FOCUS – Fin septembre 2023, une habitante de Saint-Martin-d’Hères a interpellé les élus, dans une réunion publique, sur les hérissons écrasés lors de rodéos de quads dans le parc du Pré-Ruffier. Des animaux régulièrement victimes de collisions mortelles avec des véhicules. Des associations comme France nature environnement (FNE) et la LPO, qui mènent des opérations de recensement participatif, avancent plusieurs solutions pour réduire la mortalité des hérissons sur les routes.
Le cas est malheureusement loin d’être exceptionnel, même si ce type de collisions concerne habituellement davantage les automobilistes. Au cours de la réunion publique de mi-mandat organisée par la Ville de Saint-Martin-d’Hères, le 21 septembre 2023, à l’Heure bleue, une habitante du quartier Renaudie a interpellé les élus sur les hérissons écrasés lors des rodéos de quads sillonnant le parc du Pré-Ruffier1également appelé parc Jean-Wiener.

Selon une habitante de Saint-Martin-d’Hères, des hérissons sont écrasés lors de rodéos de quads dans le parc Jean-Wiener, également appelé Pré-Ruffier. © Google Street View
La municipalité comme les associations de protection de la nature n’avaient jusque-là pas eu connaissance d’une mortalité particulière des hérissons dans ce secteur. Mais ces dernières ne sont pas particulièrement surprises. Car ces animaux sont régulièrement tués en traversant les routes ou voies empruntées par des véhicules motorisés. Et ce, en Isère comme partout ailleurs.
L’Opération hérisson, une campagne de recensement participatif
« Le pic de vitesse du hérisson est de 3,7 km/h et ses capacités sensorielles ne lui permettent pas d’éviter une voiture », explique Victoire Kühn, chargée de mission « Opération hérisson » à France nature environnement (FNE). En outre, « son mécanisme de défense consiste à se mettre en boule », ajoute-t-elle. Un réflexe parfois utile face à un prédateur mais bien dérisoire contre une voiture lancée à pleine vitesse.

Ce hérisson, blessé dans une collision avec une voiture et recueilli par un particulier dans son jardin, est décédé dans les jours suivants, malgré des soins vétérinaires. © Manuel Pavard – Place Gre’net
L’Opération hérisson est née dans le Doubs en 2018, à l’initiative de l’antenne locale de FNE, avant de s’étendre au niveau national, à partir de la fin 2020. Le principe ? Une vaste campagne de recensement participatif lancée par l’association, qui appelle les particuliers à signaler les hérissons (vivants ou morts) aperçus sur les routes, en forêt, dans les parcs ou dans leur jardin.
« L’objectif est d’améliorer les connaissances sur les populations de hérissons : les dynamiques en fonction des années, la répartition, l’impact de la mortalité routière », détaille Victoire Kühn. Un dernier point qui n’a toutefois pas encore donné lieu à une étude complète et chiffrée.
Hérissons écrasés : des chiffres très différents selon les bases de données
Quid de l’Isère ? La représentante de FNE Doubs prévient d’emblée : « On parle très peu de nombres, plutôt de signalements », un même hérisson pouvant être recensé plusieurs fois par des personnes différentes. Entre le 1er janvier et le 5 septembre 2023, 19 hérissons victimes de collisions ont été signalés dans le département, dans la base de données « Opération hérisson ». Mais en 2022, on y trouvait « seulement quatre individus signalés » en Isère.
Pour autant, « tout le monde n’est pas d’accord sur le fait qu’il y ait eu plus de hérissons écrasés sur les routes », nuance Victoire Kühn. De fait, on peut aussi retrouver moins de cadavres sur les routes car ceux-ci ont été « mangés par des charognards », explique la chargée de mission. Et cela peut également « traduire la faiblesse des populations » à ce moment.

Le mécanisme de défense du hérisson consiste à se mettre en boule, ce qui ne lui est malheureusement d’aucune aide face à une voiture. © Aconcagua, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Les chiffres diffèrent cependant très nettement d’une source à l’autre. « Dans notre base de données naturaliste, à l’échelle de la Métropole de Grenoble, à la date du 28 septembre, on a 778 données de hérissons, dont 350 observations d’animaux morts écrasés », précise ainsi Annaëlle Atamaniuk, chargée de mission faune à la LPO Auvergne-Rhône-Alpes. « Et à Saint-Martin-d’Hères, il y a 54 observations de hérissons, dont 13 de hérissons morts écrasés. »
« L’Opération hérisson s’adresse au grand public. Mais beaucoup de gens n’ont pas encore le réflexe de signaler les hérissons morts lorsqu’ils en voient un en conduisant. »
Comment expliquer une telle différence ? Par la période retenue certes – qui s’étend sur plusieurs années pour la LPO2Ligue de protection des oiseaux – mais pas seulement. « Les bases de données naturalistes sont renseignées par un public avisé, souvent des connaisseurs et membres d’associations, qui font plus attention à ce genre de choses », souligne Victoire Kühn.
À l’inverse, « l’Opération hérisson s’adresse au grand public. Mais beaucoup de gens ont encore du mal à comprendre l’intérêt de signaler les hérissons morts et n’ont pas ce réflexe lorsqu’ils en voient un en conduisant », constate-t-elle. D’où, pour FNE, des données « très peu représentatives et largement sous-évaluées ». « Notre objectif est donc de mutualiser nos observations avec celles des bases de données naturalistes, qui ne sont pas toujours exploitées », confie Victoire Kühn.
La LPO informe la Métropole des tronçons de route les plus accidentogènes
Dans l’agglomération grenobloise, l’action de la LPO a néanmoins trouvé une traduction concrète grâce au Contrat vert et bleu (2017-2022) de la Métropole, « axé notamment sur les écureuils et les hérissons », indique Annaëlle Atamaniuk. Un programme qui comporte « une base de données spécifique [gérée par l’association] où les gens peuvent saisir leurs observations sur les écureuils et hérissons vivants ou morts ».

La LPO a lancé une enquête participative, mettant en place une base de données spécifique pour signaler la présence des hérissons et écureuils, dans le cadre du Contrat vert et bleu de la Métropole de Grenoble. © Christian Bouchardy
Dans le cadre de ce Contrat vert et bleu, Annaëlle Atamaniuk « transfère annuellement les tronçons de route les plus accidentogènes pour ces animaux au service des routes de la Métropole ». Ses informations sont-elles systématiquement suivies d’effets ? Difficile à dire. Mais « à chaque fois que le service des routes réalise un aménagement, il doit consulter au préalable ces tronçons conflictuels », assure la chargée de mission de la LPO AuRA.
« Limiter sa vitesse, notamment la nuit »
Reste désormais à mettre en place des solutions pour réduire la mortalité des hérissons sur les routes. Des pistes qui concernent les particuliers comme les collectivités. La première, peut-être la plus facile à mettre en œuvre, est de « limiter sa vitesse, notamment la nuit » – le hérisson étant un animal nocturne -, conseille Victoire Kühn. « Quand on roule 10 ou 20 km/h en-dessous de sa vitesse habituelle, le temps de réaction est plus important. »
La salariée de FNE Doubs insiste lourdement sur ce point : « Si on arrive à éviter une pierre, on peut très bien éviter un hérisson ». D’autre part, si l’animal n’est pas toujours tué sur le coup, « la vitesse d’une voiture peut créer d’importants dommages à l’intérieur de leur corps ». Lesquels peuvent s’avérer irréversibles.
Un sort funeste qu’a connu le hérisson découvert blessé par Jean-Marie, retraité isérois, à la suite d’un choc avec une voiture. Après l’avoir recueilli dans son jardin, ce dernier l’a emmené chez la vétérinaire qui « l’a soigné gratuitement », raconte-t-il. « Elle nous a conseillé de le mettre à l’isolement, dans un petit enclos grillagé, avec un peu d’eau et quelques croquettes pour chat. Malheureusement, j’ai retrouvé son cadavre un ou deux jours après », déplore le passionné de jardinage, à la fibre écologiste.
Des tunnels sous les routes, solution à l’efficacité incertaine
Outre la mise en place de ralentisseurs, Victoire Kühn incite les municipalités et intercommunalités à « installer des panneaux de sensibilisation et signalisation, pour informer du passage régulier de hérissons ». L’un des buts de l’Opération hérisson est d’ailleurs « d’identifier les zones accidentogènes » – comme le fait la LPO avec la Métropole de Grenoble. France nature environnement « invite donc les gens à alerter leur commune ».

A l’instar des écuroducs pour les écureuils (installation ici, à Claix en 2020), des passages à faune peuvent être créés pour les hérissons, sous la forme, dans ce cas, de tunnels sous la route. © Ville de Claix
Autre solution, la création de couloirs ou passages à faune. Un dispositif qui a prouvé son efficacité pour les écureuils, avec « de nombreux écuroducs, d’arbre à arbre », affirme Annaëlle Atamaniuk. « Mais pour les hérissons, il faudrait des tunnels sous les routes. Pas sûr que ça leur convienne », tempère-t-elle. En effet, « un hérisson peut faire plusieurs kilomètres quand il se trouve face à une barrière », confirme Victoire Kühn.
« La route à hérissons consiste à rendre perméables les jardins privés, en créant des passages pour que les hérissons se déplacent d’un jardin à l’autre. (…) Arrêtez de vous barricader ! »
Celle-ci évoque enfin une option à la fois séduisante et efficiente : la « route à hérissons ». Un concept « venu d’Angleterre », qui consiste à « rendre perméables les jardins privés, en créant des passages pour que les hérissons se déplacent d’un jardin à l’autre ». Un « joli projet » à mettre en place, à condition bien sûr de « se mettre d’accord avec ses voisins ».
Annaëlle Atamaniuk est elle aussi conquise par ces corridors écologiques. Elle lance ainsi un véritable cri du cœur : « Libérez les jardins, faites des trous dans les grillages et arrêtez de vous barricader ! » Avec ce concept, s’enthousiasme la salariée de la LPO, « ce sont les particuliers qui ont les clés en main ». Les hérissons, comme d’autres animaux, leur en seront reconnaissants…
[Photo de Une © I, Jörg Hempel, CC BY-SA 2.0 DE, via Wikimedia Commons]









