Les Pionniers du Vercors dévoilent des photographies et documents de la Résistance sur leur site Internet

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FOCUS – L’Association nationale des pionniers et combattants volontaires du Vercors vient d’ouvrir un site Internet. Pas seulement une vitrine de ses activités et de son actualité. Les gardiens de l’Histoire de la Résistance du Vercors numérisent des milliers de documents à l’intention des chercheurs comme des passionnés pour mieux comprendre les faits, connaître les personnes et se souvenir des valeurs que défendaient les résistants.

 

 

Un site Internet tourné vers les cher­cheurs, les ensei­gnants comme les pas­sion­nés d’Histoire : c’est ainsi que l’Association natio­nale des pion­niers et com­bat­tants volon­taires du Vercors pré­sente la mise en ligne de sa pla­te­forme numé­rique. À l’i­mage de l’as­so­cia­tion elle-même, fon­dée en 1944 pour recons­truire les sites du Vercors et venir en aide aux résis­tants et leur famille, l’ob­jec­tif est bien de dépas­ser le seul cadre mémo­riel pour appor­ter des élé­ments concrets.

 

Défilé du 6e BCA le 6 septembre 1944 à Grenoble, conduit par Robert Benne. Collection ANPCVMV-FA

Défilé du 6e BCA le 6 sep­tembre 1944 à Grenoble, conduit par Robert Benne. Collection ANPCVMV-FA

 

« Ce site, nous y réflé­chis­sions depuis un cer­tain temps, en nous disant que l’on ne vou­lait pas faire un site publi­ci­taire ou un site vitrine », explique Didier Croibier-Muscat, secré­taire géné­ral de l’as­so­cia­tion. Outre des onglets d’ac­tua­li­tés ou de pré­sen­ta­tion géné­rale, les gar­diens de l’Histoire du Vercors pro­posent ainsi une média­thèque pré­sen­tant les (nom­breux) docu­ments dont ils dis­posent, qu’il s’a­gisse de témoi­gnages his­to­riques comme d’élé­ments de décryp­tage.

 

 

Des milliers de documents en cours de numérisation

 

À l’heure actuelle, ce sont plus de 600 docu­ments qui sont acces­sibles via le site de l’Association natio­nale des pion­niers du Vercors. Près de 450 pho­to­gra­phies, mais aussi des cartes, des élé­ments phi­la­té­liques, des docu­ments écrits et une par­tie des bul­le­tins édi­tés par la struc­ture. Des bul­le­tins émis à peu d’exem­plaires et donc dif­fi­ci­le­ment trou­vables, dont la numé­ri­sa­tion repré­sente poten­tiel­le­ment une mine d’or.

 

Le général de Gaulle et Eugène Chavant. 1963. Collection ANPCVMV-FA

Le géné­ral de Gaulle et Eugène Chavant. 1963. Collection ANPCVMV-FA

 

Le tra­vail de numé­ri­sa­tion est encore en cours, pré­cise Didier Croibier-Muscat. La mise en ligne de l’en­semble des bul­le­tins de l’as­so­cia­tion devrait, à elle seule, repré­sen­ter in fine 5 000 pages de docu­ments. Auxquels vien­dront encore s’a­jou­ter d’autres élé­ments, notam­ment les fichiers de près de 4 000 com­bat­tants du Vercors. Des dos­siers mili­taires pré­cieux dont le trai­te­ment devra se faire au cas par cas. Autant dire que le tra­vail sur le site est loin d’être ter­miné !

 

L’intérêt de la démarche ? « Pour les cher­cheurs et les étu­diants, c’est très dif­fi­cile d’a­voir accès aux sources. On s’est lancé dans l’i­dée de mettre à dis­po­si­tion ce dont nous dis­po­sions », explique le secré­taire géné­ral. Mais l’i­dée est aussi, peut-être, de per­mettre à des familles d’a­voir accès à des infor­ma­tions sur le par­cours d’un parent résis­tant. « Les aspects his­to­riques et mémo­riels se recoupent et s’ad­di­tionnent », note Didier Croibier-Muscat.

 

 

Des documents encore à découvrir

 

Les familles, l’as­so­cia­tion compte éga­le­ment sur elles pour per­mettre de trou­ver de nou­veaux docu­ments. Le secré­taire géné­ral en est convaincu : « Il y a encore des pho­tos dans les tiroirs de l’ar­moire de la salle à man­ger de l’ar­rière-grand-mère, et on les verra res­sor­tir ! » Des cli­chés par défi­ni­tion de haut inté­rêt his­to­rique, et plus encore lors­qu’ils sont anno­tés au dos, avec peut-être des indi­ca­tions de noms ou de lieux.

 

Groupe de combattants, maquisards et tirailleurs, à Valchevrière. Juin 1944. © Association nationale des pionniers du Vercors

Groupe de com­bat­tants, maqui­sards et tirailleurs, à Valchevrière. Juin 1944. © Association natio­nale des pion­niers du Vercors

 

Car l’Histoire des com­bat­tants du Vercors n’est pas fixée, et des décou­vertes sont encore à faire. Si Didier Croibier-Muscat estime que les grandes lignes sont posées, des études sur cer­tains points comme les pertes, les lieux de bataille, les moda­li­tés de dépla­ce­ment des troupes sont encore en cours. Quitte à remettre en cause des infor­ma­tions que les his­to­riens des décen­nies pré­cé­dentes pen­saient acquises.

 

Mais les pho­to­gra­phies ne sont pas tout. « Ce n’est pas parce qu’il y a des pho­to­gra­phies que l’Histoire est dans les pho­to­gra­phies : par effet de miroir, il faut pen­ser à toutes les pho­tos que l’on n’a pas, parce qu’elles n’ont pas été prises ! », phi­lo­sophe le secré­taire géné­ral. Qui insiste sur la manière dont l’en­vi­ron­ne­ment cultu­rel et socié­tal d’une époque influe sur la nature des docu­ments qu’elle lègue aux his­to­riens.

 

 

Les valeurs de la Résistance toujours d’actualité

 

Micheline Croibier-Muscat, membre du groupe franc de Combat. Le rôle des femmes dans la résistance du Vercors a longtemps été très déconsidéré. Collection ANPCVMV-FA

Micheline Croibier-Muscat, membre du groupe franc de Combat. Le rôle des femmes dans la résis­tance du Vercors a long­temps été très décon­si­déré. Collection ANPCVMV-FA

Exemple concret ? Le rôle des femmes dans la résis­tance du Vercors, sou­vent mini­misé. « C’est une façon de pen­ser d’une époque. Nous avons mis à jour des femmes qui ont eu un rôle de che­ville ouvrière, ou de micro-actions qui ont eu un effet consi­dé­rable », note Didier Croibier-Muscat. Problème : ce rôle, essen­tiel au quo­ti­dien, a été jugé acces­soire en son temps. De sorte que les per­sonnes comme les faits sont fré­quem­ment mécon­nus.

 

Aujourd’hui, l’as­so­cia­tion des Pionniers du Vercors tente de rat­tra­per le temps perdu. « Il faut que l’on se dépêche : en his­toire, on com­mence tou­jours trop tard ! », insiste le secré­taire géné­ral.

 

Des témoins de l’é­poque, enfants ou ado­les­cents d’a­lors, sont tou­jours de ce monde. Des per­sonnes sus­cep­tibles de « sor­tir des choses » : le rôle d’une tante, d’une mère… Mais des per­sonnes aussi en grand âge, issues d’une géné­ra­tion en train de nous quit­ter.

 

Ce tra­vail d’im­por­tance, Didier Croibier-Muscat le défend au nom du pré­sent bien plus que du passé. « Se sou­ve­nir c’est impor­tant : quand les noms s’ef­facent sur la pierre, les gens dis­pa­raissent une deuxième fois. Mais savoir pour­quoi ils se sont bat­tus, cela donne un sens à la réflexion ! », insiste-t-il. Pour ce fils de résis­tants, les valeurs de démo­cra­tie, de fra­ter­nité ou de laï­cité sont tou­jours d’ac­tua­lité : « 75 ans après, il ne faut pas se pri­ver de réflé­chir aux mêmes thèmes ! »

 

Florent Mathieu

 

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