La désobéissance des enseignants s’intensifie : 40 000 notes du bac seraient retenues dans l’académie

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FOCUS – La mobilisation s’intensifie pour le personnel du bassin isérois. Des professeurs de l’Isère, de la Drôme et de la Haute Savoie ont ainsi tenu une assemblée générale, ce jeudi 4 juillet au matin, devant le rectorat. Objectif : décider de la suite du mouvement. Un moment charnière pour les grévistes qui, pour beaucoup, ont boycotté les jurys du baccalauréat devant se tenir ce matin.

 

Voilà plu­sieurs semaines, qu’une par­tie du per­son­nel ensei­gnant se mobi­lise contre la loi de « l’école de la confiance » (dite loi Blanquer). Après plu­sieurs mani­fes­ta­tions, grèves de sur­veillance des épreuves et, cette semaine, la réten­tion des notes du bac, les pro­fes­seurs ne comptent pas s’arrêter là.

 

Ils se sont réunis en assem­blée géné­rale ce jeudi matin. En jeu ? Faire le point sur le dérou­le­ment des jurys du bac­ca­lau­réat et déci­der quand ils remet­tront leurs copies cor­ri­gées.

 

Des enseignants n'ont pas rendu les notes du bac et prévoient de nouvelles actions ce vendredi 5 juillet.Assemblée Générale du personnel enseignant en grève, 4 juillet © Nina Soudre - Placegrenet.fr

Assemblée géné­rale du per­son­nel ensei­gnant en grève, 4 juillet © Nina Soudre – Placegrenet.fr

 

Une qua­ran­taine de pro­fes­seurs se sont par ailleurs ras­sem­blés ce matin au col­lège Lucie Aubrac (quar­tier Arlequin) afin de pro­tes­ter contre la réforme… et convaincre leurs col­lègues de se mettre en grève. Une action en par­tie faci­li­tée par une annonce du rec­to­rat.

 

En l’oc­cur­rence, tous les pro­fes­seurs qui ne cor­ri­ge­raient pas dans le temps imparti leurs 45 copies seraient consi­dé­rés comme gré­vistes. Conséquence ? De nom­breux ensei­gnants ont rejoint leurs cama­rades en grève. Dans le col­lège des Saules, l’intégralité du per­son­nel se serait ainsi mobi­lisé.

 

 

40 000 notes retenues dans l’académie

 

Les cor­rec­teurs du bac auraient donc dû remettre les copies cor­ri­gées et notées ce mardi. C’était sans comp­ter sur une mobi­li­sa­tion inso­lite de la part des per­son­nels ensei­gnants de toute la France. Afin de mon­trer leur oppo­si­tion à la réforme Blanquer, plu­sieurs cen­taines de cor­rec­teurs ont refusé de trans­mettre notes et copies. Dans l’académie de Grenoble, ce seraient plus de 40 000 notes qui n’auraient pas été pré­sen­tées aux jurys ce matin. Pour les pro­fes­seurs mobi­li­sés, c’est une « soli­da­rité des jurys qui se mani­feste ».

 

Assemblée Générale du personnel enseignant en grève, 4 juillet © Nina Soudre - Placegrenet.fr

Assemblée Générale du per­son­nel ensei­gnant en grève, 4 juillet © Nina Soudre – Placegrenet.fr

Malgré le boy­cott, les gré­vistes se sont tout de même ren­dus devant les centres pour deman­der à leurs col­lègues de ne pas par­ti­ci­per aux jurys tant que l’intégralité des notes n’a pas été remise. Chacun à leur tour, ils ont donné leur bilan.

 

Beaucoup de jurys ont dû être annu­lés et repor­tés. De fait, il man­quait par­fois jusqu’à un tiers des notes. Et de nom­breux membres des jurys ont suivi le mou­ve­ment des gré­vistes.

 

Toutefois, la vali­da­tion des résul­tats ne néces­site que l’aval du pré­sident du jury, qui est tou­jours un pro­fes­seur d’université. Des pré­si­dents de jury ont, eux aussi, refusé d’enregistrer les résul­tats à cause des notes man­quantes. Mais pas tous. Certains jurys ont donc été main­te­nus et des résul­tats enre­gis­trés… au grand dam des pro­fes­seurs mobi­li­sés.

 

 

Des notes du bac remplacées par les moyennes de contrôle continu

 

Assemblée Générale du personnel enseignant en grève, 4 juillet © Nina Soudre - Placegrenet.fr

Assemblée Générale du per­son­nel ensei­gnant en grève, 4 juillet © Nina Soudre – Placegrenet.fr

En effet, en réponse à l’absence de notes, le rec­to­rat a ordonné au per­son­nel pré­sent de rem­pla­cer les résul­tats man­quants par les moyennes obte­nues par les élèves au cours de l’année.

 

Une mesure inédite et  « inéga­li­taire » pour les pro­fes­seurs puisque les lycéens ne seront pas tous jugés sur les mêmes épreuves. Plus qu’inégale, cette solu­tion tem­po­raire pour­rait être illé­gale selon le Code de l’Éducation qui sti­pule l’équité des résul­tats.

 

Les consé­quences de ces dis­cor­dances inquiètent pro­fes­seurs et parents d’élèves quant à la publi­ca­tion des résul­tats qui doit avoir lieu demain matin.

 

Si Jean-Michel Blanquer suit ce qu’il a annoncé, des mil­liers de lycéens pour­raient avoir des résul­tats faus­sés… et être convo­qués aux rat­tra­pages sans savoir s’ils le méritent réel­le­ment.

 

 

Une remise des copies collective demain dans la journée

 

Assemblée Générale du personnel enseignant en grève, 4 juillet © Nina Soudre - Placegrenet.fr

Assemblée Générale du per­son­nel ensei­gnant en grève, 4 juillet © Nina Soudre – Placegrenet.fr

À l’issue de l’assemblée géné­rale, les dis­po­si­tions de remise des copies ont été déci­dées. Dans la mati­née, les pro­fes­seurs se ren­dront dans leurs lycées afin de dis­cu­ter avec élèves et parents et de leur expli­quer les rai­sons de leur mobi­li­sa­tion.

 

Copies à la main, ils se ren­dront ensuite au rec­to­rat aux alen­tours de 11 heures et espèrent aler­ter l’opinion publique sur les « men­songes » du ministre de l’Éducation. « Il ira jusqu’au bout dans son rôle de Pinocchio (…) Il veut faire un coup de com car ce ne seront pas des notes défi­ni­tives », s’écrie un pro­fes­seur du lycée Aristide-Bergès de Seyssinet-Pariset.

 

Pour finir, ils iront rendre tous ensemble leurs copies dans les centres d’examens, aux alen­tours de 14 heures. Un moyen pour eux de faire entendre leurs reven­di­ca­tions sans trop retar­der la publi­ca­tion des véri­tables résul­tats.

 

Un certain nombre d'enseignants du bassin isérois n'ont pas rendu les notes du bac. Assemblée Générale du personnel enseignant en grève, 4 juillet © Nina Soudre - Placegrenet.fr

Assemblée géné­rale du per­son­nel ensei­gnant en grève, 4 juillet 2019. © Nina Soudre – Placegrenet.fr

 

En tout cas, la ren­trée sco­laire s’annonce chaude. D’autant plus que plu­sieurs classes vont être sup­pri­mées et des départs en retraite non rem­pla­cés. Pour les gré­vistes, « ce n’est que le début (…) On remonte tous à la bataille en sep­tembre ». Un “tous” qui com­prend parents d’élèves, étu­diants, lycéens mais aussi gilets jaunes dont quelques-uns étaient pré­sents pour sou­te­nir le per­son­nel ensei­gnant.

 

Nina Soudre

 

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Commentaires 1
  1. Prise d’o­tage des bache­liers… débile comme méthode ;
    Le fait de mettre une note de contrôle conti­nue court cir­cuites leur action, et hélas c’est tant mieux. (pas fan mais fran­che­ment c’est dégueu­lasse le chan­tage à la copie)
    il y a d’autre façon de s’ex­pri­mer.
    Les pom­piers font des gréves de 1min pour se signa­ler, ca envoie un signal sur le nombre de per­sonnes vou­lant se moti­ver sans pour autant désor­ga­ni­ser.
    Après si il faut aller dans le dur…

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