Un acteur s'impose auprès d'une cliente sous le regard surpris des étudiants présents. © Joël Kermabon - Place Gre'net

« Siffler n’est pas jouer » : Grenoble ren­force ses actions de sen­si­bi­li­sa­tion contre le har­cè­le­ment de rue

« Siffler n’est pas jouer » : Grenoble ren­force ses actions de sen­si­bi­li­sa­tion contre le har­cè­le­ment de rue

 

FOCUS - Depuis 2015, la Ville de Grenoble combat le harcèlement de rue en organisant chaque année des actions de sensibilisation sur l’espace public. Dernière action en date ? Celle menée ce jeudi 24 septembre 2020 sur la terrasse du Tonneau de Diogène, ciblant un public d'étudiants. De quoi ajouter une pierre au plan d'action de la municipalité, renforcé cette année par la diffusion de conseils aux personnes harcelées... et aux témoins.

 
 

Trois comédiens et une comédienne jouent la scène de harcèlement. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Trois comédiens et une comédienne jouent la scène de harcèlement à l'insu de tous. © Joël Kermabon - Place Gre'net


Deux hommes attablés à la terrasse du Tonneau de Diogène place Notre-Dame semblent avoir repéré une jeune femme, quelques tables plus loin. Ils se déplacent et s'installent devant elle. Le brouhaha ambiant ne permet pas de distinguer les échanges mais, très vite, on perçoit l'agacement croissant de la jeune femme ainsi abordée.
 
 

Une scène factice de « harcèlement genré »

 
Les importuns insistent lourdement jusqu'à ce que le ton monte de plusieurs crans et que la jeune femme ne se lève soudainement au beau milieu de la terrasse. Une manière pour elle de prendre ainsi à témoin les jeunes consommateurs qui, jusque-là, ne s'étaient pour la plupart aperçus de rien. Là, une voix forte se fait entendre, calmant instantanément le jeu. Celle d'une comédienne de la compagnie Les Noodles qui lève le voile sur ce qui vient de se dérouler aux yeux de tous.

 

Après la scène de théâtre invisible, le "debriefing" assuré par les comédiens. © Joël Kermabon

Après la scène de théâtre invisible, le "debriefing" assuré par les comédiens. © Joël Kermabon


En l'occurrence, une scène factice de « harcèlement genré » jouée par des comédiennes et comédiens de compagnies partenaires1Ru’elles, La Pagaille, Les Fées rosses utilisant des techniques de théâtre déclencheur (harcèlement inversé, théâtre invisible, théâtre forum).
 
Mais cette action impromptue intitulée "Siffler n'est pas jouer" ne s'arrête pas à cette seule scène, somme toute assez réaliste.
 
En effet, les actrices et spectateurs involontaires prennent ensuite part à une séquence de “debriefing" assurée par les acteurs, leur expliquant ce qu'ils viennent de vivre. L'objectif ? « Partager et échanger dans un souci de déconstruire les idées reçues » sur le harcèlement de rue, indique la Ville de Grenoble.
 
 

« Aider plus efficacement les personnes harcelées et les témoins »

 
Cette action de « théâtre invisible » fait partie du plan d'actions de sensibilisation sur l'espace public mené par la Ville de Grenoble depuis 2015. Ainsi, la municipalité organise-t-elle chaque année, en partenariat avec des associations dont le Planning familial de l'Isère, une campagne de sensibilisation prenant la forme d’un temps d’animation sur l’espace public. De surcroît, cette année, la Ville a « décidé de passer à une étape supérieure » visant à diffuser des conseils pour « aider plus efficacement les personnes harcelées et les témoins ».
 

Le flyer accompagnant l'action de sensibilisation contre le harcèlement de rue. © Ville de Grenoble

Le flyer accompagnant l'action de sensibilisation contre le harcèlement de rue. © Ville de Grenoble


« Le harcèlement de rue est une infraction punie par la loi du 3 août 2018  avec une amende allant jusqu'à 1 500 euros », insiste Maud Tavel, en charge de la tranquillité publique et temps de la ville.
 
De fait, sont ainsi qualifiés comme tels, rapporte-t-elle, « des propos ou gestes déplacés à l'encontre d'un individu non consentant ». Pour Maud Tavel, tout le monde est concerné « parce qu'on peut être victime du harcèlement mais aussi en être les témoins », actifs... ou passifs.
 
« Nous avons ciblé un public d'étudiants présents sur les terrasses des cafés, notamment pour leurs soirées d'intégration », indique Chloé Le Bret, déléguée à l’égalité des droits et à l’état civil. Avant de préciser que la Ville tenait à insister sur les réactions possibles « quand on subit le harcèlement ou quand on en est le témoin ».
 
« Cependant, poursuit-elle, il ne faut pas voir ça comme une inversion de la culpabilité. Il faut arrêter de stigmatiser les femmes et les filles sur leur façon de s'habiller ». 
 
 

« Vaincre la peur qui empêche bien souvent de s'interposer dans ce genre de situation »

 
C'est la quatrième année que Lisa Lehoux, de la compagnie Ru'elles et coordinatrice de l'action Siffler n'est pas jouer, participe à ces actions de sensibilisation du public. « Dans ces soirées étudiantes, la notion de consentement est souvent mise à rude épreuve, expose la comédienne. Aussi est-il important d'en discuter avec les jeunes. Et notamment d'inciter les garçons à ne pas réitérer des comportements sévissant depuis des générations », souligne-t-elle.
 

Grenoble en campagne contre le harcèlement de rue. De gauche à droite : Maud Tavel, Chloé Le Bret, Lisa Lehoux et une représentante du Planning familial. © Joël Kermabon - Place Gre'net

De gauche à droite : Maud Tavel, Chloé Le Bret, Lisa Lehoux et une représentante du Planning familial. © Joël Kermabon - Place Gre'net


 
L'idée derrière ce théâtre-forum ? Répéter l'action plusieurs fois pour que les témoins puissent s'entraîner à réagir de différentes manières, suivant le contexte. Mais c'est aussi, explique Lisa Lehoux, l'occasion de donner des conseils « pour ne plus être passif ». En d'autres mots, « savoir vaincre la peur empêchant bien souvent de s'interposer dans ce genre de situation ».
 
La scène sera ainsi rejouée, de manière plus didactique, dans ce même cadre du Tonneau de Diogène, complice pour l'occasion. Véro Frèche, et Yannick Barbe, l'un des deux comédiens harceleurs, tous deux membres de la compagnie Les Noodles, nous livrent quelques explications complémentaires sur le déroulé de l'action.
 
 

 
 

« Nous avons besoin de statistiques, bien qu'elles ne fassent pas tout »

 
La Ville de Grenoble mène en outre des actions complémentaires dans ce domaine. « Nous formons les agents de la police municipale à recueillir la parole [des femmes harcelées, ndlr], tout en encourageant la population à se mobiliser pour que la loi puisse évoluer. Il faut aller au-delà de la libération de la parole et de la seule infraction pour ce qui est ni plus ni moins qu'une agression », explique Chloé Le Bret.
 
Parmi les bons réflexes : prendre une photo ou une vidéo, conseille la Ville, et déposer une main courante. « C'est important de faire ces actes-là, appuie Maud Tavel. La prise de conscience est en train d'évoluer et nous avons besoin de statistiques, bien qu'elles ne fassent pas tout. »
 

L'une des actrices demystifie la scène de harcèlement qui vient de se jouer. © Joël Kermabon - Place Gre'net

L'une des actrices démystifie la scène de harcèlement qui vient de se jouer. © Joël Kermabon - Place Gre'net


Par ailleurs, complète l'élue, il ne faut pas négliger les actions de prévention et de médiation. « Nous sensibilisons les agents de la Ville aux bonnes attitudes de conseil et d'écoute à adopter auprès des usagers, assure-t-elle. En effet, ce phénomène là on peut tout à fait le retrouver au sein de nos équipements municipaux ».
 
Sans oublier, rajoute Maud Tavel, « tout le travail restant à faire auprès des jeunes générations pour que le regard des jeunes hommes sur les femmes puisse évoluer ».
 
 

Une loi imparfaite sur le harcèlement de rue

 
Des chiffres sur le harcèlement à Grenoble ? « Je ne les ai pas en tête et d'ailleurs je ne sais pas s'il y a un suivi précis », répond l'élue en s'en remettant à la représentante du Planning familial. Laquelle ne va citer que le chiffre de 3 000 verbalisations à l'échelon national. Et considère pour sa part que la loi actuelle n'est pas adaptée. « Il faut pouvoir assister à la scène au moment où l'outrage se produit », souligne-t-elle.
 

Joël Kermabon

 
 
1 Notamment, en sus de la compagnie Les Noodles, les compagnies Ru’elles, La Pagaille et Les fées rosses.
 

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Simon Grange

Auteur

2 réflexions sur « « Siffler n’est pas jouer » : Grenoble ren­force ses actions de sen­si­bi­li­sa­tion contre le har­cè­le­ment de rue »

  1. Allez « taqui­ner de la beu­lette » au ton­neau de Diogène, ça me parait règlementaire…
    Le gros pro­blème c’est que ma majo­rité des mecs n’ont pas les couilles de le faire.
    Je conseil aux gar­çons d’es­sayer, vous vous asseyez en face d’elle (ou de deux filles) vous lui deman­dez com­ment ça va et vous lui taper la dis­cute. Vous êtes bien sou­vent récom­pensé et bien accueilli.
    Si après une « per­sis­tance douce », elle est vrai­ment “pas com­pi­lant » vous vous retiez polie­ment, et vous allez abor­der une autre table.
    Jean Réac « expert en séduction ».

    sep article
  2. Allez « taqui­ner de la beu­lette » au ton­neau de Diogène, ça me parait règlementaire…

    Le gros pro­blème c’est que ma majo­rité des mecs n’ont pas les couilles de le faire.

    Je conseil aux gar­çons d’es­sayer, vous vous asseyez en face d’elle (ou de deux filles) vous lui deman­dez com­ment ça va et vous lui taper la dis­cute. Vous êtes bien sou­vent récom­pensé et bien accueilli.

    Si après une « per­sis­tance douce », elle est vrai­ment “pas com­pi­lant » vous vous retiez polie­ment, et vous allez abor­der une autre table.

    Jean Réac « expert en séduction ».

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