Frédérique Vidal, en visite à Grenoble, s’est engagée à « ne rien laisser passer contre les discours de haine »

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FOCUS – Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supérieur, a réaffirmé son désir de combattre l’antisémitisme dans les universités lors de la convention nationale de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), qui s’est déroulée du 1er au 4 novembre à Grenoble. Bien déterminée « à ne rien laisser passer contre les discours de haine », la ministre a tenté de rassurer les étudiants de l’UEJF, inquiets de la banalisation des actes d’antisémitisme qui se multiplient dans les établissements de l’enseignement supérieur.

 

 

De gauche à droite : Sacha Ghozlan, président de l'UEJF, Frédérique Vidal, Minitre de l'enseignement supérieur, Ines Ammar, vice-présidente de l'UEJF et Patrick Levy, président de l'Université Grenoble-Alpes. © Joël Kermabon - Place Gre'net

De gauche à droite : Sacha Ghozlan, pré­sident de l’UEJF, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supé­rieur, Ines Ammar, vice-pré­si­dente de l’UEJF, et Patrick Levy, pré­sident de l’Université Grenoble-Alpes. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Plus de 200 étu­diants venus d’un peu par­tout en France mais sur­tout de la région pari­sienne se sont réunis à Grenoble du 1er au 4 novembre pour par­ti­ci­per à la Convention natio­nale de l’Union des étu­diants juifs de France (UEJF). Un temps fort de l’a­genda de cette asso­cia­tion créée en 1944 par un groupe d’étudiants juifs issus de la Résistance.

 

Ce ven­dredi 2 novembre, Frédérique Vidal, la ministre de l’Enseignement supé­rieur, de la recherche et de l’in­no­va­tion, était à Grenoble pour un grand oral qui s’est déroulé dans la salle de confé­rences bon­dée de la Maison des asso­cia­tion, rue Berthe de Boissieux. Un lieu tenu secret jus­qu’au der­nier moment dont les abords étaient pla­cés sous haute pro­tec­tion poli­cière.

 

Le thème de ce grand oral ? La lutte contre la bana­li­sa­tion des pro­pos anti­sé­mites deve­nus récur­rents au cœur même des éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment supé­rieur fran­çais. Étaient éga­le­ment pré­sents à la tri­bune, Sacha Ghozlan, le pré­sident de l’UEJF, Ines Ammar, sa vice-pré­si­dente, et Patrick Levy, le pré­sident de l’Université Grenoble-Alpes (UGA).

 

 

Des formes de discriminations « intolérables et choquantes »

 

En cause ? Un contexte où les inci­dents anti­sé­mites se sont mul­ti­pliés ces der­nières semaines dans les éta­blis­se­ments d’enseignement supé­rieur de l’Hexagone. Notamment à tra­vers une bana­li­sa­tion des actes et pro­pos anti­sé­mites, ou jugés comme tels :  tags, “blagues” de mau­vais goût, insultes et injures, sac­cage du local de l’UEJF à Paris, voire agres­sions. La ministre a ainsi rap­pelé « l’enga­ge­ment qui est le sien et celui du gou­ver­ne­ment de lut­ter contre toutes les formes d’antisémitisme ».

 

Salle comble pour le grand oral de la ministre. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Salle comble pour le grand oral de la ministre. © Joël Kermabon – Place Gre’net

 

La ministre a éga­le­ment fait part de sa vision du vivre-ensemble à l’université. Notamment de « la néces­sité d’une mobi­li­sa­tion forte de la com­mu­nauté aca­dé­mique et uni­ver­si­taire pour lut­ter contre toutes les formes de dis­cri­mi­na­tion », jugées « into­lé­rables et cho­quantes ».

 

« J’avais par­ti­cu­liè­re­ment envie de m’ex­pri­mer aujourd’­hui devant l’UEJF, de façon à leur dire qu’il n’y aurait aucune tolé­rance du gou­ver­ne­ment sur ces actes [d’antisémitisme] et à échan­ger avec eux sur ce que nous pou­vons mettre en place au sein des éta­blis­se­ments d’en­sei­gne­ment supé­rieur pour que ça rede­vienne des lieux les plus pro­té­gés pos­sible », a expli­qué Frédérique Vidal.

 

 

« Aujourd’hui, l’Université n’est plus un rempart à la haine, elle devrait le redevenir »

 

Une pro­tec­tion récla­mée à cor et à cri par Sacha Ghozlan, le pré­sident de l’UEJF qui, s’il constate un réel sou­tien de l’État, regrette qu’il n’en soit pas de même de la part de la com­mu­nauté uni­ver­si­taire.

 

Sacha Ghozlan, président de l'UEJF. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Sacha Ghozlan, pré­sident de l’UEJF. © Joël Kermabon – Place Gre’net

« Nous nous sen­tons trop sou­vent iso­lés loca­le­ment face à de tels actes. Entre cer­tains syn­di­cats étu­diants qui ne semblent pas voir que la haine des Juifs est mani­feste quand un local est sac­cagé et ceux qui ne veulent pas uti­li­ser le mot anti­sé­mi­tisme lorsque la bête humaine est face à eux, nous sommes inquiets ! », adresse-t-il à Frédérique Vidal.

 

Et de pour­suivre : « Nous devons tous entendre ce cri d’a­lerte. Lorsque des étu­diants juifs sont mena­cés ou har­ce­lés parce qu’ils sont juifs, c’est l’en­semble de la com­mu­nauté uni­ver­si­taire et natio­nale qui devrait se mobi­li­ser. Malheureusement, aujourd’­hui, l’Université n’est plus un rem­part à la haine. Elle devrait le rede­ve­nir », expose-t-il, quelque peu amer.

 

Qualifier un acte d’antisémitisme d’incivilité est déjà une forme de déni

 

« L’antisémitisme à l’u­ni­ver­sité met en échec sa mis­sion d’é­man­ci­pa­tion par le savoir. Comment peut-on le tolé­rer dans un lieu où s’af­fûte l’es­prit cri­tique, où s’é­clairent les consciences et s’é­la­borent les connais­sances et les véri­tés scien­ti­fiques ? », inter­roge Frédérique Vidal. « Nous ne tolé­re­rons pas un ins­tant une telle régres­sion », appuie-t-elle avec force.

 

Pour autant, s’il ne faut pas hési­ter à s’in­di­gner, il faut aussi agir et pré­ve­nir, affirme la ministre. « On ne peut pas qua­li­fier un acte anti­sé­mite d’in­ci­vi­lité ou de dégra­da­tion car c’est déjà, pour moi, une forme de déni […] Il faut prendre les dis­po­si­tions qui s’im­posent en s’ap­puyant sur la loi. » Notamment par un signa­le­ment au pro­cu­reur de la République des actes anti­sé­mites avé­rés, sur la base de l’article 40* du code de pro­cé­dure pénale.

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

 

La pré­ven­tion ? C’est le rôle confié aux 120 « réfé­rents racisme et anti­sé­mi­tisme » pré­sents dans les uni­ver­si­tés, écoles et orga­nismes. Des nomi­na­tions sont par ailleurs encore en cours en vue de cou­vrir l’en­semble du ter­ri­toire natio­nal. Frédérique Vidal nous explique la fina­lité de la mis­sion de ces réfé­rents.

 

 

Pour autant, pas de quoi convaincre Sacha Ghozlan, qui, s’il recon­naît que c’est « un pre­mier pas », n’en estime pas moins qu’il ne sau­rait être suf­fi­sant. « Ces réfé­rents ne se mani­festent pas tou­jours face à des actes anti­sé­mites », déplore-t-il. Quel grief leur fait-il ? Principalement le manque d’une for­ma­tion qui « pour­rait les rendre plus visibles et acces­sibles aux étu­diants sus­cep­tibles de les mettre à contri­bu­tion  », pointe le pré­sident de l’UEJF.

 

 

Redonner du poids aux mots, savoir de quoi l’on parle

 

Pour Frédérique Vidal, la recherche doit éga­le­ment prendre toute sa part dans le com­bat contre l’antisémitisme, dans l’op­tique de « ras­sem­bler les connais­sances sur ce sujet ». Comment ? À tra­vers la mise en place d’une pla­te­forme de recherche qui puisse accueillir tous les tra­vaux dédiés au racisme et à l’an­ti­sé­mi­tisme. Notamment ceux qui seront finan­cés par les bourses de thèse créées sur cette ques­tion.

 

Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supé­rieur, de la recherche et de l’in­no­va­tion. © Joël Kermabon – Place Gre’net

« Ce phé­no­mène doit pou­voir être atta­qué sous tous les angles. La recherche nous per­met de le regar­der en face, d’en cer­ner les contours », déclare la ministre. L’objectif ? Redonner du poids aux mots. « La jeune géné­ra­tion doit savoir de quoi elle parle lors­qu’elle tourne en déri­sion la Shoah et pro­pose d’en faire le thème d’un week-end d’in­té­gra­tion », énonce-t-elle gra­ve­ment.

 

Tout un com­bat qui passe aussi par la for­ma­tion des jeunes sur ce que l’on peut faire sur les réseaux sociaux, estime éga­le­ment la ministre de l’Enseignement supé­rieur. « Comment fait-on la dis­tinc­tion entre une opi­nion qui s’ex­prime sous cou­vert d’a­no­ny­mat et des faits prou­vés scien­ti­fi­que­ment ? », ques­tionne-t-elle. « Il est très impor­tant de mettre en avant la construc­tion d’une métho­do­lo­gie scien­ti­fique, et ce dès le plus jeune âge », conclut Frédérique Vidal.

 

Joël Kermabon

 

 

* L’alinéa 2 de cet article dis­pose en effet que « toute auto­rité consti­tuée, tout offi­cier public ou fonc­tion­naire qui, dans l’exercice de ses fonc­tions, acquiert la connais­sance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en don­ner avis sans délai au pro­cu­reur de la République et de trans­mettre à ce magis­trat tous les ren­sei­gne­ments, pro­cès-ver­baux et actes qui y sont rela­tifs. »

 

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