le CHU de Grenoble. Le nouveau plateau technique du CHU de Grenoble. © CHU Grenoble-Alpes - service communication

Manque de lits et de per­son­nel soi­gnant : grève géné­rale et illi­mi­tée depuis ce 6 décembre au CHU de Grenoble et l’hô­pi­tal de Voiron

Manque de lits et de per­son­nel soi­gnant : grève géné­rale et illi­mi­tée depuis ce 6 décembre au CHU de Grenoble et l’hô­pi­tal de Voiron

FOCUS – Après celui des urgences le 1er novembre 2022, un mou­ve­ment de grève géné­rale et illi­mi­tée est en œuvre depuis le mardi 6 décembre dans l’en­semble des ser­vices du centre hos­pi­ta­lier Grenoble-Alpes (Chuga). L’intersyndicale veut ainsi aler­ter sur « le bilan conster­nant » de l’é­tat de santé de l’ins­ti­tu­tion dont ils estiment que les usa­gers sont les pre­miers otages.

« Après avoir fait le constat qu’il n’y avait pas un seul ser­vice qui allait bien au CHU de Grenoble et à l’hô­pi­tal de Voiron, nous avons lancé un pré­avis de grève géné­rale et illi­mi­tée pour l’en­semble du per­son­nel à comp­ter de ce 6 décembre 2022 », explique Sara Fernandez, secré­taire géné­rale CGT et infir­mière au ser­vice ortho­pé­dique du CHU Grenoble-Alpes (Chuga).

De fait, dans le sillage du mou­ve­ment de grève déclen­ché le 1er novembre 2022 au ser­vice des urgences du Chuga, tous les ser­vices des centres hos­pi­ta­liers de Grenoble et de Voiron ont emboîté le pas à l’ap­pel d’une inter­syn­di­cale CFDT, CGT, Defis, FO, Unsa, SNMH-FO et SNPHARE. En cause, selon l’in­ter­syn­di­cale, « le bilan conster­nant de l’é­tat de santé de l’ins­ti­tu­tion » appe­lant l’ou­ver­ture de véri­tables négo­cia­tions « à tous les niveaux de res­pon­sa­bi­lité ».

Les personnels soignants du CHU de Grenoble avaient déjà dénoncé à de nombreuses reprises le manque de moyens matériels et humains nécessaires pour prendre soin des patients. Ici, un rassemblement le 7 juin 2022 au centre hospitalier. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Les per­son­nels soi­gnants du CHU de Grenoble avaient déjà dénoncé à de nom­breuses reprises le manque de moyens maté­riels et humains néces­saires pour prendre soin des patients. Ici, un ras­sem­ble­ment le 7 juin 2022 devant le centre hos­pi­ta­lier. © Florent Mathieu – Place Gre’net

Les syn­di­cats sou­haitent ainsi aler­ter, comme ils l’ont déjà fait à de très nom­breuses reprises, sur le manque criant de per­son­nel soi­gnant entraî­nant des fer­me­tures de lits. Une situa­tion « dont les usa­gers se retrouvent les pre­miers otages avec un accès aux soins limité. Du jamais vu dans notre sys­tème de santé public », appuie l’intersyndicale.

La prin­ci­pale reven­di­ca­tion ? « Que l’on nous donne les moyens maté­riels et humains pour pou­voir prendre soin des patients », résume Sara Fernandez.

Les urgences : « le point noir » où se concentrent tous les problèmes

« Là, nous sommes par­ve­nus à un niveau où la vie des patients est en dan­ger, une réelle perte de chance1En l’oc­cur­rence, l’in­cer­ti­tude de leur gué­ri­son. avec plus de 200 lits fer­més au Chuga », pour­suit l’in­fir­mière. Et celle-ci de rap­pe­ler qu’à cause du manque de soi­gnants spé­cia­li­sés, les blocs opé­ra­toires tournent entre 60 et 70 % de leur capacité.

De sur­croît, le manque de place pour les consul­ta­tions, les radio­gra­phies ou les exa­mens com­plé­men­taires « ne fait que retar­der les délais de réponse pour les diag­nos­tics et le début des trai­te­ments », déplore la syndicaliste.

« Les patients sont sur des bran­cards ou des fau­teuils alors qu’ils devraient être cou­chés. Et les délais moyens d’at­tente avant leur prise en charge tournent en moyenne autour de neuf heures ! »

Autant de dys­fonc­tion­ne­ments qui, cou­plés au manque de méde­cins et de spé­cia­listes de ville, se réper­cutent sur le ser­vice des urgences où affluent les patients. « Le ser­vice des urgences, c’est le point noir qui concentre tous les pro­blèmes, avec des patients qui res­tent par­fois plus de 24 heures. Car leur nombre est plus impor­tant que ne peut sup­por­ter la capa­cité d’ac­cueil du ser­vice, soit 55 patients en même temps. Tous les jours, il en arrive 70, voire 90, jus­qu’au pic de 114 », indique Sara Fernandez.

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AU CHU de Grenoble comme à l’hô­pi­tal de Voiron, le per­son­nel des urgences n’en finit pas de tirer la son­nette d’a­larme (photo d’illus­tra­tion). © Patricia Cerinsek – Place Grenet

« Les patients sont sur des bran­cards ou des fau­teuils alors qu’ils devraient être cou­chés. Et les délais moyens d’at­tente avant leur prise en charge tournent en moyenne autour de neuf heures ! Nous avons même eu un patient qui est resté vingt-quatre heures aux urgences alors que ce n’est pas un ser­vice d’hos­pi­ta­li­sa­tion », témoigne-t-elle.

La direc­tion du CHU de Grenoble Alpes « ne sait plus quoi faire »

« Au niveau de la pédia­trie, c’est la catas­trophe totale, enchaîne Sara Fernandez. La semaine der­nière, il a fallu conver­tir six box d’ur­gence en lits d’hos­pi­ta­li­sa­tion alors qu’ils ne dis­posent pas de maté­riel ni de per­son­nel. Les méde­cins de la réani­ma­tion ont même du prê­ter main forte », décrit l’infirmière.

Et de rap­pe­ler qu’on a même pu voir des bébés de quelques semaines sous oxy­gène au milieu des cou­loirs. « C’est grave !, ne peut-elle que consta­ter, mais les parents res­tent mal­gré tout com­pré­hen­sifs bien que ce soit eux qui [soient] obli­gés de sur­veiller leurs enfants car il n’y a pas assez de soignants. »

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Personnel médi­cal dans les cou­loirs du CHU Grenoble-Alpes. © Laure Gicquel – Place Gre’net

Que dit la hié­rar­chie du Chuga devant un tel tableau ? « Nous avons eu plu­sieurs réunions avec la direc­tion qui nous a dit à chaque fois qu’elle ne savait plus quoi faire, qu’elle n’a pas de moyens et qu’elle essaie d’embaucher mais sans suc­cès », relate Sara Fernandez. Quant à l’Agence régio­nale de santé (ARS), « cela fait plus d’une année qu’on l’a­lerte que ça va explo­ser mais cela ne débouche sur aucune prise de mesures pour des réponses adap­tées », regrette amè­re­ment la soignante.

Comment expli­quer ce manque cruel de per­son­nel ? « Devant toutes ces dif­fi­cul­tés, les soi­gnants quittent l’hô­pi­tal en regard de leurs condi­tions de tra­vail dégra­dées et de la mau­vaise ges­tion des pro­blèmes par l’en­ca­dre­ment. Si les salaires y par­ti­cipent, ce n’est pas la pre­mière rai­son de ces départs », explique Sara Fernandez.

Alerter la popu­la­tion sur ce qui se passe au CHU de Grenoble

Selon Yasmine Cheguettine, psy­cho­logue et mili­tante de la CGT, la res­pon­sa­bi­lité de cet état de fait incombe prin­ci­pa­le­ment au nume­rus clau­sus2Il s’a­git du dis­po­si­tif qui fixe le nombre limite d’é­tu­diants qui peuvent accé­der à la deuxième année des études de santé.. « Il y a la volonté de for­mer moins de méde­cins mais aussi de per­son­nel infir­mier. L’inquiétude que nous avons c’est que l’on veuille nous impo­ser un sys­tème de santé à deux vitesses : une méde­cine libé­rale pri­vée et un ser­vice public au rabais. »

Malgré la grève, les per­son­nels res­tent tou­te­fois sou­mis à des obli­ga­tions de soins. La conti­nuité des ser­vices est donc assu­rée. Les actions envi­sa­gées ? « Nous sommes en période d’é­lec­tions pro­fes­sion­nelles. Aussi allons-nous attendre avant d’or­ga­ni­ser des ras­sem­ble­ments. Mais nous allons pro­chai­ne­ment lan­cer une péti­tion pour sou­te­nir les soi­gnants. Une manière, aussi, d’a­ler­ter la popu­la­tion sur ce qui se passe à l’hô­pi­tal », fait savoir Sara Fernandez.

Joël Kermabon

Auteur

2 commentaires sur « Manque de lits et de per­son­nel soi­gnant : grève géné­rale et illi­mi­tée depuis ce 6 décembre au CHU de Grenoble et l’hô­pi­tal de Voiron »

  1. si la direc­tion veut trou­ver des moyens , il, faut com­men­cer part virer tous les admi­nis­tra­tifs qui se tour­ment les pouces , et vous en connais­sez sur­ement , puis sup­pri­mer toutes les ARS qui contiennent des inac­tifs incom­pé­tents , redon­ner le pou­voir aux soi­gnants et aug­men­ter leur salaires.
    sur­tout revoir les com­po­si­tions des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion des hopi­taux (poli­tiques et oisifs !)

    sep article
  2. Soutien à tous les soi­gnants en souffrance.Etre soi­gnant implique por­ter des valeurs soi­gnantes telles que l’hu­ma­nité, la bien­veillance, la bien­trai­tance. Dans un contexte où ces valeurs ne peuvent s’ap­pli­quer faute de moyens humains cer­tai­ne­ment par sou­cis d’é­co­no­mie et ren­ta­bi­lité, le métier de soi­gnant perd sa signification.

    sep article

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