La fête des Tuiles, caillou dans la chaussure de la municipalité écologiste ?

sep article

Offres de locations exceptionnelles aux 2 Alpes

DÉCRYPTAGE – Pour sa troisième édition, la fête des Tuiles a changé son fusil d’épaule. Si le fil conducteur de la manifestation reste le même, l’organisation et la coordination de l’évènement ont cette année été confiés aux services de la ville. Mais la reprise en main pose question. Vise-t-elle à faire oublier les possibles impairs des deux premières éditions où les marchés ont été attribués à des prestataires extérieurs sans mise en concurrence, et notamment à l’association Fusées dont le co-directeur fut l’un des signataires de l’appel à voter Eric Piolle en 2014 ? La ville s’en défend. Et y voit une simple manœuvre politicienne…

 

 

 

La mani­fes­ta­tion est popu­laire, assu­ré­ment. Plutôt fes­tive et bon enfant. Participative aussi. Et ras­sem­bleuse dans la mesure où, à la faveur de la fer­me­ture des cours Jean Jaurès et Libération à la cir­cu­la­tion, elle per­met aux pié­tons de se réap­pro­prier cet espace de la ville. La fête des Tuiles, troi­sième du nom, a sûre­ment été à la hau­teur de ce qu’elle est  : une grande ker­messe.

 

Fête des Tuiles 2017 © Florent Mathieu - Place Gre'net

Fête des Tuiles 2017 © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Pour sa troi­sième édi­tion, la mani­fes­ta­tion a donc remis le cou­vert. On prend les mêmes et on recom­mence ? Pas tout à fait. Si, le prin­cipe – une grande fête avec stands, ani­ma­tions, concerts et défilé de chars – reste le même, entre les deux pre­mières édi­tions et cette troi­sième mou­ture, les acteurs de cette par­ti­tion jouée avec la ville ont changé. Après les édi­tions 2015 et 2016 confiées en par­tie à des pres­ta­taires exté­rieurs, la ville a décidé de reprendre la main. Une « inter­na­li­sa­tion » qui ne tombe peut-être pas tout à fait par hasard.

 

Exit l’asso­cia­tion Fusées. Les deux pre­mières années, c’est elle qui s’était vu attri­buer la mise en œuvre de la fête. Un gros tra­vail de défri­chage et de coor­di­na­tion des ani­ma­tions qui a un prix. Ou plu­tôt un coût : sur les 128 000 euros de bud­get en 2016, 93 000 euros sont par­tis en frais de fonc­tion­ne­ment dont près de 65 000 euros en salaires et, acces­soi­re­ment, 4 300 euros en notes de frais. Pour une mani­fes­ta­tion intra-muros, fai­sant la part belle aux par­te­naires locaux, c’est cher payé…

 

 

36 000 euros pour la partie « spectacles » sur un budget de 128 000 euros

 

© Florent Mathieu

Trop cher ? Son co-direc­teur s’en défend. « Pour mobi­li­ser les rive­rains, les Grenoblois et les asso­cia­tions de l’agglomération puis leur pro­po­ser des temps de créa­tions par­ta­gées, l’association a embau­ché des per­sonnes sala­riées à par­tir du mois de jan­vier 2016, argue Pascal Auclair. Ce bud­get inclut éga­le­ment les indem­ni­tés de stage des sta­giaires accueillis par Fusées. » Quant aux notes de frais, elles « cor­res­pondent à six mois de rem­bour­se­ment aux sala­riés sus­men­tion­nés plus les repas d’équipe à J‑5 jours ».

 

La par­tie « spec­tacles » pro­pre­ment dite s’est, elle, retrou­vée réduite à la por­tion congrue : 36 000 euros en tout et pour tout, hors défilé. En effet, le « clou » de la fête avait lui été confié à une autre asso­cia­tion, Afric’Impact, pour sen­si­ble­ment le même mon­tant.

 

Cette année, la ville a changé son fusil d’épaule. « La pres­ta­tion artis­tique, c’est essen­tiel­le­ment celle du défilé des Tuiles », pré­cise Olivier Bertrand, conseiller muni­ci­pal en charge de l’animation à la ville de Grenoble. 89 000 euros attri­bués après conven­tion­ne­ment au col­lec­tif épo­nyme, héri­tier d’Afric ‘Impact. Et rien pour Fusées, la par­tie « spec­tacles » ayant atterri dans l’escarcelle du ser­vice évè­ne­men­tiel de la ville. Une « muni­ci­pa­li­sa­tion » oppor­tune ?

 

 

 

Exit Fusées, la ville reprend en main l’organisation et la coordination de la fête

 

Officiellement, les atten­tats de Nice sont pas­sés par là, les normes de sécu­rité sont plus dra­co­niennes et rien ne garan­tis­sait qu’au der­nier moment, la mani­fes­ta­tion, orga­ni­sée qui plus est la veille du pre­mier tour des légis­la­tives, ne soit pas pure­ment et sim­ple­ment annu­lée au regard d’un poten­tiel risque atten­tat. Bref, la ville a pré­féré ne pas se mouiller…

 

« On ne vou­lait pas se retrou­ver avec un pres­ta­taire, Fusées, qui aurait dû être honoré si la fête devait être annu­lée, et qui aurait coûté très cher », jus­ti­fie Olivier Bertrand. Pour la ville, en ces temps de res­tric­tion bud­gé­taire, il n’y a pas de petites éco­no­mies. C’est d’ailleurs pour conti­nuer de ser­rer un peu plus la cein­ture qu’elle a pris le relais de Fusées. « Après le gros tra­vail de l’association les deux pre­mières années, la fête est désor­mais maî­tri­sée et les ser­vices de la ville ont la capa­cité de la mettre en œuvre. Aujourd’hui, le tra­vail n’est plus le même…»

 

Des jongleurs sur un mandala géant dessiné par des enfants lors de la Fête des Tuiles 2017. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Des jon­gleurs sur un man­dala géant des­siné par des enfants lors de la Fête des Tuiles 2017. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Comme en 2015 et en 2016, le bud­get 2017 de la fête des Tuiles devrait, entre les spec­tacles, les dépenses liées à la sécu­rité, la com­mu­ni­ca­tion, la pro­preté, la logis­tique, la police muni­ci­pale, etc… avoi­si­ner les 350 000 euros. Mais sans comp­ter les dépenses de per­son­nel.

 

Du coup, pour les oppo­si­tions muni­ci­pales, droite comme gauche, le chiffre devrait davan­tage tour­ner autour du demi-mil­lion d’eu­ros. Lesquelles déplorent, à l’ins­tar de la Biennale des villes en tran­si­tion, le manque de trans­pa­rence. « Rien n’a été dit, regrette Marie-José Salat, conseillère muni­ci­pale d’opposition (socia­liste). Ce que l’on sait, c’est par indis­cré­tion. »

[…]
La suite du contenu est réservé aux abon­nés

Connectez vous…

Veuillez vous connec­ter pour accé­der à cette page.
S’inscrire

 

…ou choi­sis­sez votre abon­ne­ment ci-des­sous !

MC2 - A la Vie
commentez lire les commentaires
6852 visites | 14 réactions
logos commentaires logos commentaires

Commentez ou réagissez

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

This site is protected by reCAPTCHA and the Google Privacy Policy and Terms of Service apply.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Votre commentaire sera publié dans les plus brefs délais, après modération.

Commentaires 14
  1. Comme beau­coup d’associations peu scru­pu­leuses, qui brassent bien plus de fric que beau­coup de PME, ( cf. LA SOUPE AUX CHOUX ). La FUSÉE a la forme adé­quate pour bien nous la car­rer à un endroit que je vous laisse ima­gi­ner. Ce n’est pas la seule à pro­fi­ter de la mane de l’argent public ; Grenoble est gavée d’op­por­tu­nistes comme ça (vélos, Culture, StreetArt … ) et c’est bien dom­mage.
    Par contre (petite indis­cré­tion) il n’y a pas que ANTICOR qui est sur l’af­faire … à suivre.

    sep article
  2. Un autre fait éga­le­ment inté­res­sant :
    Nous savons de source sûre que le mar­ché de la fête de tuiles 2016 est passé par la com­mis­sion d’ap­pel d’offre (CAO) alors que attri­bué sans concur­rence, étant un mar­ché à pro­cé­dure adapté et ayant été garanti par conven­tion (ce qui est illé­gal) l’an­née pré­cé­dente.
    Nous savons éga­le­ment qu’au PV de la CAO a été clai­re­ment spé­ci­fié à la demande d’une élue que cette pro­cé­dure d’at­tri­bu­tion était illé­gale en en expli­ci­tant les rai­sons…

    Il suf­fit donc de retrou­ver ce PV, signé en pré­sence d’un obser­va­teur de la DPP (ancienne DGCCRF)…

    sep article
  3. Peut-être est-ce une belle fête mais si pour se faire il faut fer­mer des biblio­thèques, ne pas entre­te­nir la ville ni assu­rer la sécu­rité des habi­tants c’est que les prio­ri­tés ne sont peut-être pas les bonnes.
    Qui obli­ge­rait sa famille à ne pas man­ger tous les jours pour faire une grosse fête une fois dans l’an­née ?

    sep article
  4. Rien ne jus­ti­fie cette dépense somp­tuaire d’un demi mil­lion d’eu­ros pen­dant que nos ser­vices publiques sont mat­tra­qués par la muni­ci­pa­lité Piolle, et que depuis le 18 Avril la ville se déser­ti­fie sous les effets de son nou­veau plan de cir­cu­la­tion, mena­çant notre éco­no­mie, nos emplois, ainsi que notre santé car depuis la pol­lu­tion aug­mente for­te­ment à gre­noble..

    sep article
    • Des preuves chif­frées de ce que vous avan­cez, ou bien faites-vous comme le GAM, et balan­cez « vos » véri­tés au vu de votre seul juge­ment ?

      sep article
      • Dites, Dauphinoix, quand nous l’ou­vrons, nous au GAM, on a des preuves, docu­men­tées, avec des docu­ments offi­ciels.
        Capice ?
        Quand on a pas de preuve, on se tait, car accu­ser sans preuve, c’est de la dif­fa­ma­tion, on est bien d’ac­cord ?

        sep article
  5. Ce que je retiens, c’é­tait que ce fut une fort belle fête, le beau temps aidant. Certainement plus de 100 000 per­sonnes se sont réga­lées. Ca n’a pas de prix, sur­tout que ce sont les asso­cia­tions qui ont animé les stands et le défilé des chars. Des béné­voles tra­vaillent depuis des mois pour bâtir ces chars et leurs per­son­nages en car­tons et tis­sus, comme pour confec­tion­ner aussi les immenses pou­pées. Ce sont des béné­voles, gym­nastes, musi­ciens des dif­fé­rentes batu­ca­das etc qui ont défilé. Un grand merci pour tout le tra­vail fourni.
    Alors, les mau­vais cou­cheurs, jaloux d’une fête popu­laire que vous n’a­vez pas su ini­tier ?

    sep article
    • PC

      13/06/2017
      13:49

      L’article ne porte aucun juge­ment sur la fête en elle-même mais vise à éclai­rer, et poser la ques­tion, des condi­tions dans les­quelles ont été pas­sés les mar­chés publics. Et cette ques­tion, si vous lisez bien, ce sont des citoyens, des asso­cia­tions et nous-mêmes qui la posons, pas les oppo­si­tions muni­ci­pales…

      sep article
      • N’étant pas abon­née, je ne peux pas tout lire.
        Quels mar­chés publics ont été pas­sés ?
        Quand je lis « pour les oppo­si­tions muni­ci­pales, droite comme gauche, le chiffre devrait davan­tage tour­ner autour du demi-mil­lion d’euros » … excu­sez-moi, mais je me demande quelle ques­tion peuvent ne pas se poser les oppo­si­tions muni­ci­pales …
        350 000 € c’est le coût de la pre­mière fête des Tuiles. Je me demande com­ment celle de cette année peut coû­ter plus cher puisque ce n’est pas une asso­cia­tion exté­rieure qui l’a orga­ni­sée.
        Voilà, C’est tout.

        sep article
        • (a) abon­nez vous, c’est 0,15 cen­times d’eu­ros par jour, (55 euros par an) soit 1/10 de café dans un tro­quet
          (b) Dans le bud­get n’est pas comp­ta­bi­lisé le coût du per­son­nel muni­ci­pal, les coûts encou­rus par le ser­vice com­mu­ni­ca­tion etc. Le bud­get n’est que le bud­get « déboursé », c’est à dire payé à l’ex­té­rieur. Donc vous rajou­ter au bas mot 150 000 euros, et 350 + 150 = 500, non ?
          Le bud­get 2015 avait obtenu après sai­sine de la CADA qui obli­geait la muni­ci­pa­lité à inclure le coût du per­son­nel muni­ci­pal, ce qu’elle n’a d’ailleurs jamais fait.
          Le pro­blème n’est pas tant le coût de cette ker­messe, même s’il peut être dis­cuté. C’est la manière dont les mar­chés publics ont été attri­bués en 2015 et 2016 et le manque de trans­pa­rence sur les dépenses cette année.

          sep article
  6. sep article
  7. Parfois, j’ai l’im­pres­sion que cer­tains aiment bien lan­cer des polé­miques sur tout et rien…
    Cette fête, sans être un évé­ne­ment aussi incroyable que le car­na­val de Bâle, per­met à plein de Grenoblois de vivre dans leurs rues, de leur redon­ner envie de vivre leur ville en s’é­cla­tant, et de remettre le cours Jean Jaurès et Libération au centre de l’his­toire de Grenoble.
    Comme pour la Biennale, tel­le­ment facile pour les oppo­si­tions de cher­cher des poux dans la tête de la mai­rie. le jour où celles-ci n’au­ront pas de pro­blèmes de trans­pa­rence au sein de leurs par­tis, qu’elles viennent par­ler. Mais pour l’ins­tant, ne pour­raient-elles pas la mettre en veilleuse deux secondes ?

    sep article
    • Dites, des délits poten­tiels pas­sibles de 5 ans de pri­son, de 25 000 euros d’a­mende et de 5 ans d’inéligibilité, concer­nant l’u­ti­li­sa­tion de l’argent public, vous appe­lez cela des polé­miques, vous ?
      Pas sur qu’ANTICOR soit d’ac­cord à vous, à moins que vous ne soyez borne que d’un oeil, for­cé­ment vert et le gauche.

      sep article
      • Laissons la jus­tice et les jour­na­listes faire leur bou­lot, mais fai­sons taire les oppo­sants poli­tiques pas mieux que le reste et les gens qui trouvent tou­jours le moyen de râler. Pour ce qui est de la pri­son, je pense que Grenoble est bien placé pour savoir qui mérite d’y aller… si Piolle doit y pas­ser, c’est à la jus­tice d’y tran­cher.

        sep article