Forte mobilisation pour les retraites ce 10 décembre à Grenoble

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REPORTAGE – De nombreux manifestants ont arpenté les rues de Grenoble pour protester contre la réforme des retraites, ce mardi 10 décembre, dans la foulée de la très forte mobilisation du jeudi 5 décembre. Beaucoup appelaient, là encore, à la convergence des luttes.

 

 

Plus de 4 400 manifestants selon la Police, 15 000 selon les syndicats. © Raphaëlle Denis - Place Gre'net

Plus de 4 400 mani­fes­tants selon la police, 15 000 selon les syn­di­cats. © Raphaëlle Denis – Place Gre’net

« Parmi les tra­vailleurs, il n’y a pas de pri­vi­lé­giés. Ceux qu’il faut faire payer, ce sont les mil­liar­daires et les banques », lit-on sur la poi­trine d’un mani­fes­tant.

 

L’ambiance était à la soli­da­rité et à la conver­gence des luttes, ce mardi 10 décembre. Cette nou­velle mobi­li­sa­tion pour les retraites a ras­sem­blé tous les sec­teurs pro­fes­sion­nels.

 

Au total, 4 400 mani­fes­tants selon la police, 15 000 selon les syn­di­cats. Le cor­tège est parti à 13 h 30 de la gare et s’est ter­miné aux alen­tours de 16 heures à la pré­fec­ture place Verdun, le tout sans inci­dent notable.

 

 

Une réforme inégalitaire ?

 

Les contours de la réforme res­tent encore flous. Elle devrait ins­tau­rer, selon les recom­man­da­tions du haut com­mis­saire aux retraites Jean-Paul Delevoye, un sys­tème où les pen­sions ne seront plus cal­cu­lées en fonc­tion des tri­mestres coti­sés mais en fonc­tion de points récol­tés, selon les sommes coti­sées. Le but assumé : faire dis­pa­raître les régimes spé­ciaux.

 

La manifestation a commencé à 13h30 près de la gare. © Raphaëlle Denis - Place Gre'net

La mani­fes­ta­tion a com­mencé à 13 h 30 près de la gare. © Raphaëlle Denis – Place Gre’net

« Sauf qu’on en pro­fite pour revoir tout le monde à la baisse, estime Michel*, tech­ni­cien de main­te­nance à la retraite. Pour les gens qui ont tra­vaillé comme moi dans le privé, nos pen­sions seront main­te­nant cal­cu­lées sur l’intégralité de notre car­rière, et plus sur les 25 meilleures années. »

 

Le gou­ver­ne­ment a assuré ne pas vou­loir tou­cher à l’âge légal de départ à la retraite, qui res­tera à 62 ans. « Mais si on doit plus tra­vailler pour tou­cher pareil, au final, c’est comme si on recu­lait l’âge légal. »

 

 

« Trois ans de vie volés en 25 ans »

 

Catherine, secré­taire retrai­tée de la fonc­tion publique, arbore une pan­carte sur le dos où l’on peut lire : « 1948 : 160 tri­mestres, 1973 : 172. 3 ans de vie volés en 25 ans ». « Moi, je suis par­tie à la retraite à 60 ans avec une décote, raconte-t-elle, et c’était non négo­ciable de par­tir plus tard. »

 

Une nouvelle mobilisation contre la réforme des retraites a réuni de nombreux manifestants de tous les secteurs ce mardi 10 décembre 2019 à Grenoble.La réforme prévoit la mise en place d'un système à points totalement différent du système de cotisations actuel. © Raphaëlle Denis - Place Gre'net

La réforme pré­voit la mise en place d’un sys­tème à points tota­le­ment dif­fé­rent du sys­tème de coti­sa­tions actuel. © Raphaëlle Denis – Place Gre’net

Les mani­fes­tants s’inquiètent éga­le­ment des consé­quences de la refonte du sys­tème des retraites sur d’autres pans de leur vie. « Ça va impac­ter l’ensemble du sys­tème de soins », s’inquiète Amélie*, infir­mière anes­thé­siste à Voiron.

 

« Qui pourra se payer l’accès aux soins, qui pourra se payer un Ehpad à 1 000 euros par mois, s’il y a de telles inéga­li­tés dans le cal­cul des pen­sions de retraite ? »

 

 

Un ras-le-bol général

 

Mais au vu de l’hétéroclisme des pan­cartes et slo­gans, les retraites ne sont pas le seul sujet qui fâche au sein des mani­fes­tants. « Il va fal­loir que ça s’arrête, parce qu’on va droit dans le mur ! », souffle Marion, gilet jaune par-des­sus son man­teau, en regar­dant la foule.

 

Nombre de gilets jaunes étaient présents. © Raphaëlle Denis - Place Gre'net

Nombre de gilets jaunes étaient pré­sents. © Raphaëlle Denis – Place Gre’net

Ancienne édu­ca­trice spé­cia­li­sée, elle est deve­nue famille d’accueil il y a six ans. « Le sys­tème est tel­le­ment mal foutu que plus l’enfant va mal, moins il voit ses parents par exemple, plus je touche d’argent. Si je le socia­bi­lise, qu’on fait des acti­vi­tés, qu’il a moins besoin de moi, je perds des reve­nus. »

 

Une absur­dité qui lui pèse. « Tant qu’ils ne com­pren­dront pas, là-haut, que c’est en bas qu’il y a les experts, que nous, on sait com­ment ça marche… Financièrement, ça ne coû­te­rait pas plus cher de, disons, tra­vailler plus en col­la­bo­ra­tion avec les familles. Et ça appor­te­rait tel­le­ment plus. On passe à côté d’une richesse folle. C’est un gâchis humain consi­dé­rable. »

 

Une nouvelle mobilisation contre la réforme des retraites a réuni de nombreux manifestants de tous les secteurs ce mardi 10 décembre 2019 à Grenoble.

 

Cette hori­zon­ta­lité, Marion l’a trou­vée chez les gilets jaunes. « Ça m’a fait du bien, ça m’a redonné espoir de voir que je n’étais pas la seule. Je pense que c’est ce qu’ils espèrent faire en haut, nous empê­cher de trop nous par­ler. »

 

 

« Il y a un endroit qu’on ne pourra jamais nous enlever, c’est la rue ! »

 

Certains vivaient, là, leur pre­mière mobi­li­sa­tion, comme Cerena, en pre­mière STMG au lycée de la Mure. « Moi, je suis là parce que j’ai peur de ne pas avoir mon bac. On n’a pas de prof de maths depuis sep­tembre, et ma pre­mière épreuve est en jan­vier. »

 

Beaucoup de jeunes étaient présents dans le cortège. © Raphaëlle Denis - Place Gre'net

Beaucoup de jeunes étaient pré­sents dans le cor­tège. © Raphaëlle Denis – Place Gre’net

Les lycéens ont orga­nisé un blo­cus, et une assem­blée géné­rale s’est tenue ce lundi. « J’ai pu voir qu’il y en avait beau­coup qui avaient les mêmes peurs que moi et qui étaient prêts à s’engager. »

 

La jeune fille regrette mal­gré tout, en fai­sant la moue, le manque d’optimisme des autres élèves. « Ils sont rési­gnés. »

 

Des repré­sen­tants des dif­fé­rentes sec­tions syn­di­cales, ainsi que des gilets jaunes, se sont suc­cédé à la fin de la mani­fes­ta­tion au micro du camion de la CGT pour faire le point sur la mobi­li­sa­tion et appe­ler à une assem­blée géné­rale inter­pro­fes­sion­nelle ce jeudi 12 décembre. « Pour tous les sec­teurs, c’est com­pli­qué de faire grève, lance un repré­sen­tant de Solidaires. Mais il y a un endroit qu’on ne pourra jamais nous enle­ver, c’est la rue ! »

 

Une nouvelle mobilisation contre la réforme des retraites a réuni de nombreux manifestants de tous les secteurs ce mardi 10 décembre 2019 à Grenoble.La manifestation s'est déroulée sans heurts à Grenoble. © Raphaëlle Denis - Place Gre'net

La mani­fes­ta­tion s’est dérou­lée sans heurts à Grenoble. © Raphaëlle Denis – Place Gre’net

Le Premier ministre Édouard Philippe devrait faire des annonces ce mer­credi 11 décembre pour pré­ci­ser les contours de la réforme. Les mani­fes­tants ont cepen­dant déjà appelé à une nou­velle jour­née de mobi­li­sa­tion jeudi.

 

« Demain, on ne cher­chera qu’à nous balan­cer des miettes pour mieux nous divi­ser, s’est écriée une porte-parole FSU au micro du camion CGT. Mais nous tien­drons jeudi, ensemble ! »

 

Raphaëlle Denis

 

 

* Les pré­noms ont été modi­fiés

 

Pays Voironnais, un jour, une activité
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Commentaires 1
  1. Et tou­jours pas un mot de Grenoble quoi en com­mun, la bande du maire en place, concer­nant l’é­norme pol­lu­tion atmo­sphé­rique géné­rée par la grève des trans­ports qui force tout le monde à prendre la voi­ture. Oubliées la pla­nète et Greta Thunberg. Pas de pro­blème.

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