Déboisement, pollution, mesures compensatoires incertaines… La Frapna juge le projet de l’A480 inacceptable

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EN BREF – Si les partenaires du projet se réjouissent de la signature récente de la Déclaration d’utilité publique pour le projet d’aménagement de l’A480 et de l’échangeur du Rondeau, ce n’est pas le cas de la Frapna. La Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature renouvelle ses réserves vis-à-vis du projet, et formule ses inquiétudes en matière de boisement et de qualité de l’air.

 

 

La Déclaration d’u­ti­lité publique du réamé­na­ge­ment de l’A480 et de l’é­chan­geur du Rondeau signée par la pré­fec­ture ne fait pas que des heu­reux. La Fédération Rhône-Alpes de pro­tec­tion de la nature (Frapna) rap­pelle ainsi ses réserves vis-à-vis du pro­jet, et juge que celui-ci peut, et doit, encore être amé­lioré afin de limi­ter ses nui­sances envi­ron­ne­men­tales.

 

L'A480, facilement bouchée à certains moments de la journée. © Manuel Palvard - Place Gre'net

L’A480, faci­le­ment bou­chée à cer­tains moments de la jour­née. © Manuel Pavard – Place Gre’net

 

« Les études d’impacts et l’examen appro­fondi du pro­jet montrent que le pro­jet actuel pré­sente de nom­breuses lacunes qui doivent être cor­ri­gées pour le rendre plus accep­table », écrit ainsi la Fédération. Qui ajoute se retrou­ver dans les avis publiés par le Conseil natio­nal de pro­tec­tion de la nature (CNPN), autant que dans ceux de l’Autorité envi­ron­ne­men­tale (AE) en date du 25 juillet 2018, tous deux por­teurs de plu­sieurs obser­va­tions.

 

 

Boisements en danger

 

La Frapna divise en trois points ses pistes d’a­mé­lio­ra­tion du pro­jet. En pre­mier : son impact sur les boi­se­ments. La Fédération juge ainsi que « les lam­beaux boi­sés reliques le long du Drac et de l’Isère sont indis­pen­sables », en matière de bio­di­ver­sité comme de qua­lité du pay­sage, ou encore de créa­tion de zones d’ombre pour les périodes de fortes cha­leurs.

 

Le réaménagement de l'A480 va t-elle menacer le boisement des rives du Drac © Area

Le réamé­na­ge­ment de l’A480 va t‑il mena­cer le boi­se­ment des rives du Drac ? © Area

 

Or, le CNPN a rap­pelé la conco­mi­tance de deux pro­jets : celui de l’A480, et le plan de ges­tion de la végé­ta­tion des digues, qui a déjà occa­sionné la coupe de 180 arbres et pré­voit d’en abattre encore 90, aux­quels s’a­joutent quinze arbres morts. Quel lien entre les deux dos­siers ? Les études ont été réa­li­sées avant ces coupes et, écrit le CNPN, il n’est pas cer­tain que « les arbres épar­gnés par le pro­jet Area [maître d’ou­vrage de l’a­mé­na­ge­ment de l’A480, ndlr) soient encore sur pied ».

 

Conclusion : « Il faut tota­le­ment revoir cet état ini­tial et les mesures d’évitement, de réduc­tion et de com­pen­sa­tion », note le CNPN. Une demande sou­te­nue par la Frapna, qui ajoute que le fameux plan de ges­tion s’é­tale sur dix ans, et pré­voit la coupe de « mil­liers d’arbres qui vont dis­pa­raître sans être rem­pla­cés du fait de la fauche annuelle ». Aussi, la Fédération attend que l’im­pact glo­bal des dif­fé­rents pro­jets soit révisé pour mieux com­plé­ter les mesures com­pen­sa­toires… et demande à la pré­fec­ture d’an­nu­ler l’ar­rêté rela­tif à la ges­tion des digues.

 

 

Des compensations sans équivalence ?

 

Les com­pen­sa­tions sont jus­te­ment le deuxième point sur lequel le Frapna émet de sérieuses cri­tiques. Ainsi, écrit-elle, les com­pen­sa­tions pré­vues dans le cadre des tra­vaux de déboi­se­ment et de défri­che­ment réa­li­sées sur l’A480 par Area et le Département de l’Isère dans les années 2010 ne sont tou­jours pas effec­tives. « Les 4 hec­tares boi­sés détruits devaient faire l’objet d’une com­pen­sa­tion de 1,5 hec­tare de plan­ta­tions », indique la Fédération, qui exige la réa­li­sa­tion de cette com­pen­sa­tion avant de nou­veaux tra­vaux.

 

La carte des sites de compensation étudiés, telle que figurant dans l'avis de l'Autorité environnementale.

Carte des sites de com­pen­sa­tion étu­diés figu­rant dans l’a­vis de l’Autorité envi­ron­ne­men­tale.

De plus, les mili­tants de l’en­vi­ron­ne­ment, tout comme l’Autorité envi­ron­ne­men­tale, demandent le main­tien du cor­ri­dor bio­lo­gique le long du Drac. Et s’in­ter­rogent dès lors sur « l’équivalence éco­lo­gique des mesures com­pen­sa­toires pro­po­sées loin de l’agglomération gre­no­bloise avec les des­truc­tions annon­cées dans le péri­mètre de cette der­nière ». Les sites de com­pen­sa­tion étu­diés, tels que Jarrie ou Montbonnot, sont en effet bien éloi­gnés de la zone du pro­jet.

 

 

L’impact sur la qualité de l’air

 

Dernier point abordé par la Frapna : l’im­pact du pro­jet sur la pol­lu­tion de l’air. La Fédération ne manque pas de rap­pe­ler que l’ag­glo­mé­ra­tion gre­no­bloise est régu­liè­re­ment sujette à des épi­sodes de pol­lu­tion au dioxyde d’a­zote, et que la France a été défé­rée devant la Cour de jus­tice de l’Union euro­péenne pour non-res­pect des seuils de la qua­lité de l’air. Aussi redoute-t-elle une aug­men­ta­tion du tra­fic rou­tier fai­sant suite à l’é­lar­gis­se­ment de l’A480.

 

Alors que la Déclaration d'utilité publique de l'aménagement de l'A480 a été signée, la Frapna expose ses craintes et demande des améliorations du projet.

L’aménagement de l’A480 va t‑il par­ti­ci­per à aggra­ver la pol­lu­tion dans la cuvette gre­no­bloise ? © Patricia Cerinsek – Place Gre’net

 

Ce n’est pas le cas de l’é­tude d’im­pact qui, citée par l’Autorité envi­ron­ne­men­tale dans son avis, « don­nait des valeurs moyennes annuelles infé­rieures aux valeurs cibles régle­men­taires en fonc­tion de l’hypothèse rete­nue de sta­bi­lité du tra­fic auto­mo­bile à l’ho­ri­zon 2030 ». Cruelle, l’AE ne manque pas de juger cette « hypo­thèse opti­miste » comme « peu conforme aux ten­dances en la matière ». Une cri­tique qu’elle avait par ailleurs déjà for­mu­lée aupa­ra­vant.

 

Pour cette rai­son, la Frapna demande dans ses conclu­sions à ce que la vitesse sur le tron­çon rou­tier soit fixée à 70 hm/h. Ainsi que « l’engagement de réa­li­ser une étude de la pol­lu­tion de l’air du sec­teur, trois années après la mise en ser­vice de l’aménagement ». Autant d’exi­gences qui, estime enfin la Fédération, « relèvent de l’intérêt géné­ral, pour la santé des habi­tants et la bio­di­ver­sité de l’agglomération ».

 

Florent Mathieu

 

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Commentaires 11
  1. « Ce n’est pas le cas de l’étude d’impact qui, citée par l’Autorité envi­ron­ne­men­tale dans son avis, « don­nait des valeurs moyennes annuelles infé­rieures aux valeurs cibles régle­men­taires en fonc­tion de l’hypothèse rete­nue de sta­bi­lité du tra­fic auto­mo­bile à l’horizon 2030 ». Cruelle, l’AE ne manque pas de juger cette « hypo­thèse opti­miste » comme « peu conforme aux ten­dances en la matière ». Une cri­tique qu’elle avait par ailleurs déjà for­mu­lée aupa­ra­vant. »

    Nous rap­pe­lons à l’au­to­rité envi­ron­ne­men­tale que c’est elle qui a validé l’exemp­tion d’é­tude d’im­pact pour CVCM et que le résul­tat de CVCM, c’est + 15% d’aug­men­ta­tion de la pol­lu­tion atmo­sphé­rique. Donc l’AE ferait bien de faire atten­tion à ce qu’elle dit d’a­bord balayer devant de sa porte.

    Nous aussi, on sait être cruels

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    • Cher GAM, vos pro­pos gro­tesques et emplis de contre-véri­tés me font tou­jours autant pouf­fer de rire. Comparer le chan­ge­ment local d’un plan de cir­cu­la­tion pour faire dimi­nuer la part de l’au­to­mo­bile et l’é­lar­gis­se­ment d’une auto­route qui va drai­ner au bas mot 30 000 voi­tures de plus, c’est tout sim­ple­ment se foutre de la g… des gens. Sur ce sujet, vous êtes un spé­cia­liste !
      Et pour le CVCM du Fontanil, on ne vous a pas entendu ? Rien à dire ? Et celui de Pont-de-Claix ? Non plus ? Diantre…

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  2. Bon ben on va lui enle­ver ses sub­ven­tions de fonc­tion­ne­ment (100 000 euros/an de la ville de Grenoble, si nous sou­ve­nirs sont bons) à la FRAPNA et lui deman­der de libé­rer les bureaux qu’elle occupe à la Maison de la Nature et de l’Environnement !

    Dans tout pays « nor­mal » – Allemagne, Pays Scandinaves, RU etc. – les asso­cia­tions mili­tantes n’ont pas le droit de tou­cher de sub­ven­tions de fonc­tion­ne­ment. Elle n’en touchent que pour la réa­li­sa­tion de pro­jets concrets.

    Oh, l’A480 c’est pas Roybon : c’est une mesure de flui­di­fi­ca­tion du tra­fic afin de faire bais­ser la pol­lu­tion et cela ne concerne que des zones dès urbaines.

    Faut arrê­ter de pous­ser mémé dans les orties

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  3. On entend pas les potes de Piolle à la frapna le cri­ti­quer sur le déboi­se­ment à “en plus finir au pro­fit du béton et des auto­routes à velos, sur son pro­jet anti voi­tures cvcm qui crée des nui­sances de toutes parts, embou­teillages et pol­lu­tions ; une cri­tique bien sélec­tive donc.

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    • Je ne com­prend pas ces asso­cia­tions, la situa­tion d’au­jourd’­hui est mieux peut être ?
      Et ques­tion arbres abat­tus regar­dons du coté de la ville de Grenoble, on n’en­tend rien, bizarre ?

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    • l’a­mé­na­ge­ment de l’A480 et le CVCM sont 2 réa­li­sa­tions de la Métro (+ le dépar­te­ment et la pré­fec­ture pour l’A480). Inutile de s’en prendre sans arrêt à E. Piolle et à la muni­ci­pa­lité de Grenoble. En tout cas, il y a plus d’arbres et de végé­ta­tion à Grenoble main­te­nant qu’a­vant … voir ce qu’est deve­nue la place Hubert Dubedout …
      L’aménagement des rives du Drac dépend du SYMBHI
      http://symbhi.fr/
      et la ville n’a rien à voir dans l’a­mé­na­ge­ment de l’A480 et de l’échangeur du Rondeau, dont la décla­ra­tion d’u­ti­lité publique a été signée par le pré­fet.

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      • Et Caro, sinon la FRAPNA n’est-elle pas une ins­tance d’amplification des mes­sages d’Eric Piolle ?!
        Évidemment que l’excellent pro­jet de l’A480 n’est pas celui de Piolle, lui pré­fère croire – et fait croire – que les métro­po­li­tains n’ont pas besoin de voi­ture, car « la voi­ture c’est très très très mal », et le vélo « c’est très très très bien ».…mais sinon quand on n’a pas les moyens d’habiTer Grenoble ville et que l’on a une famille on uti­lise une voi­ture.
        Et oui la voi­ture ça peut aussi être moderne, demain élec­trique ou hydro­gène, on sera contents que des poli­tiques non dog­ma­tiques (enten­dez donc pas Piolle) que les modes de dépla­ce­ment sont com­plé­men­taires et que vélos et voi­tures sont en effet des modes usi­tés au quo­ti­dien par les habi­tants de la Métro.
        Mais heu­reu­se­ment la FRAPNA a frappé fort, comme pour les tra­ver­sées de gre­nouilles sou­ter­raines amé­na­gées le long de l’Isere. Et pen­dant ce temps les habi­tants conti­nuent à res­pi­rer un air pol­lué par des bou­chons sans fin puisque Piolle et ses amis pré­fèrent une voi­ture à l’arret dans les bou­chons plu­tôt que de les voir rou­ler grâce à un élar­gis­se­ment de l’A480…bravo.

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        • Vous détour­nez com­plè­te­ment le pro­pos pour, une nou­velle fois, taper sur Piolle.
          La FRAPNA exis­tait avant Piolle et en est com­plè­te­ment indé­pen­dante. C’est une asso­cia­tion Rhône Alpes créée en 1971, E. Piolle est né après … Il est un peu nor­mal que les écolo soient sur la même lon­gueur d’onde en ce qui concerne la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment et qu’ils se retrouvent contre le pro­jet d’é­lar­gis­se­ment de l’A480.
          Lisez donc l’é­tude de la FRAPNA sur le sujet de l’A480
          http://www.frapna-38.org/images/Veille/R%C3%A9ponse_FRAPNA_EP_A480_10-01 – 18.pdf
          Il n’empêche qu’ils (E. Piolle et la FRAPNA) ont été enten­dus, en par­tie : l”  »élar­gis­se­ment n’en est pas vrai­ment un, puisque l’in­fra­struc­ture ne débor­dera pas de l’emprise exis­tante », explique Christophe Ferrari. et la vitesse serait limi­tée à 70 km/h
          Et si AREA rend la por­tion d’au­to­route payante (comme le début de l’A51) les auto­mo­bi­listes de l’emprunteront pas, donc pas de bou­chons, enfin, les bou­chons seront juste dépla­cés …

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      • Faux ! CVCM c’est la ville de Grenoble et l’A480 c’est l’é­tat !

        CVCM c’est Piolle !

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