Affiche du concert de Rock anti wokisme le 18 novembre 2023 en Isère. DR

Saint-Quentin-Fallavier : le concert néo­nazi inter­dit mais une soi­rée pri­vée a bien eu lieu

Saint-Quentin-Fallavier : le concert néo­nazi inter­dit mais une soi­rée pri­vée a bien eu lieu

FOCUS – Un concert néo­nazi s’est-il tenu samedi 18 novembre 2023 au soir, dans un res­tau­rant de Saint-Quentin-Fallavier, dans le Nord-Isère ? D’abord annoncé, puis annulé et ensuite main­tenu, l’é­vè­ne­ment n’au­rait fina­le­ment peut-être pas eu lieu sous la forme pré­vue, selon la pré­fec­ture de l’Isère, qui avait pris un arrêté d’in­ter­dic­tion. En revanche, une soi­rée pri­vée ras­sem­blant 200 à 300 per­sonnes proches de la mou­vance d’ex­trême droite radi­cale s’est bien dérou­lée dans l’é­ta­blis­se­ment, à l’insu du gérant.

Un concert néo­nazi s’est-il tenu, samedi 18 novembre 2023, à Saint-Quentin-Fallavier (Isère) ? L’évènement, prévu dans un lieu de la région tenu secret – ini­tia­le­ment dans la Loire -, avait fait grand bruit, à la suite des révé­la­tions de Mediapart et Rue 89 Lyon. Le flyer de cette soi­rée, bap­ti­sée « Rock anti wokisme », annon­çait cinq groupes de la scène Rac1Rock against com­mu­nism, dont la tête d’af­fiche, Bunker 84, aux titres très évo­ca­teurs de « Mein Kampf », « KKK » ou « Victime des démocraties ».

Isère : un concert néonazi s'est-il tenu à Saint-Quentin-Fallavier ?

Le res­tau­rant de Saint-Quentin-Fallavier, où était prévu le concert néo­nazi (à l’insu du gérant), a accueilli un ras­sem­ble­ment de 200 à 300 per­sonnes proches ou affi­liées à l’ex­trême droite radi­cale. © Google Street View

Le groupe est « connu pour ses mor­ceaux à la gloire du Troisième Reich », sou­li­gnait d’ailleurs la pré­fec­ture de l’Isère, dans son arrêté d’in­ter­dic­tion, pris samedi 18 novembre. Certains titres des chan­sons de Bunker 84 « sont des hom­mages aux cadres nazis, encensent leurs crimes et prônent un révi­sion­nisme his­to­rique », ajoutait-elle.

L’organisateur du concert néo­nazi, figure de l’ex­trême droite radi­cale lyonnaise

La pré­fec­ture men­tion­nait éga­le­ment les « sym­boles bel­li­queux et osten­si­ble­ment pro­vo­ca­teurs envers les dif­fé­rences » visibles sur l’af­fiche du concert, à l’i­mage du slo­gan « White lives mat­ter ». Sans oublier de citer le pro­fil de l’or­ga­ni­sa­teur, qui « a été un chef de file du grou­pus­cule dis­sous Blood and Honour par décret minis­té­riel en juillet 2019″.

Isère : un concert néonazi s'est-il tenu à Saint-Quentin-Fallavier ?

L’affiche de la soi­rée pré­vue, bap­ti­sée « Rock anti wokisme », avec notam­ment le groupe Bunker 84, très connu dans la scène RAC néo­na­zie. DR

De fait, ce der­nier est loin d’être un inconnu. Renaud M., chan­teur du groupe Rac Match Retour, est en effet une figure de l’ex­trême droite radi­cale lyon­naise. Il s’est ainsi fait connaître comme l’un des lea­ders du grou­pus­cule iden­ti­taire Lyon Dissident et donc de la branche lyon­naise de Blood and Honour, réseau inter­na­tio­nal de skin­heads néo­na­zis, dédié offi­ciel­le­ment à la pro­mo­tion de la musique Rac.

Selon la pré­fec­ture, la plu­part des orga­ni­sa­teurs sont en outre « clai­re­ment affi­liés » à Troisième Voie, le mou­ve­ment relancé par Serge Ayoub alias « Batskin », éga­le­ment dis­sous par décret du Conseil des ministres en 2013, après la mort du mili­tant anti­fas­ciste Clément Méric. Un contexte jus­ti­fiant l’in­ter­dic­tion, pour la pré­fec­ture, qui évo­quait « des rai­sons sérieuses que des pro­pos et gestes à carac­tère raciste et d’in­ci­ta­tion à la haine, péna­le­ment répri­més, puissent être tenus ».

Le gérant du res­tau­rant s’es­time « floué » et « choqué »

Conséquence de l’ar­rêté pré­fec­to­ral : l’or­ga­ni­sa­tion avait d’a­bord offi­ciel­le­ment renoncé à l’é­vè­ne­ment. Pourtant, dimanche 19 et lundi 20 novembre, plu­sieurs médias assu­raient qu’un concert néo­nazi ras­sem­blant 200 à 300 per­sonnes s’é­tait bien tenu dans un res­tau­rant de Saint-Quentin-Fallavier, pri­va­tisé pour l’occasion.

Ceci, à l’insu du gérant de l’é­ta­blis­se­ment. Interrogé par France 3 Alpes, ce der­nier s’es­ti­mait ainsi pro­fon­dé­ment « cho­qué » et « floué », affir­mant ne jamais avoir été averti de la nature de la soi­rée. Alors, que s’est-il réel­le­ment passé, dans la soi­rée de samedi à dimanche, dans le res­tau­rant Aux 5 ? Quarante-huit heures plus tard, le doute sub­sis­tait encore.

« Aucune pour­suite n’est envi­sa­gée eu égard au carac­tère privé du lieu et à l’ab­sence d’in­frac­tion consta­tée », explique la pré­fec­ture. (…) L’arrêté d’in­ter­dic­tion por­tait en effet seule­ment sur un concert, et non un rassemblement.

Dans un nou­veau com­mu­ni­qué publié lundi 20 novembre au soir, la pré­fec­ture de l’Isère a apporté quelques pré­ci­sions. « La gen­dar­me­rie a pro­cédé à de mul­tiples contrôles et véri­fi­ca­tions aux abords du lieu pré­sumé du ras­sem­ble­ment », indique-t-elle. « Ce der­nier se tenant dans un lieu privé, aucun élé­ment ne per­met de confir­mer qu’un concert se soit tenu. Le par­quet a été informé de la situa­tion. »

La soi­rée pri­vée était pro­gram­mée ini­tia­le­ment dans la Loire, mais les orga­ni­sa­teurs s’é­taient ensuite tour­nés vers leur plan B, un res­tau­rant à Saint-Quentin-Fallavier, dans le Nord-Isère. © Google Maps

Quid d’é­ven­tuelles sanc­tions ? « Aucune pour­suite n’est envi­sa­gée eu égard au carac­tère privé du lieu et à l’ab­sence d’in­frac­tion consta­tée », explique la pré­fec­ture. Et pour cause. L’arrêté d’in­ter­dic­tion por­tait en effet seule­ment sur un concert, et non un ras­sem­ble­ment. Or, cer­tains des groupes pro­gram­més cer­ti­fient avoir annulé leur venue, à la suite de la déci­sion préfectorale.

Un ras­sem­ble­ment confirmé, au contenu incertain

Néanmoins, le res­tau­ra­teur, cité par France 3 Alpes, dit avoir remar­qué l’ins­tal­la­tion d’une « petite scène impro­vi­sée » dans la salle de l’é­ta­blis­se­ment, « avec quelques ins­tru­ments », dans les heures pré­cé­dant la soi­rée. Mais au moment de son arri­vée sur place, vers 3 h 30, tous les par­ti­ci­pants avaient déjà quitté les lieux.

Seule cer­ti­tude donc : un ras­sem­ble­ment réunis­sant des mili­tants et sym­pa­thi­sants de l’ex­trême droite radi­cale s’est bel et bien déroulé dans le res­tau­rant, comme le confirment dif­fé­rentes sources. Reste à savoir si des pro­pos péna­le­ment repré­hen­sibles ont pu y être tenus… Chose dif­fi­cile à éta­blir et à prou­ver. Quant à l’or­ga­ni­sa­teur, celui-ci a été audi­tionné, dimanche, par les gen­darmes, mais aucune charge n’a été rete­nue contre lui.

Manuel Pavard

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