Relais-lecture, tiers-lieu : Grenoble fait appel à des « collaborateurs occasionnels bénévoles »

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EN BREF – La Ville de Grenoble prépare l’ouverture du tiers-lieu Alliance, prévue début 2018, et celle des relais-lecture, ex-bibliothèques Prémol et Hauquelin, en gestation. Avec quel personnel pour les animer ? Des agents bibliothécaires et surtout des bénévoles. Depuis le dernier conseil municipal, la fonction de “collaborateur occasionnel bénévole” dans les bibliothèques est désormais encadrée par une « convention de participation ».

 

 

Voeux de Éric Piolle à la presse le 17 janvier 2014 - Bibliothèque Kateb Yacin © Joel Kermabon - placegrenet.fr

Vœux de Éric Piolle à la presse le 17 janvier 2014 à la bibliothèque Kateb Yacin © Joël Kermabon – placegrenet.fr

Lors du dernier conseil municipal, lundi 6 novembre, la Ville de Grenoble a fait voter le texte d’une « convention de participation des collaborateurs occasionnels bénévoles », qui concerne en particulier l’intervention de ces derniers dans le réseau des bibliothèques. 

 

La Ville fera dorénavant signer à ces bénévoles (animant un club lecture, un atelier lecture pour jeunes enfants, etc.) une convention en bonne et due forme. L’ouverture de deux relais-lecture et du nouveau tiers-lieu Alliance pousse en effet la Ville à mettre au clair les droits et obligations tant de la collectivité que des collaborateurs occasionnels bénévoles.

 

 

Moins d’agents bibliothécaires, plus de bénévoles

 

Proposer de la formation, organiser un atelier musique ou de soutien scolaire à titre bénévole, gracieux, au sein d’un bibliothèque, c’est déjà possible à Grenoble. La Ville souhaite toutefois dorénavant passer une convention avec ces collaborateurs occasionnels bénévoles, qui officient dans son réseau de bibliothèques.

 

La Ville va s'appuyer de plus en plus sur les bénévoles pour animer les bibliothèques de Grenoble, notamment celles devenues relais lecture et tiers-lieu.

Un temps pour les jeunes enfants à la bibliothèque Alliance © Séverine Cattiaux – placegrenet.fr

D’autant que leurs actions devraient s’étoffer, et prendre de plus en plus d’importance… L’animation de deux relais-lecture comme du futur tiers-lieu Alliance en gestation va en particulier reposer, de par la nature de ces structures, en grande partie, sur les épaules des habitants. Lesquels tiendront, qui des permanences, qui des activités, qui des ateliers de toutes sortes.

 

La Ville de Grenoble a en effet, dans un contexte budgétaire contraint, mis en œuvre un plan d’économies la conduisant à supprimer une dizaine de postes de bibliothécaires. Autant de forces vives qu’il faut sans doute compenser d’une manière ou d’une autre, sans dépenser un euro.

 

Des intentions que la Ville dément toutefois formellement. Elle fait savoir* que les bénévoles ne vont pas remplacer les bibliothécaires, et qu’en rédigeant le texte de cette convention il ne s’agit ni plus ni moins que de formaliser les choses. Tout en certifiant qu’il n’y aura pas plus de bénévoles qu’auparavant.

 

 

Un abonnement annuel offert aux collaborateurs occasionnels bénévoles

 

Corinne Bernard. Conseil municipal de Grenoble. 6 mars 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Corinne Bernard, adjointe aux Cultures a présenté cette convention au conseil municipal du 6 novembre 2017. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Dans cette convention, il est avant tout rappelé les droits et les obligations, tant des collaborateurs occasionnels que de la Ville. Rayon obligations, la commune doit par exemple fournir le matériel nécessaire à l’activité du bénévole. Le collaborateur ou la collaboratrice occasionnel(le) s’engage, pour sa part, à « assurer de façon fiable et avec régularité l’activité pour laquelle il/elle s’est engagé(e) ».

 

Du côté des droits, le bénévole peut décider de cesser son activité quand bon lui semble, à condition de prévenir à l’avance. Et la Ville, elle, peut parfaitement se séparer d’un collaborateur occasionnel s’il ne respecte par le règlement intérieur, les horaires, etc.

 

Pour récompenser les bénévoles de leurs bons et loyaux services, la convention stipule que la Ville leur offre généreusement un abonnement d’un an au réseau de bibliothèques, renouvelable en fonction de la poursuite de leur bénévolat…

 

Séverine Cattiaux

 

 

* Précisions ajoutées le 15 novembre, suite à un appel du service communication de la Ville.

 

UNE CONVENTION RAILLÉE SUR UN BLOG DE MEDIAPART  

 

Un billet diffusé par des blogueurs sur Médiapart, intitulé « Ingénieux ingénieurs aux commandes : on touche le fonds », tourne en dérision le texte et la finalité de cette convention de participation grenobloise, qui fait la part belle aux bénévoles dans les bibliothèques au détriment des bibliothécaires… Lequel billet a été relayé par le Collectif Bibliothécaires de Grenoble en lutte sur sa page Facebook.

 

Les bibliothécaires en lutte lors de l'annonce de la montée à Paris d'une délégation à l'occasion du Salon du livre. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Les bibliothécaires en lutte de Grenoble lors de l’annonce de la montée à Paris d’une délégation à l’occasion du Salon du livre. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Les auteurs du texte, probablement bibliothécaires de métier, se gaussent du « style impayable » de la convention et du « choix de mots savoureux », ne résistant pas au plaisir de citer cet extrait du « préambule » de la convention : « dans un souci d’ouverture aux usagers des bibliothèques du réseau et afin de répondre à leurs besoins, la bibliothèque propose à ses adhérents de contribuer activement aux animations qu’elle propose […] Chaque particulier désireux d’apporter sa contribution au service public peut participer aux animations proposées par la bibliothèque en qualité de collaborateur occasionnel bénévole, il a pour mission d’apporter ainsi une véritable contribution effective à un service public dans un but d’intérêt général, soit conjointement avec des agents publics, soit sous leur direction, soit spontanément. »

 

Le sarcasme sur le style laisse toutefois rapidement place à l’amertume… Le billet se concluant ainsi : « Vidés les centres sociaux, vidés les MJC, place aux tiers lieux. C’est somme toute un bel hommage rendu aux bibliothécaires que de vider de tout sens les lieux qui se passeront d’elles… et d’eux. »

 

 

DROIT DE RÉPONSE DE LA VILLE DE GRENOBLE (encadré ajouté le jeudi 23 novembre)

 

Suite à la publication de cet article, la Ville de Grenoble nous a fait parvenir une demande de droit de réponse (lire aussi à ce sujet Collaborateurs bénévoles dans les bibliothèques, la Ville de Grenoble répond à Place Gre’net).

 

Voici donc la copie du courrier avec accusé de réception parvenu à la rédaction jeudi 23 novembre en fin de matinée. Cliquez sur l’image ci-dessous pour ouvrir le document PDF intégral.

 

Introduction du droit de réponse, daté du 17 novembre 2017, adressé par Corinne Bernard à la directrice de publication de Place Gre'net. (Document PDF créé le 20 novembre à 16 h 24 d'après les métadonnées de celui-ci et envoyé par mail à la directrice de publication le 20 novembre à 17 h 23.)

Introduction du droit de réponse, daté du 17 novembre 2017, adressé par Corinne Bernard à la directrice de publication de Place Gre’net. (Document PDF créé le 20 novembre à 16 h 24 d’après les métadonnées de celui-ci et envoyé par mail à la directrice de publication le 20 novembre à 17 h 23.) La LRAR avec le document original est arrivée à la rédaction le 23 novembre au matin.

 

 

 

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Commentaires 4
  1. La délibération 36-E-100 du 18 avril 2016 traitait déjà de « l’accueil de collaborateurs occasionnels bénévoles dans le cadre de la mise en place et de l’organisation d’événements festifs, à vocation culturelle, sportive, artistique, commémorative et citoyenne, organisés par la Ville de Grenoble ». C’était bien avant les conflits sur la bibliothèque Alliance et les relais lecture. Cela permet par exemple aux bénévoles du Printemps du Livre de pouvoir travailler dans ce festival tout en étant assuré.e.s en cas d’accident. Il me semble que cet article fait un amalgame, suite à l’article orienté des bibliothécaires en lutte sur leur blog. N’est-ce pas faire un mauvais procès à la Ville ? Sans bénévoles (qui ont la chance d’être derrière la scène), beaucoup de spectacles ou actions ne pourraient pas avoir lieu (comme le Printemps du Livre, ou les Rencontres du Cinéma de Montagne).

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  2. Ce qui est parfaitement illégal car on ne peut remplacer des postes supprimés par des bénévoles!

    Privatisation délirante de services publics au bénéfices de « bobos » au prétexte qu’ils sont parent qui ne va pas, mais alors pas du tout dans le sens de la « lecture pour tous ».

    Nous allons demander au Préfet de déférer.

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    • les postes sont supprimés par non remplacement de départs à la retraite, ce me semble et non des licenciements. Du coup, je ne suis pas sure que des bénévoles, ne s’occupant pas des tâches de base des bibliothécaires : assurer l’acquisition des ouvrages, leur conservation, puis le prêt ou la consultation sur place, ne peuvent pas être embauchés pour de l’animation.

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  3. Une simple question : les détracteurs savent-ils qu’il n’y a plus de contrats aidés ? que sans les bénévoles, quand une structure peut en embaucher, bien des associations fermeraient ou des services municipaux, qui ont de moins en moins d’argent.
    Adressez-vous aussi à Macron, non seulement pour la disparition des contrats aidés, mais aussi pour les baisses des subventions aux collectivités territoriales sans parler de la suppression de la taxe d’habitation qui apportait quand même un peu de sous aux mairies.

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