La Ville de Grenoble s’oppose à l’installation d’un fast-food KFC dans le centre-ville

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FOCUS – La chaîne de restauration rapide américaine KFC souhaite installer un restaurant à Grenoble, dans le local de l’ancien bar Le France, à l’angle du cours Jean-Jaurès et de l’avenue Alsace-Lorraine. La Ville a fait connaître son opposition de principe à ce projet, incompatible, selon elle, avec la promotion des circuits courts, des alternatives végétariennes et du respect des animaux.

 

 

« KFC ne s’ins­crit pas dans notre pro­jet poli­tique et les valeurs que nous por­tons », affirme Maxence Alloto. L’adjoint aux com­merces, à l’ar­ti­sa­nat, à l’é­co­no­mie locale et à la vita­lité de proxi­mité à la Ville de Grenoble n’y va pas par quatre che­mins. L’arrivée pro­bable à Grenoble du pre­mier “fast-food” de la chaîne amé­ri­caine ne l’en­chante pas du tout.

 

La Ville de Grenoble s'oppose à l'installation d'un KFC. L'ancien bar café Le France pourrait devenir un KFC. © Tim Buisson – Place Gre’net

L’ancien café Le France pour­rait deve­nir un KFC. © Tim Buisson – Place Gre’net

 

Et il l’a fait savoir à la direc­tion du groupe inter­na­tio­nal. Avec Sandra Krief, adjointe à la condi­tion ani­male, ils ont ainsi décidé d’en­voyer, lundi 25 jan­vier, un cour­rier à son pré­sident pour le dis­sua­der de s’im­plan­ter dans la capi­tale des Alpes. Et ce pour plu­sieurs rai­sons.

 

 

Une implantation qui porterait préjudice aux circuits courts

 

La Ville de Grenoble craint d’a­bord les effets d’une telle implan­ta­tion sur la vita­lité des com­merces du centre-ville. « C’est une grande chaîne inter­na­tio­nale. Donc son implan­ta­tion, notam­ment en cette période de crise, vien­drait un petit peu mettre en dif­fi­culté nos com­merces de proxi­mité qui souffrent déjà plei­ne­ment », redoute Maxence Alloto.

 

L'intérieur du bar café Le France qui pourrait être transformé en KFC. © Tim Buisson – Place Gre’net

L’intérieur du bar café Le France qui pour­rait être trans­formé en KFC. © Tim Buisson – Place Gre’net

D’autant plus que la Ville entend bien pro­mou­voir les cir­cuits courts et tendre vers le 100 % bio pour la res­tau­ra­tion col­lec­tive à la fin du man­dat. L’installation d’un nou­veau fast food d’une chaîne inter­na­tio­nale irait donc à l’en­contre de cette ambi­tion affi­chée, quand bien même « cette poten­tielle implan­ta­tion relève de la libre entre­prise et de la libre concur­rence » concèdent les deux élus.

 

Autre pro­blème, sou­levé par ces der­niers : ce type d’en­seigne génère des déchets et donc de la pol­lu­tion. « Dans le cadre du titre de Capitale verte euro­péenne 2022, ce n’est pas quelque chose qui entre dans les valeurs que nous por­tons », ajoute Maxence Alloto. En pré­vi­sion de ce titre, la muni­ci­pa­lité soigne en effet l’i­mage de la ville concer­nant la pré­ser­va­tion de l’en­vi­ron­ne­ment.

 

 

KFC, un modèle alimentaire basé sur l’exploitation animale intensive selon les élus

 

La Ville de Grenoble reproche éga­le­ment à la mul­ti­na­tio­nale son recours à l’é­le­vage indus­triel. Là aussi fac­teur de pol­lu­tion. « Alors qu’il est urgent de révo­lu­tion­ner notre prise en compte de la condi­tion ani­male, de modi­fier nos habi­tudes ali­men­taires en rédui­sant l’a­li­men­ta­tion car­née, res­pon­sable de 15% des émis­sions de gaz à effet de serre sur la pla­nète, vous impo­sez à Grenoble un “modèle” ali­men­taire basé sur l’ex­ploi­ta­tion ani­male inten­sive, avec des condi­tions d’é­le­vage désas­treuses, sans prise en compte du bien-être ani­mal », écrivent les élus au direc­teur géné­ral.

 

La ville de Grenoble s'oppose à l'installation d'un KFC dans l'ancien café Le France

La Ville de Grenoble s’op­pose à l’ins­tal­la­tion d’un KFC dans l’an­cien café Le France. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

« La poli­tique que l’on porte est une poli­tique qui vise à ne plus faire appel à l’é­le­vage indus­triel dans la four­ni­ture de ses matières pre­mières pour la nour­ri­ture », insiste Sandra Krief. D’autant plus que ces der­nières années, cer­taines vidéos de l’as­so­cia­tion L214 mettent en lumière des condi­tions d’élevage par­fois ignobles dans les éle­vages indus­triels. Et les élus de rap­pe­ler leur volonté d’aug­men­ter à leur niveau « la part de repas végé­ta­li­sés en rédui­sant la part de pro­téines car­nées dans les repas ».

 

Enfin, ceux-ci sou­lignent que des scien­ti­fiques émettent l’hypothèse d’une inci­dence de ces éle­vages dans l’émer­gence de nou­velles pan­dé­mies. « On ne veut pas par­ti­ci­per à ce sys­tème, insiste Sandra Krief. On veut faire appel au maxi­mum à nos éle­veurs locaux, aux pro­duits bios. Ça fait par­tie d’un plan glo­bal poli­tique à Grenoble. » Un moyen, donc selon eux, de pré­ser­ver la santé des Grenoblois en pro­po­sant des ali­ments sains.

 

Pour toutes ces rai­sons, les élus « enjoignent » le direc­teur géné­ral de KFC à renon­cer à son pro­jet d’ins­tal­la­tion à Grenoble. « Plus glo­ba­le­ment, nous vous encou­ra­geons à revoir d’ur­gence le modèle ali­men­taire, social et éco­no­mique de votre société afin de mieux prendre en compte la condi­tion ani­male, de pro­po­ser de véri­tables alter­na­tives végé­ta­riennes, de réduire les déchets géné­rés par vos acti­vi­tés, de tra­vailler en lien avec les ter­ri­toires, de sécu­ri­ser vos sala­rié-es et de viser la neu­tra­lité car­bone d’ici 2050 comme nous y engagent les Accords de Paris. » Un vœu pieux ?

 

 

Quels moyens d’actions pour contrer la venue de KFC ?

 

De fait, les marges de manœuvres pour inter­dire l’im­plan­ta­tion du KFC s’a­vèrent faibles. Pour ne pas dire inexis­tantes. « D’un point de vue juri­dique, les outils dont nous dis­po­sons res­tent très limi­tés », concède Maxence Alloto.

 

La Ville de Grenoble s'oppose à l'installation d'un KFC Sandra Krief, adjointe à la condition animale et Maxence Alloto, adjoint aux commerces à la Ville de Grenoble. © Tim Buisson – Place Gre’net

Sandra Krief, adjointe à la condi­tion ani­male, et Maxence Alloto, adjoint aux com­merces à la Ville de Grenoble. © Tim Buisson – Place Gre’net

Lors d’une tran­sac­tion qui concerne les murs com­mer­ciaux, la Ville peut pré­emp­ter. Mais, dans le cas du rachat de l’an­cien café Le France, il ne s’a­git que du fonds de com­merce. La Ville peut inter­ve­nir uni­que­ment si le com­merce se trouve dans les zones estam­pillées par l’Agence natio­nale pour le réno­va­tion urbaine (Anru). Or ce n’est pas le cas de ce local. Les autres outils res­tent très com­plexes et très coû­teux.

 

« Nous allons sai­sir le gou­ver­ne­ment très pro­chai­ne­ment sur cette ques­tion-là pour essayer de trou­ver un outil juri­dique qui nous per­mette dans ce cadre-là de pou­voir pré­emp­ter tel ou tel com­merce », explique Maxence Alloto. En atten­dant, la Ville espère que son cour­rier dou­chera les vel­léi­tés d’ins­tal­la­tion de la firme amé­ri­caine.

 

Tim Buisson

 

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Commentaires 4
  1. Bientôt il fau­dra avoir la carte du parti pour pou­voir ouvrir un com­merce…

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  2. Débat hyper inté­res­sant.
    Sur la liberté d’en­tre­prendre (donc de s’ins­tal­ler),…
    Sur le « bien man­ger » …
    Sur le fait re refu­ser un KFC et d’ac­cep­ter un Tacos, kebabs ou panini indus.….
    Cette réponse du maire qui est du fou­tage de gueule inté­grale rap­port aux tacos et kebabs a 200m à la ronde nom­breux porte pour­tant des idées inté­res­santes, sur la santé, le bien man­ger. J’apprécie la déci­sion de lut­ter contre la « mal­bouffe ».
    Par contre j’ai VRAIMENT du mal avec l’i­déo­lo­gie à géo­mé­trie variable.

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  3. C’est Grenoble capi­tale verte de la junk food. Tout ferme et quand ça réouvre c’est KFC-kebab-tacos-etc.
    C’est ça le « Coeur de Ville Coeur de Métropole plus dyna­mique » de E. PPPiolle. Et c’est pas près de chan­ger puis­qu’a­voir inter­dit le bou­le­vard Agutte Sembat ne lui suf­fit pas, main­te­nant il veut fer­mer aussi le cours Berriat.

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  4. Il serait inté­res­sant de les inter­ro­ger sur la fabri­ca­tion des « broches Kebabs ».…

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