La Une de Charlie après les attentats terroristes pour défendre la liberté d'expression. © Tim Buisson – Place Gre’net

Grenoble : hommage de 1500 personnes à Samuel Paty, décapité pour avoir montré des caricatures de Mahomet

Grenoble : hommage de 1500 personnes à Samuel Paty, décapité pour avoir montré des caricatures de Mahomet

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REPORTAGE VIDÉO – Près de 1500 personnes se sont rassemblées place de Verdun à Grenoble, dimanche 18 octobre, pour rendre hommage à Samuel Paty, suite à l’appel de nombreuses organisations syndicales et associatives*. L’enseignant d’histoire-géographie exerçant dans les Yvelines a été décapité le 16 octobre 2020, après avoir montré des caricatures de Mahomet à ses élèves.

 

 

Grenoble : hommage à Samuel Paty, l'enseignant décapité.Plusieurs pancartes défendant la liberté d'expression étaient présentes. © Tim Buisson – Place Gre’net

Pancartes défen­dant la liberté d’ex­pres­sion, ras­sem­ble­ment du 18 octobre 2020. © Tim Buisson – Place Gre’net

« J’en ai pleuré ! Je n’ai pas honte de le dire », lâche Damien, ensei­gnant-cher­cheur à l’Université Grenoble Alpes. Comme lui, plu­sieurs pro­fes­seurs font part de leur vive émo­tion après l’at­taque contre Samuel Paty. La tris­tesse est pal­pable, place de Verdun. Quelques pan­cartes émergent de la foule. « Touche pas à ma liberté d’ex­pres­sion », por­tée par un enfant. « Ne tuez pas nos pro­fes­seurs », par d’autres.

 

Et quelques pan­cartes « Je suis Samuel », en réfé­rence au slo­gan « Je suis Charlie » brandi en 2015 après les atten­tats contre la rédac­tion du jour­nal Charlie Hebdo qui avait publié des cari­ca­tures du prophète.

 

 

Une minute d’applaudissements pour Samuel Paty

 

Anne-Marie Guillaume, pro­fes­seur et adhé­rente du Snes-FSU, prend la parole après une minute d’ap­plau­dis­se­ments en hom­mage à Samuel Paty. Sa voix trem­blo­tante résonne dans le haut-par­leur. « Aujourd’hui, nous sommes tous réunis pour expri­mer notre condam­na­tion de cet acte ignoble, révol­tant et scan­da­leux », s’in­digne-t-elle, avant de lan­cer une minute de silence. « Que notre silence et les valeurs que nous par­ta­geons soient plus forts que les actes de bar­ba­rie », scande l’en­sei­gnante. Les têtes se figent. Les regards – seule par­tie du visage dévoi­lée – se baissent.

 

Reportage : Joël Kermabon

 

Assise sur le rebord de la fon­taine cen­trale, Stéphanie Pignon, ensei­gnante en mater­nelle à Rives-sur-Fure (Isère), par­tage cette émo­tion. « J’ai vingt-cinq ans de car­rière. J’ai été mal­me­née dix fois », raconte-t-elle.

 

Stéphanie Pignon, enseignante en maternelle à Rives-sur-Fur (Isère). © Tim Buisson – Place Gre’net

Stéphanie Pignon, ensei­gnante en mater­nelle à Rives-sur-Fure. © Tim Buisson – Place Gre’net

Des reproches liés au fait qu’elle soit une femme. D’autres sur l’en­sei­gne­ment de la pré­his­toire ou sur l’é­vo­ca­tion des chambres à gaz durant la Seconde Guerre mon­diale, lors­qu’elle dis­pen­sait des cours à des élève plus âgés. Cela allant jus­qu’aux menaces de morts. « On garde en nous. On laisse glis­ser parce qu’on y croit. Parce que la prio­rité c’est les enfants, pas nous et nos bobos au cœur », clame-t-elle avec conviction.

 

 

« Un avant et un après »

 

Invité de France Inter à la mi-jour­née, Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’Éducation natio­nale, l’a dit : « Il y a un avant et un après. »  De même qu’il a réaf­firmé son sou­tien au monde ensei­gnant. Si le temps n’est pas à la polé­mique, Serge Paillard, ensei­gnant et secré­taire dépar­te­men­tal de la FSU Isère, se sou­vient tou­te­fois du hash­tag #pas­de­vagues lancé l’an der­nier pour dénon­cer la vio­lence dans cer­taines classes et le manque d’aide de la hiérarchie.

 

 

« Ce mou­ve­ment l’an der­nier sem­blait dire que tout n’est pas tou­jours si simple », sou­ligne-t-il. L’émotion le rat­trape rapi­de­ment. « Notre col­lègue est décédé parce qu’il fai­sait son métier. Parce qu’il vou­lait défendre les valeurs de la République. Ça lui a coûté la vie… », s’é­meut le professeur.

 

Aboubakar Sow, président d'une association franco-tchadienne au micro de Place Gre'net © Simon Marseille – Place Gre’net

Aboubakar Sow, pré­sident d’une asso­cia­tion franco-tcha­dienne au micro de Place Gre’net. © Simon Marseille – Place Gre’net

« La France nous offre cet espace pour s’ex­pri­mer libre­ment, sou­ligne pour sa part Aboubakar Sow, d’o­ri­gine malienne. Cet espace-là, il ne faut pas qu’on l’é­touffe ». Et celui-ci d’in­sis­ter sur cette liberté fon­da­men­tale qu’il ne connais­sait pas dans son pays avant d’ar­ri­ver en France.

 

Assistant d’é­du­ca­tion et lui-même musul­man, il s’in­quiète que de tels actes soient com­mis sous un pré­texte reli­gieux. Et craint l’a­mal­game. « On ne m’a jamais ensei­gné que parce que X ou Y fait une cari­ca­ture d’un imam ou d’un pro­phète, il faut le tuer », tient-il à rappeler.

 

 

De nombreuses réactions politiques

 

Emilie Chalas, députée La République en Marche de l'Isère. © Tim Buisson – Place Gre’net

Émilie Chalas, dépu­tée La République en marche de l’Isère. © Tim Buisson – Place Gre’net

Plusieurs écharpes tri­co­lores se dis­tinguent dans la foule, tous bords confon­dus. Parmi les élus,  Yann Mongaburu, conseiller muni­ci­pal à Grenoble et ex-pré­sident du Syndicat mixte des mobi­li­tés de l’aire gre­no­bloise, le conseiller muni­ci­pal socia­liste Olivier Noblecourt, le séna­teur EELV Guillaume Gontard ou encore le député LREM Jean-Charles Colas-Roy.

 

Le chef de l’État ren­dra quant à lui un hom­mage natio­nal à Samuel Paty le mer­credi 21 octobre. « Ils ne pas­se­ront pas », a répété la dépu­tée Émilie Chalas, comme l’a fait Emmanuel Macron ven­dredi 16 octobre lors de son allo­cu­tion. Elle par­tage sa conster­na­tion, son effroi et sa colère. « Je suis outrée. Il faut dire non ! Il faut s’in­ves­tir au quo­ti­dien dans ces com­bats-là. Ce ne sont pas que des com­bats de la nation. C’est le com­bat de chaque citoyen ! », affirme-t-elle.

 

Grenoble : hommage à Samuel Paty, l'enseignant décapité. Éric Piolle s'exprime au micro de Place Gre'net lors du rassemblement en hommage à Samuel Paty, professeur assassiné le 16 octobre © Simon Marseille – Place Gre’net

Éric Piolle au micro de Place Gre’net lors du ras­sem­ble­ment en hom­mage à Samuel Paty, pro­fes­seur assas­siné le 16 octobre 2020. © Simon Marseille – Place Gre’net

Le maire de Grenoble, Éric Piolle, par­tage les mêmes émo­tions que la dépu­tée LREM, mais pas son diag­nos­tic. « Nous conti­nuons ce com­bat, qui est un com­bat pour l’hu­ma­nité. Il n’est pas pris en compte dans une école broyée par la logique néo­li­bé­rale », ana­lyse-t-il. « Le rap­port Odin sur les atteintes à la laï­cité date de 2004. En seize ans, pas grand-chose n’a été fait dans ce domaine », se désole le maire.

 

 

Un leitmotiv pour les professeurs : continuer d’enseigner

 

Sylvie Fougères, conseillère muni­ci­pale de la majo­rité à la Ville de Grenoble, porte quant à elle en ban­dou­lière une pan­carte avec un papier grif­fonné où est écrit « Arme d’ins­truc­tion mas­sive », pointé par un stylo. « Sidérée. Je crois que c’est le mot, glisse-t-elle, avec un sen­ti­ment de catas­trophe pour les valeurs de la République ».

 

Grenoble : hommage à Samuel Paty, l'enseignant décapité.Sylvie Fougères, enseignante et conseillère municpale à Grenoble porte lors de la manifestation en hommage à Samuel Paty. © Tim Buisson – Place Gre’net

Sylvie Fougères, ensei­gnante et conseillère muni­ci­pale à Grenoble, lors de la mani­fes­ta­tion en hom­mage à Samuel Paty. © Tim Buisson – Place Gre’net

Elle s’in­ter­roge. « Aujourd’hui, c’est le temps de l’in­di­gna­tion. Ensuite, il y aura le temps de la dis­cus­sion. Comment on pour­suit son métier d’en­sei­gnant en déve­lop­pant les capa­ci­tés de débat et d’es­prit cri­tique de ses élèves ? », ques­tionne la pro­fes­seure de sciences éco­no­miques et sociales.

 

Elle retrou­vera ses classes dans quinze jours, après les vacances. Et pré­voit déjà pour sa part un temps de réflexion pour répondre à leurs ques­tions et réactions.

 

À l’u­ni­ver­sité, les cours se pour­suivent cette semaine avant la pause péda­go­gique de la Toussaint. « Il ne faut pas céder à la pas­sion. Il ne faut pas céder à la haine », insiste Damien. L’enseignant de l’UGA se montre com­ba­tif. « On ne bais­sera pas les bras », assène-t-il.

 

Tim Buisson

 

 

* Snes-FSU, Sgen-CFDT, Unsa Éducation, Snalc, la Fédération des conseils de parents d’é­lèves des écoles publiques (FCPE), FIDL, le syn­di­cat lycéen, la Fédération des asso­cia­tions géné­rales étu­diantes (Fage), l’Union des étu­diants juifs de France (UEJF), la Ligue des droits de l’Homme,
avec le sou­tien de Charlie Hebdo et la par­ti­ci­pa­tion du Parti socia­liste Grenoble, du PCF Isère, de la Ligue de l’enseignement…

 

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Tim Buisson

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