FOCUS – Dans sa dernière lettre au personnel, la CGT du Crous Grenoble-Alpes revient sur le conflit entre l’organisation syndicale et la direction, sur fond de suicide d’une salariée et de rupture décidée du dialogue social fin 2023. Preuve que la hache de guerre n’est décidément pas enterrée?
Une direction du Crous Grenoble-Alpes qui « semble confondre action syndicale efficace et harcèlement » et pratique le « chantage systématique« ? C’est en ces termes que le syndicat CGT s’exprime dans sa dernière lettre d’information à l’intention des personnels du Crous de Grenoble, en date du 18 mars 2024. Une lettre qui revient sur des déclarations de la direction, survenues pour leur part à la fin du mois de décembre 2023.

En 2021, des agents du Crous Grenoble-Alpes étaient appelés à la grève de la faim devant la Maison des étudiants, pour dénoncer notamment de « graves dysfonctionnements » internes. © Place Gre’net
La direction s’exprimait alors sur la suspension du dialogue social au sein du Crous, ou plus précisément celle de « la tenue des instances comme de tout groupe de travail associant les représentants des personnels« . Ce qu’expliquait déjà la directrice de l’établissement, Bénédicte Corvaisier, dans un courriel interne daté de novembre 2023. La mesure était prise, ajoutait-elle, « suite aux expressions […] d’une des organisations syndicales représentées au sein de l’établissement« . En l’occurrence, la CGT.
Le suicide d’une salariée lié à la politique managériale ?
En toile de fond? Un (nouveau) bras-de-fer entre l’organisation syndicale et la direction du Crous, alors qu’une salariée, agent de service de la résidence Condillac, s’est donnée la mort à son domicile au mois d’octobre 2023.
Pour la CGT, le drame met en cause « les méthodes de management et le mal-être des agents » au sein du Crous Grenoble-Alpes. Et le syndicat n’a pas manqué de le faire savoir, via des interpellations publiques ou institutionnelles.

Quand la CGT Crous Grenoble-Alpes présentait ses vœux en décembre 2023, sur fond de rupture du dialogue social. © CGT
« [Le suicide] n’est pas dû à un malheureux hasard et ne peut être uniquement la conséquence de la situation personnelle de notre collègue, déclarait ainsi la CGT par voie de communiqué de presse. « Comme beaucoup d’autres collègues du Crous de Grenoble Alpes, elle subissait de plein fouet la politique managériale d’un autre temps, qui a pour conséquence d’instaurer un mal-être général auprès de tous les collègues. »
Des affirmations contestées par la direction. « Il s’agit du suicide d’une agente qui s’est déroulé à son domicile, sans mise en cause particulière du fait professionnel« , indique-t-elle ainsi à Place Gre’net. Et la directrice du Crous d’ajouter que la CGT a pour habitude de mettre en avant « certains événements pour caractériser les conditions de travail au sein du Crous de façon extrêmement négative« .
La CGT accusée de « pressions » par la direction du Crous
Quid de la suspension du dialogue social? Bénédicte Corvaisier indique ne pas être seule à l’origine de cette décision. « La présidence du Cnous1Soit l’autorité nationale du réseau des Crous. a demandé [sa] suspension temporaire, en constatant les risques psychosociaux qui pesaient sur les collectifs de direction, compte tenu d’un certain nombre de pressions de la CGT« , explique-t-elle. Dans son courriel de novembre, elle indiquait même… se réserver le droit de porter plainte pour diffamation contre l’organisation.
Du côté syndical, l’indignation est de mise. « Nous n’avons jamais opéré la moindre diffamation et pour preuve, à ce jour, nous n’avons connaissance d’aucun dépôt effectif de plainte contre le syndicat, qui est prêt à s’en expliquer au besoin« , affirment-ils dans leur courrier au personnel. Lors du conseil d’administration de décembre 2023, la CGT avait d’ores et déjà nié exercer des pressions sur des cadres de la direction.
« La direction ne supporte manifestement pas que nous alertions régulièrement […] sur la détérioration des conditions de travail de bien des agents« , juge le syndicat. De son côté, la directrice affirme que la situation au Crous Grenoble-Alpes n’est pas différente de celle des autres établissements, en se basant sur plusieurs enquêtes menées par l’inspection du travail, l’inspection santé et sécurité du travail, ou encore l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail. Un dialogue social de sourds en perspective?









