Inherent Vice, polar confus des seventies

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BLOG CINÉMA – Inherent Vice, dernier né du cinéaste angelin Paul Thomas Anderson, nous propulse dans le Los Angeles des seventies. Le privé Larry « Doc » Sportello se voit confier une affaire aux nombreux acteurs. Le casting est impressionnant et le psychédélisme au rendez-vous. Ce qui n’empêche pas une intrigue confuse et d’une lenteur soporifique.

 

 

 

Né à Studio City dans la val­lée de San Fernando, Paul Thomas Anderson n’é­tu­die pas le cinéma. Il apprend sur le tas en débu­tant dans la pro­duc­tion télé­vi­suelle. De répu­ta­tion, on le dit impé­tueux et égo­cen­trique. Sharon Waxman le confirme dans sa bio­gra­phie Les Six Samouraïs : Hollywood som­no­lait, ils l’ont réveillé !. Lorsqu’il se concentre sur son tra­vail de réa­li­sa­tion, il lui arrive d’être colé­rique, abu­sif et d’in­sul­ter copieu­se­ment tout le monde. Toutefois, cela ne l’empêche aucu­ne­ment de jouir d’une ima­gi­na­tion débor­dante, d’une ori­gi­na­lité folle et d’une assu­rance incroyable. Bien au contraire.

 

Aujourd’hui consi­déré en esthète, il a obtenu la recon­nais­sance de ses pairs grâce à des œuvres telles que Magnolia, Boogie Nights ou encore There Will Be Blood. La plu­part d’entre elles se déroulent dans l’État de Californie, plus pré­ci­sé­ment à Los Angeles, la cité des anges et du cinéma.

 

 

AfficheInherentVice

 

 

Adaptation du roman homo­nyme de Thomas Pynchon, Inherent Vice est son sep­tième long métrage. C’est celui-là même qui va nous inté­res­ser.

 

 

 

Sous l’emprise de substances

 

 

 

 

JoaquinPhoenixInherentVice

Larry « Doc » Sportello (Joaquin Phoenix)

Los Angeles. 1970. Inherent Vice démarre sur les cha­peaux de roues. Le privé Larry “Doc” Sportello, inter­prété par Joaquin Phoenix, est visité par son ex-petite amie, la char­mante Shasta Fay Hepworth (Katherine Waterston). Cette der­nière n’est pas venue pour le recon­qué­rir mais pour lui confier une enquête d’ap­pa­rence clas­sique. Son nou­vel amant, le magnat de l’im­mo­bi­lier Mickey Wolfmann (Eric Roberts), a mys­té­rieu­se­ment dis­paru. Son épouse (Serena Scott Thomas), est accu­sée de l’a­voir fait kid­nap­per et inter­ner dans un asile psy­chia­trique afin de l’é­loi­gner de son immense for­tune. Mais la vérité est autre­ment plus com­plexe.

 

Dans ce polar vin­tage, est jouée la carte des intrigues paral­lèles et des des­tins croi­sés. Le détec­tive mène plu­sieurs enquêtes à la fois, enquêtes qui, inévi­ta­ble­ment, fini­ront par se croi­ser et se recroi­ser, s’en­tre­cho­quer dans un vacarme assour­dis­sant. Les lieux et les situa­tions s’en­chaînent. Les per­son­nages se mul­ti­plient. Paul Thomas Anderson avait déjà offi­cié dans le film cho­ral en 1999, avec son Magnolia.

 

 

JoshBrolinInherentVice

À droite, Christian « Bigfoot » Bjornsen (Josh Brolin)

La cri­tique n’a pas man­qué de saluer la per­for­mance de Joaquin Phoenix. Surprenante, elle pro­voque le rire autant qu’elle impres­sionne, sans trop effa­cer celle de ses cama­rades. En effet, tous les pro­ta­go­nistes ont leur impor­tance et sont inter­pré­tés avec beau­coup de jus­tesse. Parmi eux, cha­cun aura son petit chou­chou. Moi-même, j’a­voue avoir un faible pour le lieu­te­nant Christian « Bigfoot » Bjornsen, campé par le grin­cheux Josh Brolin. Ses fureurs éner­gu­mènes envers Sportello sont jubi­la­toires.

 

Mais Bigfoot ne sera pas l’u­nique adver­saire de Sportello. Ce der­nier se frot­tera aux truands, aux nar­co­tra­fi­quants de Los Angeles, ainsi qu’aux membres d’une secte dont la cou­ver­ture se trouve être un syn­di­cat de den­tistes. Sentez d’ici les effluves amères des drogues douces et les relents âpres des alcools forts qui ont, sans doute, ins­piré l’é­cri­ture du roman d’o­ri­gine et son adap­ta­tion sur grand écran.

 

 

 

Faux-semblants

 

 

 

OwenWilsonInherentVice

À gauche, Coy Harlingen (Owen Wilson)

Je n’ai pas le mar­ke­ting en hor­reur mais force est de consta­ter que der­rière sa dis­tri­bu­tion féroce, Inherent Vice cache bien son jeu. Tombez son esthé­tique vin­tage et son humour déca­pant, il ne lui res­tera que dia­logues inuti­le­ment longs et intrigue sibyl­line. Avec ça, j’ai la nette impres­sion qu’Anderson cherche à enfu­mer le spec­ta­teur. Adapter le roman touffu de Pynchon est pour lui pré­texte à déployer son impres­sion­nant cas­ting dans un Los Angeles poly­chrome, sans réelle ambi­tion, si ce n’est d’y perdre le spec­ta­teur. Vertige ? Esbroufe. Le polar se désa­grège aux bat­te­ments des cœurs hal­lu­ci­nés.

 

Jonhatan Lambert (à l’af­fiche de Réalité par Quentin Dupieux) disait : « Plus c’est fou, plus c’est ori­gi­nal, plus c’est dingue… plus il faut que ce soit construit ». Le grand mal dont souffre Inherent Vice c’est jus­te­ment de ne pas l’être. À mon sens, il est un genre de laby­rinthe chan­geant, un dédale mau­dit dans lequel qui­conque n’a pas le sens de l’o­rien­ta­tion est voué à se perdre. Un kaléi­do­scope désen­chanté de l’Amérique post-psy­ché­dé­lique, porté par ses acteurs au détri­ment de son scé­na­rio.

 

 

KatherineWaterstonInherentVice

Shasta Fay Hepworth (Katherine Waterston)

De plus, la réa­li­sa­tion ne vient pas rele­ver le niveau. Quelques plans-séquences par-ci, quelques ralen­tis par-là. Seule cette pel­li­cule cha­mar­rée donne du relief aux sub­ver­sions d’un autre âge : la drogue, le sexe et l’al­cool. Dieu sait qu’en ces heures sombres, le cœur de l’Homme a besoin de cou­leur, de cha­leur et de joie. Devant le petit ou le grand écran, il y a tou­jours un film à voir. Qu’il prenne sim­ple­ment garde à ne pas s’en­dor­mir devant.

 

Au final, j’at­ten­dais beau­coup de cet Inherent Vice. Déjà parce que c’est mon pre­mier Paul Thomas Anderson. Mais aussi parce que j’ai ten­dance à fan­tas­mer la vieille Amérique et ses lubies idéa­listes. En lieu et place d’un bon vieux thril­ler des seven­ties, j’ai visionné un polar mal ficelé, ennuyeux, déce­vant. Un point noir dans la car­rière d’Anderson. À évi­ter si l’on pré­fère les his­toires claires aux hal­lu­ci­na­tions fil­mées.

 

 

 

Maxime Ducret

 

 

 

PosterInherentViceInherent Vice

 

Un film de Paul Thomas Anderson, avec Joaquin Phoenix, Josh Brolin, Owen Wilson, Katherine Waterston, Reese Witherspoon et Benicio Del Toro (États-Unis)

Genre : poli­cier

Durée : 2 h 28 min
Sortie en salles le 4 mars 2015

 

Séances : cinéma Le Club, 9 bis rue du Phalanstère à Grenoble.

Tél. : 04 76 87 46 21

Grenoble Finaliste pour le concours de Capitale Verte
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