Redistribution alimentaire : la seconde vie des invendus

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REPORTAGE VIDÉO – Les produits en date limite de consommation ne sont pas tous jetés dans l’agglomération grenobloise. Un certain nombre d’invendus sont notamment recueillis depuis plusieurs années par la banque alimentaire de l’Isère. Du tri au sein d’un supermarché au don aux associations, en passant par l’entrepôt de stockage à Sassenage, suivez le parcours complet de cette redistribution alternative.

 

 

 

Alexandre, employé de Carrefour aide au chargement de palettes

Alexandre, employé de Carrefour, aide à char­ger les palettes de la banque ali­men­taire de l’Isère. © Ludovic Chataing

Cent euros par an et par per­sonne. Tel est le coût, en France, du gas­pillage ali­men­taire. Un chiffre encore sous-estimé, selon l’Agence de l’en­vi­ron­ne­ment et de la maî­trise de l’éner­gie (Ademe) qui prend en compte les coûts liés au trans­port, sto­ckage, pré­pa­ra­tion et ges­tion des déchets.

 

Chaque Français devrait ainsi en réa­lité s’acquitter de 159 euros en moyenne chaque année pour com­bler ce gas­pillage, pré­sent à tous les niveaux de la chaîne ali­men­taire. A l’é­chelle natio­nale, la perte annuelle est esti­mée entre 12 et 20 mil­liards d’euros.

 

Le grand public incri­mine sou­vent les grandes sur­faces ali­men­taires comme prin­ci­pale cause du gas­pillage ali­men­taire. Pourtant, le rap­port du député PS Guillaume Garot, remis au gou­ver­ne­ment le 14 avril der­nier, montre que le gas­pillage des ménages est de 3 à 5 fois plus élevé que celui de la caté­go­rie “com­merce et dis­tri­bu­tion”. Autre source impor­tante de gas­pillage ali­men­taire, la pro­duc­tion agri­cole, sachant que les mar­chés sont deux fois moins gas­pilleurs que les com­merces.

 

 

 

“La ramasse” fonctionne à plein au niveau local

 

 

 

Sur Grenoble, la lutte contre le gas­pillage ali­men­taire existe depuis des années grâce à la banque ali­men­taire de l’Isère et ses 150 béné­voles. En contact avec plus de 80 asso­cia­tions chaque jour, celle-ci a per­mis en 2014 la dis­tri­bu­tion de 240 000 repas, rien que sur le dépar­te­ment. Pour y par­ve­nir, la banque ali­men­taire n’a pas attendu les récents amen­de­ments votés au Sénat et à l’Assemblée natio­nale. Environ 20 % de ses res­sources pro­viennent de “la ramasse”. Une redis­tri­bu­tion des pro­duits inven­dus réa­li­sée chaque matin devant les grandes enseignes de l’agglomération.

 

Place Gre’net a suivi le par­cours des ali­ments au départ du maga­sin Carrefour Saint-Égrève, avec cet autre mode de dis­tri­bu­tion orga­nisé par la banque ali­men­taire et l’association fami­liale de Saint-Égrève.

 

 

 

Avec ses 4 sala­riés, 110 béné­voles et 600 adhé­rents, l’association fami­liale de Saint-Égrève est l’une des plus grosses struc­tures du genre à être en par­te­na­riat avec la banque ali­men­taire de l’Isère. C’est elle qui est en contact direct avec les ayants droit – chô­meurs, familles mono­pa­ren­tale, étu­diants et retrai­tés – qui doivent cha­cun s’ac­quit­ter de 0,45 euros par colis.

 

« On ne dit plus les béné­fi­ciaires main­te­nant, mais les ayants droit », tient en effet à pré­ci­ser Marie, béné­vole depuis qua­rante-deux ans et en charge du stock de l’association. Oui, des stocks, car il s’a­git par­fois de gérer les varia­tions de ravi­taille­ment en légumes et pro­duits frais.

 

 

Marie, bénévole de l'association familiale de Saint-Egrève depuis 42 ans

© Ludovic Chataing

Marie, gérante des stocks de l’as­so­cia­tion fami­liale de Saint-Égrève – « Le colis cor­res­pond à 5,6 kg »

 

 

Naouelle, 29 ans, est en congé paren­tal. Bénéficiaire depuis un an à l’association fami­liale, elle doit s’occuper de ses trois enfants âgés de 1, 2 et 10 ans. Cette aide, elle n’a pas de honte de la deman­der : « Je pré­fère aller deman­der de l’aide que voler ». Dans son sac du jour : com­potes, conserves, pâtes, yaourts, fro­mage et légume. Cette fois-ci, un bro­coli. « Je vais l’éplucher chez moi, le faire bouillir et le conge­ler. Vu que les légumes sont un peu défraî­chis, si on les garde quatre ou cinq jours, ça va à la pou­belle. »

 

La jeune femme se sent concer­née par la lutte contre le gas­pillage ali­men­taire. « Moi, je congèle tout, je jette très peuQuand je fais à man­ger, c’est en grande quan­tité. On va consom­mer la moi­tié et je congèle le reste », explique cette assis­tante admi­nis­tra­tive.

 

 

 

« On se serre la ceinture mais ce n’est pas grave »

 

 

Le choix de Naouelle de ne pas tra­vailler pour s’occuper de ses enfants est aussi finan­cier. « Quand j’ai fait mon cal­cul, avec la crèche et com­pa­gnie, je ne m’en serais jamais sor­tie. » Elle assume donc cette situa­tion. « Je fais gran­dir mes enfants et, en même temps, finan­ciè­re­ment on se serre un peu la cein­ture, mais ce n’est pas grave ». De manière inat­ten­due, elle a pu créer des liens avec sa voi­sine qui vient aussi à l’association fami­liale. « On s’attend et on vient ensemble. » Elle se sou­vient par ailleurs que, quinze ans aupa­ra­vant, sa mère avait, elle aussi, béné­fi­cié de l’aide de l’association : « Les béné­voles, on les connaît depuis des années ».

 

Collecté ce matin dans une grande sur­face, le bro­coli récu­péré par Naouelle a effec­tué deux tra­jets en camion et un tra­jet en bus. Pour évi­ter tout gas­pillage, il finira donc bouilli et congelé.

 

 

Ludovic Chataing

 

 

Bonus : Place Gre’Net vous pro­pose un port­fo­lio sur cette jour­née de redis­tri­bu­tion alter­na­tive qui est le quo­ti­dien de nom­breux béné­voles.

 

Survolez l’i­mage avec la sou­ris et cli­quez sur la flèche au milieu en haut pour lan­cer le port­fo­lio.

 

 

 

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