l’au­truche pour ne pas payer ? », inter­roge ainsi Dominique Brunet, sachant que la situa­tion du bailleur n’est pas brillante. En 2024, celui-ci pour­rait accu­ser un défi­cit de l’ordre de 4 mil­lions, d’a­près son pré­sident. Et les dif­fi­cul­tés risquent de s’empirer, selon Claus Habfast. Ce qui contrain­drait Grenoble Habitat à renon­cer à cer­tains pro­jets de construction.

Seule une reca­pi­ta­li­sa­tion pour­rait sor­tir le groupe de ce mau­vais pas. Laquelle pour­rait s’ef­fec­tuer dans le cadre d’un rachat qui se fait attendre. « Il y avait un pro­jet de rachat par la CDC Habitat et la vente ne s’est pas faite. La Métro est inté­res­sée mais on ne sait plus où cela en est », relate Dominique Brunet, qui semble avoir bien suivi le dos­sier et ses rebondissements.

Dominique Burdet et Anne Coignet, respectivement locataires d'un T2 et d'un T3 dans l'immeuble ABC sur l'écocité Presqu'île à Grenoble. Ces derniers sont très déçus par les promesses non tenues s'agissant des systèmes innovants en économies d'énergie. Ils s'inquiètent de la dégradation de l'immeuble et s'agacent de l'inaction du bailleur Grenoble Habitat. Samedi 15 juin 2024 © Séverine Cattiaux- Place Gre'net

Dominique Burdet et Anne Coignet, loca­taires dans l’im­meuble ABC sur l’é­co­cité Presqu’île à Grenoble, très déçus par les pro­messes non tenues s’a­gis­sant des sys­tèmes inno­vants en éco­no­mies d’éner­gie. Samedi 15 juin 2024 © Séverine Cattiaux- Place Gre’net

Malgré leur décep­tion, les deux loca­taires n’en sont pas encore arri­vés au stade de vou­loir quit­ter leur immeuble. Anne se plaît dans son appar­te­ment « agréable et lumi­neux ». C’est bien ce qui la motive à se déme­ner pour pré­ser­ver son cadre de vie. « Il y a une bonne ambiance et de la soli­da­rité entre les voi­sins », com­mente, pour sa part, Dominique. Cependant les dif­fi­cul­tés pour­raient, à la longue, ter­nir les rela­tions de voi­si­nage, redoute le loca­taire. « C’est tou­jours déli­cat d’aller chez son voi­sin pour lui deman­der s’il n’est pas à l’origine de votre fuite au pla­fond. »

Des radia­teurs « intel­li­gents » avec bat­te­rie tou­jours opérationnels

Sollicités par notre média, les res­pon­sables de Grenoble Habitat ont confié le soin à Floriane Daguet, direc­trice de com­mu­ni­ca­tion, de s’exprimer pour eux. Pour Linkcity, c’est le direc­teur régio­nal Joris Duquoc qui a répondu à nos ques­tions. Au sujet de l’ar­rêt des bat­te­ries de sto­ckage, c’est un chan­ge­ment de règle­men­ta­tion qui en est la cause.

« La norme désor­mais veut que ces bat­te­ries ne puissent plus être confi­nées mais ins­tal­lées à l’ex­té­rieur d’un bâti­ment », a ainsi expli­cité Floriane Daguet. « Il y a eu des pro­blé­ma­tiques avec ce genre de bat­te­ries. C’était devenu trop ris­qué de les main­te­nir sous des loge­ments pour des ques­tions de sécu­rité et de risques d’incendie. »

Joris Duquoc d’a­jou­ter : « On a essayé de trou­ver des solu­tions pour savoir si on pou­vait les conser­ver. Après, par mesure de pru­dence, on les a enle­vées… Si on devait refaire l’histoire, ce sont des bat­te­ries qu’on met­trait à part dans un local. » Les dépla­cer à l’ex­té­rieur ? Faute de place, cette solu­tion n’est pas envi­sa­geable. Les bat­te­ries ne sont pas per­dues pour tout le monde. Linkcity a bien l’in­ten­tion de les réins­tal­ler dans l’un des ses autres projets.

Première pierre d'ABC Bouygues DR

Discours d’une res­pon­sable de Linkcity ‑Bouygues Construction à l’oc­ca­sion de la pose de la pre­mière pierre d’ABC. DR

Si les bat­te­ries du rez-de-chaus­sée sont à l’ar­rêt, les radia­teurs « intel­li­gents » équi­pés, eux aussi, d’une bat­te­rie sont tou­jours opé­ra­tion­nels, veut rap­pe­ler Joris Duquoc. Celles-ci stockent l’électricité pro­duite par les pan­neaux pho­to­vol­taïques, le jour, et vont ser­vir à chauf­fer les appar­te­ments, le soir, en hiver.

« Au final, on perd un peu du prin­cipe de l’autonomie, mais le pro­jet reste très ver­tueux. C’est de l’énergie verte qui est pro­duite pour la Ville de Grenoble », consi­dère Joris Duquoc, qui veut voir la bou­teille à moi­tié pleine. Et pour pro­duire de l’éner­gie verte, ABC n’est pas en reste, avec ses huit pan­neaux pho­to­vol­taïques de grande enver­gure, décol­lés du toit. Selon Linkcity, l’ins­tal­la­tion don­ne­rait entière satis­fac­tion, excepté quand il neige. Les amas de neige peuvent alors gêner leur fonc­tion­ne­ment, recon­naît Joris Duquoc.

À pro­pos du manque d’in­for­ma­tions com­mu­ni­quées par le bailleur, la char­gée de com­mu­ni­ca­tion semble éton­née. « Les loca­taires ont été aver­tis de l’ar­rêt des bat­te­ries lors de la pré­cé­dente réunion annuelle », c’est-à-dire en 2023, soit plu­sieurs mois après leur arrêt. Et, visi­ble­ment, beau­coup de réponses n’ont pas encore été appor­tées. Quant à en savoir plus sur le trai­te­ment de l’eau, les loca­taires devront encore patien­ter. « La ques­tion sera abor­dée à la pro­chaine réunion annuelle », fait savoir la char­gée de communication.

Des contrôles de l’eau trop coû­teux à sup­por­ter pour les habitants

L’arrêt du sys­tème de récu­pé­ra­tion de pota­bi­li­sa­tion de l’eau de pluie, hors ser­vice lui aussi, remonte à octobre 2023. Depuis lors, les loge­ments sont bran­chés au réseau de dis­tri­bu­tion d’eau de la Métropole de Grenoble. « L’usine de pota­bi­li­sa­tion per­met­tait d’avoir à son robi­net de l’eau de pluie trai­tée. Ça a fonc­tionné, assure Joris Duquoc. Les gens ont eu de l’eau potable, l’ont bue. Il y a eu zéro pro­blème santé. »

Pourquoi cet arrêt alors ? La char­gée de com­mu­ni­ca­tion pointe des coûts de main­te­nance trop éle­vés. « Le terme main­te­nance n’est pas le plus adapté. On peut davan­tage par­ler de coût sani­taire », reprend Joris Duquoc. Le pro­blème n’était ainsi pas d’ordre tech­nique mais éco­no­mique, selon les dires du direc­teur régional.

Boîtes de Pétri en laboratoire médical avec compte-gouttes. Analyse, eau. Crédit Freepik

Boîtes de Pétri en labo­ra­toire médi­cal avec compte-gouttes. © Freepik

En cause, plus exac­te­ment, le coût généré par les contrôles exi­gés par l’Agence régio­nale de la santé pour véri­fier la pota­bi­lité de l’eau. Des coûts jugés dis­pro­por­tion­nés par rap­port au ser­vice rendu. « Ces contrôles pré­sen­taient l’inconvénient d’être très gour­mands en eau et de pré­sen­ter un sur­coût impor­tant pour les loca­taires. » Le sur­coût a été sup­porté pen­dant un an et demi puis il a été jugé plus rai­son­nable de l’arrêter. Le sys­tème serait ren­table pour un ensemble de 500 loge­ments, s’ac­corde à dire Floriane Daguet. « Le point posi­tif est que ça marche. On le pro­pose à pré­sent sur de plus grands ensembles », se réjouit le direc­teur régio­nal de Linkcity.

« Nous sommes (…) au début d’un dia­logue « mus­clé » avec les pro­mo­teurs pour adap­ter la rési­dence aux exi­gences du loge­ment social, avec des équi­pe­ments fiables et à faible coût de fonctionnement. »

Qu’il ait fallu attendre la mise en route d’ABC pour décou­vrir que le mon­tant des coûts liés au contrôle de l’eau serait trop élevé a de quoi sur­prendre. Les construc­teurs et le ges­tion­naire récusent pour­tant toute erreur d’ap­pré­cia­tion de leur part. « Ce sont des sys­tèmes qui n’avaient jamais été expé­ri­men­tés à l’échelle d’un immeuble. Il y a tou­jours une part d’inconnue », déclare ainsi la char­gée de com­mu­ni­ca­tion. « Les accords avec l’ARS n’ont pas pu être défi­nis en amont. On [les] a mis en place au fil de l’eau », sou­tient Joris Duquoc.

Le dis­po­si­tif ne sera pas com­plè­te­ment aban­donné, assure tou­te­fois le direc­teur régio­nal. Il devrait être adapté pour récu­pé­rer les eaux vannes des sani­taires qui seront réuti­li­sées pour le même usage. Ce type de recy­clage d’eau ne requé­rant pas de contrôle sani­taire très poussé, les loca­taires feront des éco­no­mies d’eau qui devraient, cette fois, se consta­ter sur la fac­ture, affirme Joris Duquoc. Ce qui n’é­tait pas le cas lorsque le sys­tème de pota­bi­li­sa­tion coû­teux était en fonctionnement.

Visite de l'immeuble innovant ABC Grenoble en cours de construction mars 2019 © Séverine Cattiaux -placegrenet.fr

Visite de l’im­meuble inno­vant ABC Grenoble en cours de construc­tion mars 2019. © Séverine Cattiaux ‑pla​ce​gre​net​.fr

Reste à savoir qui va payer l’évolution du sys­tème. À lire le com­men­taire de Claus Habfast, la ques­tion est loin d’être tran­chée. « Le sys­tème de trai­te­ment de l’eau est peu fiable (…) et devrait être com­plè­te­ment changé. Qui prend en charge ce coût quand on est sous garan­tie décen­nale ? Nous sommes donc au début d’un dia­logue « mus­clé » avec les pro­mo­teurs pour adap­ter la rési­dence aux exi­gences du loge­ment social, avec des équi­pe­ment fiables et à faible coût de fonc­tion­ne­ment. »

Des douches à eau recy­clable rem­pla­cées par des douches classiques

La récu­pé­ra­tion de l’eau de pluie s’est avé­rée moins aisée que prévu, recon­naît éga­le­ment Florence Daguet. Le sys­tème recueille plu­tôt bien l’eau lorsque la pluie est peu abon­dante mais moins bien lors­qu’elle tombe dru. « On arrive moins à récu­pé­rer l’eau de pluie. On en a eu assez sou­vent ces der­niers temps. Ce sont des choses qui ne sont pas pré­vi­sibles à l’avance » de l’a­vis de la char­gée de communication.

Douche. Image de user18526052 sur Freepik

Douche. Image de user18526052 sur Freepik

Au rayon « éco­no­mies d’eau », les loge­ments à loyer inter­mé­diaire ont béné­fi­cié tout au début de douches à recy­clage d’eau. Cet équi­pe­ment par­ti­ci­pait aussi au prin­cipe d’un bâti­ment auto­nome en eau et per­met­tait de réa­li­ser de sub­stan­tielles éco­no­mies. Force est de consta­ter que ces douches aty­piques ont laissé place, au fil du temps, à des douches stan­dard. L’entretien de « cap­teurs » incom­bant aux loca­taires n’é­tait, en effet, pas tou­jours satisfaisant.

« Si c’était mal fait, cela pou­vait entraî­ner des blo­cages, étaye Joris Duquoc. On a donc convenu avec ces loca­taires et Grenoble Habitat de les rem­pla­cer (…) On n’a pas réussi à embar­quer tout le monde. Cela chan­geait les habi­tudes », admet-il à regret. Le res­pon­sable de Lincity en tire éga­le­ment la conclu­sion qu’il vaut mieux, à l’a­ve­nir, « ins­tal­ler ces douches dans des endroits, type hôtels, où l’en­tre­tien sera effec­tué par des pro­fes­sion­nels ».

Toujours dans le cadre de l’ex­pé­ri­men­ta­tion, l’en­semble des douches d’ABC ont été, à l’o­ri­gine, équi­pées de pom­meaux avec indi­ca­teur lumi­neux de consom­ma­tion d’eau. Mais ces acces­soires ne vont pas durer indé­fi­ni­ment. « Les pom­meaux de douche com­mencent à tom­ber en panne. Si on veut avoir le même sys­tème, c’est à notre charge, mais c’est un peu cher. »

« Pour nous, c’est vrai­ment réussi parce qu’on estime avoir fait pro­gres­ser la connais­sance de la pro­fes­sion dans le domaine de l’autonomie du loge­ment », consi­dère le direc­teur régio­nal de Linkcity.

« Comme toute expé­ri­men­ta­tion, l’objectif était de voir ce qui allait fonc­tion­ner et ce qui n’allait pas fonc­tion­ner. On peut par­ler d’échec sur cer­tains dis­po­si­tifs mais c’était l’objectif de cette expé­ri­men­ta­tion de voir si ça pou­vait vivre à l’échelle d’une rési­dence », estime Florence Daguet. Et de rap­pe­ler, fai­sant allu­sion aux récri­mi­na­tions des loca­taires, que ces der­niers « étaient volon­taires et qu’ils ont été infor­més des spé­ci­fi­ci­tés de cet immeuble. Le test devait durer cinq ans et, après, on en tirait un bilan. »

Grenoble Habitat n’a pas à regret­ter d’a­voir investi dans cette opé­ra­tion coû­teuse, réfute la char­gée de com­mu­ni­ca­tion. « Ça fait par­tie des devoirs du bailleur social d’être dans ce type de pro­jet au niveau de la Ville », assène-t-elle.

Visite de l'immeuble innovant ABC Grenoble en cours de construction mars 2019 © Séverine Cattiaux -placegrenet.fr

Visite de l’im­meuble inno­vant ABC Grenoble en cours de construc­tion, en mars 2019. © Séverine Cattiaux ‑pla​ce​gre​net​.fr

« C’est une expé­ri­men­ta­tion très très réus­sie, dans le sens où on a pu faire beau­coup d’innovations, ren­ché­rit le res­pon­sable de Linkcity. Après, si on devait refaire ABC demain, on le ferait dif­fé­rem­ment. Pour nous, c’est vrai­ment réussi parce qu’on estime avoir fait pro­gres­ser la connais­sance de la pro­fes­sion sur le domaine de l’autonomie du loge­ment. C’est un suc­cès parce qu’on a appris beau­coup. Il y a des choses qui fonc­tionnent qu’on redé­ploie ailleurs. »

La res­pon­sable de Grenoble Habitat tient à rap­pe­ler les points posi­tifs encore nom­breux. « Les pan­neaux pho­to­vol­taïques res­tent excep­tion­nels. La démarche qui a mobi­lisé les loca­taires a porté ses fruits ». D’après ses ren­sei­gne­ments, « les loca­taires sont plus ver­tueux et font des éco­no­mies dans leurs usages ».

Le contrat GEG en élec­tri­cité auto­con­som­mée… moyen­ne­ment avantageux

Côté loca­taires, le bilan est plus sévère. « Pour arri­ver ici, on a dû en faire la demande et répondre à tout un for­mu­laire, sou­ligne Dominique Brunet. On nous a aussi demandé si on avait des com­pé­tences à trans­mettre du point de vue envi­ron­ne­men­tal. On nous a fait miroi­ter un pro­jet excep­tion­nel mais on a l’impression de s’être fait avoir. »

Dominique n’a pas constaté de baisse fla­grante de sa consom­ma­tion d’énergie par rap­port à son loge­ment pré­cé­dent, de l’ordre de 50 euros de dépenses éner­gé­tiques par mois. En 2023, Anne dit, quant à elle, avoir dépensé 40 euros par mois de fac­ture en élec­tri­cité et chauf­fage pour son T3 de 66 m². Soit beau­coup moins que dans son ancien appar­te­ment. « C’est trois fois moins que là où j’ai long­temps habité, quar­tier Championnet, et mon appar­te­ment aujourd’­hui est plus grand. »

La justice rejette la demande de suspension de la délibération sur les nouveaux représentants de la Métro au sein de GEG

GEG, place Robert Schuman. ©Manon Heckmann – Placegrenet​.fr

En vérité, la fac­ture éner­gé­tique rela­ti­ve­ment mesu­rée des loca­taires trouve son expli­ca­tion dans la bonne iso­la­tion du bâti­ment et la mise à dis­po­si­tion d’un élec­tro­mé­na­ger très per­for­mant par les inves­tis­seurs d’ABC. Tous les loge­ments ont en effet été équi­pés, pour l’ex­pé­ri­men­ta­tion, de fri­gi­daires, fours et lave-linges moins éner­gi­vores du mar­ché, label­li­sés A+++.

Le fait de béné­fi­cier d’une pro­duc­tion d’élec­tri­cité in situ offre en outre un avan­tage aux loca­taires, pré­cise la char­gée de com­mu­ni­ca­tion. « Les loca­taires d’ABC peuvent, s’ils en font la demande à GEG, béné­fi­cier d’un tarif pré­fé­ren­tiel d’au­to­con­som­ma­tion. »

En pra­tique, ce tarif pré­fé­ren­tiel n’est tou­te­fois pas miro­bo­lant. Dans le cadre du contrat d’autoconsommation, l’arrêt des bat­te­ries de sto­ckage n’a pour ainsi dire rien changé aux dépenses en élec­tri­cité des loca­taires. « L’économie géné­rée grâce au sys­tème de sto­ckage d’électricité ne repré­sen­tait que 10 euros d’économie par loge­ment par an sur la fac­ture », selon Grenoble Habitat.

Mouv’in, le « reje­ton » d’ABC sans ses innovations

Signe pour les loca­taires qu’il y a bien un malaise dans la ges­tion de l’im­meuble, une dizaine de loge­ments loca­tifs inter­mé­diaires sur 42 sont actuel­le­ment vides. « C’est trop cher par rap­port aux pres­ta­tions pré­vues qui ne sont plus au ren­dez-vous », cri­tiquent-ils. Le mon­tant des loyers des loge­ments inter­mé­diaires est, en effet, plus élevé à ABC que dans les autres rési­dences gérés par le bailleur, confirme la char­gée de com­mu­ni­ca­tion de Grenoble Habitat.

Construit par Linkcity, Bouygues construction, Suez, financé par Grenoble Habitat avec des aides publiques, l'immeuble ABC qui devait être autonome en énergie et en eau, n'a pas rempli ses objectifs, samedi 15 juin 2024 © Séverine Cattiaux- Place Gre'net

A côté d’ABC, Grenoble Habitat a construit Mouv’in avec les mêmes codes archi­tec­tu­raux mais pas les mêmes tech­no­lo­gies, samedi 15 juin 2024. © Séverine Cattiaux- Place Gre’net

D’anciens loca­taires « ont rejoint la rési­dence de 19 loge­ments en acces­sion sociale Mouv’in » rap­pelle à ce pro­pos Floriane Daguet. À proxi­mité d’ABC, un immeuble avec les mêmes codes archi­tec­tu­raux qu’ABC sans pan­neaux pho­to­vol­taïques sur le toit, a en effet été construit. « C’est un de nos suc­cès d’a­voir fait adhé­rer ces per­sonnes à un appar­te­ment éco­nome en éner­gie, en pas­sant d’ABC à Mouv’in », se plaît à dire la char­gée de communication.

À la dif­fé­rence d’ABC, Mouv’in est bran­ché au sys­tème de géo­ther­mie sur nappe déployé sur tous les bâti­ments de l’é­co­quar­tier Cambridge. Il pré­sente l’in­té­rêt d’ap­por­ter des calo­ries dans les appar­te­ments en hiver et de les rafraî­chir l’été. Aucun risque de mau­vaise sur­prise pour ses occu­pants… Le pro­cédé de géo­ther­mie, estam­pillé démons­tra­teur d’é­co­cité, a fait ses preuves depuis son lan­ce­ment. En sus, l’équilibre finan­cier du réseau s’a­mé­liore pro­gres­si­ve­ment avec les nou­veaux raccordements.

Séverine Cattiaux

Auteur

2 réflexions sur « Les loca­taires de l’immeuble ABC « auto­nome » sur l’écocité Presqu’île à Grenoble déchantent : « On a l’impression de s’être fait avoir » »

  1. Bonjour,
    Merci pour ce bel article détaillé qui met en lumière la légè­reté avec laquelle cer­tains élus sont capables de dépen­ser des mil­lions d’eu­ros sans se poser trop de ques­tions.… Je trouve qu’il y a dans cette affaire une double faute de la part des res­pon­sables : le fait d’en­ga­ger des tests avec des nou­velles tech­no­lo­gies, sans anti­ci­per et gérer les pos­sibles échecs, et puis sur­tout de le faire dans le loge­ment social, où chaque euros dépensé devrait béné­fi­cié à la col­lec­ti­vité et aux loca­taires sur le long terme !
    Cette affaire ne devrait elle pas faire l’ob­jet d’un signa­le­ment à la cours régio­nale des comptes ?

    sep article
  2. sep article

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