Le nombre de loups en France devrait dépasser le chiffre de cinq cents. Et donc le seuil de viabilité de l'espèce que s'était fixé le gouvernement.

Entre abattage et préservation de l’espèce, le plan loup 2018-2023 fait le grand écart

Entre abattage et préservation de l’espèce, le plan loup 2018-2023 fait le grand écart

FIL INFO – Quarante loups pourront être abattus en 2018. Puis 10 à 12 % de la population les années suivantes. Le nouveau plan loup, qui court jusqu’en 2023, tente l’exercice du compromis en visant l’objectif d’atteindre une population de cinq cents loups d’ici cinq ans pour assurer la viabilité de l’espèce. Acrobatique…

 

 

Une étude remet en cause le taux de loups hybrides, mi-chien mi-loup, en France. A quelques jours du début des négociations du futur plan Loup.

© Gourdol Max-ONCFS

Dévoilé après dix-huit mois de concertations ce lundi 19 février, le nouveau plan loup coupe la poire en deux. Il fixe à quarante le plafond de loups à abattre pour 2018 (10 % à 12 % de la population les années suivantes), tout en visant l’objectif d’atteindre une population de cinq cents individus (contre 360 aujourd’hui) d’ici cinq ans pour assurer la viabilité de l’espèce.

 

Il conditionne aussi les indemnisations des éleveurs en cas d’attaques à la mise en place de mesures de protection, et ce malgré la levée de boucliers de vingt et un députés de la majorité. Mais sans plus de moyens de contrôle…

 

Le nouveau plan quinquennal qui doit servir de fil conducteur aux actions à mettre en œuvre jusqu’en 2023 joue ainsi les équilibristes. Et ne contente au final aucune des deux parties, pas plus les éleveurs que les associations de protection de la nature qui se retrouvent pour dénoncer, en chœur, le manque de courage politique.

 

« Alors que l’État permet la destruction de 40 loups par an depuis quatre années déjà, il n’a fait procéder à aucune évaluation de l’efficacité de ces abattages pour réduire les attaques sur les troupeaux ovins, dénoncent les associations dans un communiqué commun. Et pour cause : le tir indifférencié de loups est plus qu’inefficace, contreproductif (éclatement des meutes, dispersion, absence d’apprentissage de la cohabitation…). Comme l’a souligné le Conseil national de protection de la nature, une telle évaluation aurait pourtant dû constituer un préalable à l’intensification des tirs de prélèvement ».

 

Au diable la consultation publique ?

 

Le plan reprend sans grand changement le texte soumis à consultation publique en janvier dernier. Et fait fi de l’avis général – 75 % des consultés se disaient favorables à la protection du loup – comme de celui du Conseil national de la protection de la nature. Ce dernier dénonçait en effet un « freinage de la croissance de la population de loups » et s’inquiétait de la « banalisation des tirs de défense ».

 

Mais il n’a pas non plus entendu les éleveurs, et leurs représentants dans les hémicycles qui, pourtant, ces dernières semaines, ont donné de la voix. Comme les sénateurs de l’Isère Michel Savin et Dominique Puissat (Les Républicains) qui dénoncent avec ce plan des « mesures illusoires » avec la crainte que le nombre de bêtes tuées par le loup (12 000 en 2017) aille grandissant. Pour les deux élus, la présence du loup est « incompatible avec l’élevage de montagne ».

 

Et ce ne sont pas les nouvelles modalités de tir qui vont calmer le jeu. Là aussi, le gouvernement a coupé la poire en deux. Si les tirs de défense, à proximité des troupeaux, seront facilités « à partir du moment où leurs troupeaux sont protégés ou reconnus comme ne pouvant être protégés », les tirs de prélèvement ne pourront eux s’effectuer que du 1er septembre au 31 décembre et seront limités à des « territoires caractérisés par l’importance des attaques ».

 

PC

 

 

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Patricia Cerinsek

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