Mathieu Boogaerts : « J’ai parfois l’impression d’être le vilain petit canard de la chanson »

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ENTRETIEN – Vingt-deux ans de carrière, sept albums et plus de mille concerts au compteur. Et pourtant l’auteur-compositeur-interprète Mathieu Boogaerts ne jouit toujours pas de la notoriété qu’il appelle de ses vœux. Il s’en ouvre à nous avant son concert à La Source, mercredi 13 décembre.

 

 

 

Mathieu Boogaerts DR

Mathieu Boogaerts DR

On lui prête une filia­tion avec Alain Souchon. Il a certes comme lui un solide sens de la mélo­die et un goût pour les textes enle­vés, faus­se­ment légers. La dou­ceur du timbre aussi, recon­nais­sable entre tous, peut expli­quer la com­pa­rai­son. Mais, dans sa jeu­nesse, Mathieu Boogaerts a plu­tôt écouté les titres du chan­teur néer­lan­dais Dick Annegarn.

 

En auto­di­dacte, il a conquis la maî­trise de nom­breux ins­tru­ments. C’est à la gui­tare tou­te­fois qu’il com­pose ses chan­sons et qu’il s’accompagne en concert. Après avoir tourné ces sept der­nières années dans une for­mule gui­tare-voix, l’auteur-compositeur-interprète a sol­li­cité les ser­vices du musi­cien Vincent Mougel.

 

Le prin­ci­pal res­sort de cette tour­née de concerts demeure néan­moins l’économie de moyens, qui sti­mule tou­jours autant la créa­ti­vité de ce chan­teur rétif aux phé­no­mènes de mode.

 

 

 

Pourquoi avoir demandé au musicien Vincent Mougel de vous accompagner sur cette série de concerts ?

 

Ça fait vingt-deux ans que je tourne. Ces cinq der­nières années, j’ai beau­coup joué tout seul. C’était un choix artis­tique avant tout parce que je me sens de plus en plus chan­son­nier. Je me suis aperçu que les concerts dans les­quels je m’épanouissais le plus étaient ceux dans les­quels j’étais entiè­re­ment aux com­mandes.

 

Septième album de Mathieu Boogaerts, Promeneur (2016)

Septième album de Mathieu Boogaerts, Promeneur (2016)

Mais j’en ai fait tel­le­ment que j’ai eu peur de m’ennuyer. Je ne vou­lais pas retom­ber sur les mêmes trucs. Alors j’ai cher­ché un musi­cien pour ani­mer mon gui­tare-voix.

 

Mais quand je parle de « gui­tare-voix », il ne faut pas s’imaginer Brassens sur son tabou­ret. J’ai une petite pédale au pied pour faire la grosse caisse, par exemple. C’est très rythmé.

 

Et Vincent Mougel est un musi­cien vrai­ment éton­nant. Il va venir ponc­tuer le concert en arri­vant au refrain faire un riff de gui­tare, puis res­sor­tir puis reve­nir sur un chœur ou faire un peu de cla­vier… Moi, sou­vent, en tant que spec­ta­teur, je m’ennuie en concert. Du coup, ma han­tise quand je fais un concert, c’est que les gens soient comme moi. Je mets donc beau­coup de soin dans le rythme des concerts, dans le choix et le dérou­le­ment des chan­sons.

 

 

Il y a deux ans, vous avez fêté vos vingt ans de carrière. Imaginiez-vous une telle longévité lorsque vous avez débuté ?

 

J’ai arrêté l’école assez tôt parce que j’étais mau­vais. J’ai com­mencé à faire des petits bou­lots. Et j’ai trouvé un tra­vail dans les son­dages. C’était vache­ment bien payé. J’avais 20 ans et ça a été déter­mi­nant parce qu’à par­tir de là j’arrivais à être indé­pen­dant finan­ciè­re­ment tout en ayant la moi­tié de mon temps libre.

 

C’est à ce moment-là que j’ai vrai­ment décidé de déve­lop­per mon truc. Un peu comme un étu­diant en méde­cine qui part pour la fac et qui sait qu’il n’exercera pas avant d’être diplômé. Moi, c’était pareil, je ne fai­sais pas de concerts mais je tra­vaillais. Je me disais que ce serait prêt quand ce serait prêt. C’était une déci­sion assez stu­dieuse. Donc à 20 ans, je com­men­çais à me pro­je­ter et à ima­gi­ner faire une car­rière dans la chan­son, oui.

 

 

Quels processus gouvernent la fabrication de vos morceaux ?

 

Je n’ai jamais le pro­jet d’écrire une chan­son. Dans tous les cas, au départ, je passe beau­coup de temps à grat­touiller ma gui­tare. D’un seul coup, quelques accords, une mélo­die que je n’ai pas vrai­ment cher­chée me viennent. Je tourne autour et, très spon­ta­né­ment, j’ai envie de chan­ter des­sus. Les mots arrivent, eux aussi, de manière spon­ta­née. Et, des fois, la connexion entre cette phrase et cet accord va m’émouvoir au point que je vais sen­tir une chan­son au bout de la langue. C’est une évi­dence, comme si la chan­son exis­tait déjà. Ensuite, je laisse ça de côté. Et puis je déve­loppe plus tard et, là, ça devient un truc acharné sur lequel je peux pas­ser quinze heures par jour.

 

 

 

Dans le titre « Bizarre », qui figure sur votre dernier opus Promeneur (2016), vous écrivez « c’est bizarre comment tu me dessines », avant de sommer votre interlocuteur de « mieux vous regarder ». Considérez-vous que les médias et le public en général vous « écoutent » bien ?

 

Je n’ai pas le pro­jet d’être plu­tôt bleu, vert ou rouge. Je suis tou­jours très curieux d’entendre les avis. Fondamentalement, je ne peux pas contes­ter ce qu’on va me dire. Si quelqu’un me dit « je trouve ça hyper trash », il y aura for­cé­ment une rai­son. Par contre, je m’aperçois ces der­nières années que je suis assez frus­tré du côté confi­den­tiel de ma musique. Je n’aspire pas à faire la cou­ver­ture de Télé 7 jours – ce n’est pas pour ça que je fais de la musique – mais j’ai l’impression que mes chan­sons pour­raient tou­cher beau­coup plus de gens et qu’on ne me laisse pas y accé­der.

 

 

Pourquoi n’êtes-vous pas davantage présent dans les médias à votre avis ?

 

Mathieu Boogaerts DR

Mathieu Boogaerts DR

Je n’ai jamais été nominé aux vic­toires de la musique, par exemple. Parfois, j’ai l’impression d’être un peu le vilain petit canard de la chan­son.

 

Peut-être que ça vient de moi et que, sur mon lit de mort, je me dirai « ah oui, je com­prends pour­quoi ». J’espère. Parce que, là, ce qui m’énerve c’est que j’ai l’impression d’être vic­time d’une injus­tice.

 

Mais je pense que c’est propre à tous les artistes, quelle que soit leur noto­riété. Il y a tou­jours un moment où on est un peu jaloux du voi­sin. C’est pour ça que je conti­nue d’ailleurs, comme si je vou­lais vrai­ment créer un lien avec les gens. J’ai tou­jours envie que ce lien gros­sisse. C’est peut-être pour ça aussi que je cours tou­jours après une nou­velle chan­son, après un nou­veau disque.

 

 

Écoutez-vous ce que font vos homologues dans la sphère de la chanson francophone ?

 

En fait, j’ai envie d’écouter tout sauf ça, même s’il y a des trucs pas mal. J’écoute des choses très variées : de la musique indienne, afri­caine, du jazz… toutes sortes de choses. Et puis, depuis que les pla­te­formes existent, c’est tel­le­ment facile, je découvre plein de trucs géniaux. Ce n’est pas dans mon inté­rêt de faire la pro­mo­tion des sites de “strea­ming” parce que ça ne rap­porte rien mais, par contre, ça ouvre tel­le­ment de pos­si­bi­li­tés…

 

 

Qu’est-ce qui vous permet de vivre de votre musique ?

 

Je me rat­trape sur les concerts. En fait, je vis aussi bien qu’il y a cinq ans. J’ai la chance d’être très indé­pen­dant. Je peux faire un concert seul ou à deux. Je n’ai pas besoin d’une équipe de dix per­sonnes. Je suis très mobile. Et puis, je suis auteur-com­po­si­teur, donc je touche mes droits d’auteur. Et, fina­le­ment, je vis très bien.

 

 

Aimez-vous les périodes de tournée ?

 

Beaucoup ! C’est fati­gant mais c’est sur­tout très gri­sant. Vraiment, tous les jours, ren­con­trer des gens dif­fé­rents, une salle, une ville, un concert, c’est magique ! Mais ça ne peut pas durer toute la vie. Entre la fin sep­tembre et la mi-décembre, j’ai cin­quante concerts de prévu. Je ne pour­rai pas avoir ce rythme-là toute la vie. Je par­lais à l’instant de ma frus­tra­tion mais, glo­ba­le­ment, je me dis que j’ai une chance incroyable de faire ce métier génial.

 

 

Propos recueillis par Adèle Duminy

 

 

Infos pratiques

 

La Source, Fontaine

Mathieu Boogaerts en duo avec Vincent Mougel + Joëlle Saint-Pierre

De 10 à 17 euros

 

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