Une vingtaine d'emplois supprimés sur les sites de General Electric à Belfort et Boulogne-Billancourt pourrait être transférée à Grenoble. La casse continue

Plan social à General Electric : le site de Grenoble appelé à récupérer les pots cassés

Plan social à General Electric : le site de Grenoble appelé à récupérer les pots cassés

 

FOCUS – La suppression d’une centaine de postes de General Electric sur les sites de Belfort et Boulogne-Billancourt va-t-elle bénéficier à Grenoble ? Une vingtaine d’emplois pourraient être transférés dans la capitale du Dauphiné en 2021. Les syndicats dénoncent une logique purement financière de la firme américaine. Mais aussi le manque de volonté politique de la France.

 
 

General Electric pourrait transférer des emplois à Grenoble. Éric Piolle, le maire de Grenoble a adressé un courrier à Emmanuel Macron afin qu'il s'implique sur le dossier de GE Hydro où 345 postes sont en jeu..Suite au rachat en 2015 de la branche énergie d'Alstom, General Electric envisage de supprimer 345 emplois dans sa filiale GE Hydro à Grenoble.Suite au rachat en 2015 de la branche énergie d'Alstom, General Electric envisage de supprimer 345 emplois dans sa filiale GE Hydro à Grenoble.Siège de General Electric Renewable Energy à Grenoble. © Google

Siège de General Electric Renewable Energy à Grenoble. © Google


La suppression d’une centaine de postes chez General Electric sur les sites de Belfort et Boulogne-Billancourt va-t-elle “profiter” à Grenoble ?
 
En comité local et central, la direction du géant américain a confirmé le plan de restructuration, annoncé le 10 septembre dernier, pour une mise en œuvre en 2021. Notamment sur sa filière Hydro, l’une des deux branches touchées avec la filière Réseaux.
 
Entre la fermeture de Belfort et le transfert du siège de Boulogne-Billancourt, entre 89 et 119 emplois sont concernés, le différentiel s’expliquant par les propositions de transfert qui devraient être faites à une vingtaine de salariés pour rejoindre la capitale du Dauphiné. Grenoble serait-elle donc épargnée ? Après un plan social en 2018, les représentants du personnel ne se font pas beaucoup d’illusions…
 
 

« On délocalise dans une logique purement financière »

 

« On craint que les possibles transferts ne viennent pas, pointe Rosa Mendès, délégué GE Hydro pour la CGT. Comment cela va-t-il alors se passer ? Va-t-il y avoir création d’emplois ? On nous dit que oui mais, par expérience, on sait que cela n’arrive pas. Et si cela arrive, il faut compter avec le temps de formation, quand cela ne s’accompagne pas de pertes de compétences. »
 
Un déménagement qui laisse les représentants du personnel de Belfort dubitatifs. « Pour pousser au transfert, on met en avant un moindre prix des loyers à Grenoble ! », s’étrangle Philippe Petitcolin, coordinateur CFE-CGC à GE Belfort.
 

General Electric pourrait transférer des emplois à Grenoble. Fabrication de turbines hydrauliques sur le site Alstom Hydro à Grenoble - chaire industrielle Hydro'like avec Grenoble INP © Alstom Hydro

Fabrication de turbines hydrauliques sur le site Alstom Hydro à Grenoble – chaire industrielle Hydro’like avec Grenoble INP © Alstom Hydro


 
La gestion de projets, dont se chargeaient jusque-là les deux sites français, sera demain partagée entre Grenoble et la Turquie. Laquelle récupérera également la partie achats de Belfort, quand le service bureau d’études doit, lui, être délocalisé vers l’Inde. « L’argument est classique : on délocalise vers les pays à bas coûts dans une logique purement financière. À Belfort, toutes les entités sont touchées. On continue le démantèlement. »
 
 

« Chaque année, il faut réduire les coûts de 30 % »

 
Raison avancée par la direction de la firme américaine ? Le fait que le groupe soit toujours en proie à des difficultés financières inextricables, avec une dette de plus de 100 milliards d’euros. Et donc la nécessité de réduire la base des coûts. Entendez le montant des frais que représentent les salaires et les charges de fonctionnement. « D’après les explications de la direction, la base des coûts est aujourd’hui de 22 %. Demain, elle devra être de 15 %, explique Rosa Mendès. Alors on délocalise là où la main d’œuvre est moins chère. »
 

Fabrication de turbines hydrauliques sur le site Alstom Hydro à Grenoble - chaire industrielle Hydro'like avec Grenoble INP © Alstom Hydro

© Alstom Hydro


« Chaque année, il faut réduire les coûts de 30 %. Comme on ne sait pas le faire techniquement, on le fait sur le coût du travail. Mais la réalité des délocalisations, c’est un très fort turnover en Inde, poursuit Philippe Petitcolin. C’est l’accident assuré dans cinq ou dix ans. »
 
Une logique strictement financière, donc. Et pour les syndicats, une fuite en avant qui risque de se payer cher.
 
« En 2018, on a fragilisé les turbines en délocalisant, souligne Rosa Mendes. Aujourd’hui, on complète en fermant la partie alternateurs. Que nous reste-t-il ? Notre plus-value, c’est l’exécution clé en main. En délocalisant, on perd cette plus value ! », s’inquiète la déléguée CGT.
 
Car Alstom ne se contente pas seulement de fabriquer des composants à très haute valeur ajoutée comme les turbines à gaz. Une autre partie de son activité consiste à concevoir et installer des centrales électriques. Une compétence unique que les représentants des salariés craignent de voir s’envoler. Pas seulement sous d’autres cieux mais définitivement.
 
 

General Electric a perçu plus de 200 millions d’euros d’aides en cinq ans

 
Et la colère est d’autant plus grande que GE n’a pas tenu une promesse faite en 2015, du temps où Emmanuel Macron était ministre de l’Économie. En l’occurrence, celle de créer mille emplois en échange du rachat de la branche énergies d’Alstom. Pire, les restructurations se succèdent depuis, sans que Paris ne tape du poing sur la table. Ou presque : Bercy exige ainsi le paiement d’une amende contractuelle de 50 millions d’euros en contrepartie des emplois non créés. Amende dont le produit devait être réinvesti sur le site de Belfort…
 
C’est peu comparé à ce que la firme US a engrangé ces cinq dernières années en France. D’après Libération, le groupe américain a ainsi reçu une trentaine de millions d’euros par an de l’État sous forme de crédits d’impôt CIR et CICE depuis 2015. Soit plus de 200 millions d’euros d’aides.
 

Les voies légales ayant été épuisées, les ex-salariés d'Ecopla ont décidé d'occuper illégalement l'usine de Saint-Vincent-de-Mercuze dès le 14 janvier 2017.

Emmanuel Macron alors ministre de l’économie. © Eric Billard


« Ce qui manque, c’est une volonté politique », résume Philippe Petitcolin. Alors que la France mise sur son plan de relance économique, entre exigence de souveraineté industrielle et d’indépendance énergétique, les annonces de GE viennent apporter un autre éclairage, très concret, de son poids sur l’échiquier.
 
 

Le pouvoir « piégé par la responsabilité d’Emmanuel Macron dans ce désastre industriel »

 
« Il faut avoir à l’esprit l’exigence du gouvernement américain qui, lui, fait son boulot en demandant à General Electric de rapatrier le maximum d’unités de production dans le monde sur son site américain de Greenville », pointait en juin dernier dans Marianne Oliver Marleix, député LR qui a dirigé la commission d’enquête parlementaire sur la vente controversée d’Alstom Energie à General Electric. « Pendant ce temps-là, en France, nous avons un pouvoir qui est aux abonnés absents, piégé par la responsabilité politique personnelle d’Emmanuel Macron dans ce désastre industriel qu’est l’affaire Alstom-General Electric. »
 
Un espoir reste-t-il possible ? Quelques jours après l’annonce de la restructuration, avec à la clé la suppression de 753 emplois sur les branches Hydro et Réseaux, General Electric a sorti une autre carte de son chapeau : la création de 400 emplois dans l’éolien off-shore à Saint-Nazaire.
 

Patricia Cerinsek

 

Gardez un œil sur l'actu ! 👋

Les récap‘ actu de la grande région grenobloise deux fois par semaine. 👉
Gratuit et sans engagement !

Vous pouvez vous désinscrire à tout instant d'un simple clic.

Simon Grange

Auteur

2 réflexions sur « Plan social à General Electric : le site de Grenoble appelé à récupérer les pots cassés »

  1. Quels aides GE HYDRO FRANCE Grenoble a-t-il reçu pendant la période de pandémie de Covid 19 ?

    sep article
  2. Ping : Revue de presse 20 septembre – Se Fédérer

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

A lire aussi sur Place Gre'net

« Le mouvement ne faiblira pas » : les lycéens de l'agglomération grenobloise revendique une mobilisation toujours au beau fixe
« Le mouvement ne faiblira pas » : les lycéens de l’agglomération grenobloise revendiquent une mobilisation toujours au beau fixe

FOCUS - Le collectif inter-lycées de l'agglomération grenobloise organisait une rencontre lundi 12 octobre 2026 à la Maison des associations de Grenoble, à la veille Lire plus

Le restaurant grenoblois Le Seven détruit par les flammes, nouvelle victime d'une longue série d'incendies criminels
Le restaurant grenoblois Le Seven à son tour détruit par un incendie probablement criminel

FLASH INFO - Le restaurant Le Seven à Grenoble a été détruit par les flammes dans un incendie, probablement d'origine criminelle, survenu dans la nuit Lire plus

LFI rebondit sur les accusations de viols sur mineurs visant l'influenceur grenoblois Guizmats... pour charger l'opposition de droite
LFI rebondit sur les accusations de viols sur mineurs visant l’influenceur grenoblois Guizmaths… pour charger l’opposition de droite

FOCUS - Mehdi Ben Fredj, alias Guizmaths, “influenceur” grenoblois très actif sur les réseaux sociaux et très engagé contre la majorité municipale, doit comparaître devant Lire plus

Sept bureaux de Poste en Isère, dont Eaux-Claires, Stalingrad, Île Verte et Bajatière à Grenoble, menacés de fermeture ?
Sept bureaux de Poste en Isère, dont Eaux-Claires, Stalingrad, Île Verte et Bajatière à Grenoble, menacés de fermeture ?

FOCUS - Sept bureaux de poste seraient menacés de fermeture en Isère, selon Sud-PTT Isère-Savoie : ceux de Froges, Tencin et Charavines, plus les quatre Lire plus

Le collectif des mamans de la place des Géants dénonce le rejet d'un voeu les concernant par la Ville de Grenoble
La Villeneuve : le collectif des mamans de la place des Géants dénonce un double discours de la Ville de Grenoble

FOCUS - Les occupations illégales place des Géants à Grenoble, et les conséquences qu'elles entraînent sur la vie des habitants, se sont invitées au conseil Lire plus

Mouvement des lycéens (et des étudiants) : plusieurs milliers de personnes ont de nouveau manifesté dans les rues de Grenoble
Mouvement des lycéens (et des étudiants) : plusieurs milliers de personnes ont de nouveau manifesté dans les rues de Grenoble

FOCUS - Une nouvelle mobilisation des étudiants et des lycéens a donné de la voix dans les rues de Grenoble, en partant du campus de Lire plus

Flash Info

|

12/10

20h45

|

|

09/10

10h24

|

|

08/10

11h32

|

|

05/10

23h27

|

|

30/09

10h54

|

|

28/09

19h21

|

|

26/09

23h48

|

|

25/09

15h20

|

|

22/09

20h17

|

|

22/09

12h48

|

Les plus lus

A écouter| Chronique Place Gre’net – RCF : Une imposante manifestation à Grenoble aux messages multiples… mais très anti-police

Société| Les syndicats des transports en commun de Grenoble déposent un préavis de grève du 12 octobre… au 1er janvier 2027

Économie| « L’incendie nous a mis a genoux » : Le Chardon bleu ferme ses six boutiques, à Grenoble et dans le Grésivaudan

Agenda

Je partage !