Clientélisme © Véronique Magnin - placegrenet.fr

Clientélisme : cartes sur table

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Le lcientélismLe clientélisme en question : Alors tu as fini par la toucher cette subvention promise par ton pote élu ? - M'en parle pas. Il a sauté aux dernières élections, je dois tout recommencer ! »e en question : Alors tu as fini par la toucher ta subvention promise par ton pote élu ? - M'en parle pas. Il a sauté aux dernières élections, je dois tout recommencer !

© Véronique Magnin – pla​ce​gre​net​.fr

ÉPISODE 1 – « Cli-en-té-lis-me ». Le mal est ancien, dure et perdure. Mais au fait, de quoi parle-t-on ? Le clientélisme n’est que le premier étage de la fusée… Un peu plus haut, on trouve le lobbying, la corruption et les trafics d’influence. Puis, proche du sommet de la fusée, le système de corruption tel que celui mis en place par Alain Carignon à Grenoble, finalement condamné par la justice.


L’actualité politique est, depuis, constellée de faits tout aussi graves qui alimentent la crise de confiance du citoyen envers les politiques. Restons cependant au premier niveau. Cherchons à décrypter le clientélisme, monnaie courante dans la société française, mais pratique invisible.


A Grenoble, comment ça se passe depuis la fin de l’ère Carignon ? Pratique-t-on un peu, beaucoup, pas du tout… ? Quid de la précédente municipalité ? Et de la nouvelle équipe “verte, rouge et issue de la société civile” ? Si garde-fous il y a, seront-ils suffisants ? Allons voir du côté des élus grenoblois. Interrogeons les experts et autres intervenants éclairés. C’est parti !

 

Séverine Cattiaux

 


 

 

Dossier clientélisme sur Place Gre'net

© Véronique Magnin – pla​ce​gre​net​.fr

CLIENTÉLISME :

TOUJOURS CONDAMNÉ… SOUVENT PRATIQUÉ !

 

 

Au menu de ce pre­mier épi­sode, des repères socio­lo­giques,  juri­diques, his­to­riques et contem­po­rains sur le clien­té­lisme, dont une étude euro­péenne toute récente.

 

Mais aussi un focus sur Grenoble, avec  un micro-trot­toir réa­lisé en centre-ville par une belle après-midi d’été. Vous y décou­vri­rez des habi­tants plu­tôt calés sur le sujet.

 

A décou­vrir éga­le­ment l’a­vis de l’an­cien élu Jérôme Safar, sur le clien­té­lisme. Sans oublier une brève appa­ri­tion d’Eric Piolle, qui revien­dra dans l’un de nos pro­chains épi­sodes, aux côtés d’autres élus…

 

 


 

 

Des “relations clientélaires” bien difficiles à démontrer

 

 

 

Cesare Mattina est Maître de conférences en sociologie, au Laboratoire méditerranéen de sociologie, à l'université Aix Marseille. Le clientélisme est l'un de ses domaines de recherche, et a été l'objet de sa thèse.

Cesare Mattina, maître de confé­rences en socio­lo­gie, a fait du clien­té­lisme son domaine de pré­di­lec­tion. DR

Le clien­té­lisme fait moins la une des jour­naux que les conflits d’intérêts, la cor­rup­tion ou les tra­fics d’influence. Moins “vilain” et moins grave, il n’en est pas moins problématique…

 

De quoi parle-t-on ? Comme le rap­pelle Pierre Tafani, cher­cheur au CNRS à la retraite et auteur des Clientèles poli­tiques en France, « le clien­té­lisme est une com­pli­cité entre élec­teurs et élus qui per­met aux uns de béné­fi­cier d’a­van­tages  en tout genre, et aux autres d’accorder leur auto­no­mie de déci­sion et leur emprise sur toute la société ».

 

 

 

Couverture du livre "clientélisme politique dans les sociétés contemporaines". Livre édité chez PUF, sorti en 1998, 324 pages.

Puf, 1998.

Trop « fourre-tout » comme terme selon Cesare Mattina, cher­cheur en socio­lo­gie, basé à Marseille. L’auteur d’une thèse sur le sujet, qui pré­pare un nou­veau livre, se méfie du mot clien­té­lisme. Il lui pré­fère l’expression « rela­tions clien­té­laires ». « Ce sont, à l’échelle micro, des rela­tions inter­per­son­nelles, des échanges de biens et de ser­vices contre des voix, et des sou­tiens poli­tiques. »

 

Pour Jean-François Médard dans son article Clientélisme poli­tique et cor­rup­tion, « Le clien­té­lisme ne se dis­tingue pas de la cor­rup­tion, il en est l’une des formes ». En d’autres termes, le clien­té­lisme est davan­tage une forme de cor­rup­tion, de type « échange social ». Ce qui n’exclut tou­te­fois pas, une dimen­sion éco­no­mique dans cet échange social.

 

 

 

 

Délit de « corruption électorale »

 

 

 

Dans l’actualité, le clien­té­lisme a par­fois affaire avec la jus­tice. En fait, il n’existe pas de délit de clien­té­lisme en tant que tel, mais un délit nommé « cor­rup­tion élec­to­rale » qui consiste à faus­ser par des dons et des pro­messes l’exer­cice du droit de suf­frage. La sanc­tion pré­vue ? Deux ans d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende.

 

Mais pour condam­ner un élu, encore faut-il appor­ter les preuves que ce der­nier a agi pour ache­ter des voix. C’est la ten­ta­tive d’influencer le vote qui est condam­née, pas le résul­tat qui serait impos­sible à démon­trer. Une ten­ta­tive tou­te­fois pas simple à prou­ver, sauf quand les élus usent de grosses ficelles, comme dans l’af­faire Sylvie Andrieux.

 

Le clientélisme : "une zone grise" pour Eric Alt, magistrat et vice-président de l'association Anticor

Le clien­té­lisme : « une zone grise » pour Eric Alt, magis­trat et vice-pré­sident de l’as­so­cia­tion Anticor. DR

L’élue de la 3e cir­cons­crip­tion des Bouches-du-Rhône a ainsi été récem­ment condam­née, par la cour d’ap­pel d’Aix-en-Provence, à quatre ans de pri­son, dont trois avec sur­sis, 100 000 euros d’a­mende et cinq ans d’inéligibilité.

 

Sa faute ? Avoir dis­tri­bué à des fins élec­to­ra­listes pas moins de 700 000 euros de sub­ven­tions régio­nales à des asso­cia­tions fic­tives, entre 2005 et 2008, alors qu’elle était conseillère régionale.

 

Mais on com­prend vite que ceux qui usent de clien­té­lisme avec adresse n’ont pas trop de souci à se faire… Eric Alt, magis­trat fran­çais et vice-pré­sident de l’as­so­cia­tion Anticor, pré­cise : « le clien­té­lisme se situe avant la cor­rup­tion noire, dans cette zone de cor­rup­tion grise admise par les élites diri­geantes, les oli­gar­chies, mais réprou­vée par le peuple et dont, juri­di­que­ment, on peut dis­cu­ter… Sous cer­tains angles et dans cer­taines cir­cons­tances, on peut la qua­li­fier péna­le­ment ».

 

 

 

Dossier clientélisme sur Place Gre'net

© Véronique Magnin – pla​ce​gre​net​.fr

Aux élec­tions, on res­sort « l’épouvantail »

 

 

Avez-vous remar­qué que le terme de clien­té­lisme res­sort assez sou­vent dans les dis­cours, comme un épou­van­tail, au moment des élec­tions ? Les can­di­dats accusent les anciens d’en avoir usé. Parce que, bien sûr, les nou­veaux n’en feront jamais. C’est l’évidence même…

 

La pra­tique du clien­té­lisme est non seule­ment ancienne, elle est très répan­due et concerne tous les par­tis poli­tiques, toutes les échelles du pou­voir. Élus et citoyens fran­çais – l’ensemble consti­tuant une sorte de “binôme du clien­té­lisme” – en sont par­ti­cu­liè­re­ment adeptes par rap­port à d’autres cultures.

 

Mais tout de même, le mal touche d’autres pays et conti­nents, en dehors de la France. Voilà ce que nous apprend, et bien d’autres choses encore, la lec­ture des ouvrages d’historiens sur le sujet du clien­té­lisme. Car ce sont les his­to­riens qui parlent le mieux du sujet, eux qui sont arri­vés à le décor­ti­quer, à en révé­ler les logiques, les méthodes et l’ampleur.

 

Quand le clien­té­lisme de tous les jours, très dif­fi­cile à prou­ver – pour cause de témoins dis­crets, d’ab­sence de fuites de docu­ments, etc. –, passe inaperçu, celui d’hier est foi­son­nant d’éléments…

 

Pierre Tafani est chercheur en sciences politiques au CNRS. Son livre "Les clientèles politiques en France" est sorti en 2003, aux éditions du Rocher, 342 pages.

Couverture du livre Les clientèles poli­tiques en France de Pierre Tafani, 2003, édi­tions du Rocher.

Pour écrire son livre sorti en 2003, Pierre Tafani s’est appuyé sur une biblio­gra­phie abon­dante, des docu­ments, revues, articles de presse mais aussi des témoi­gnages recueillis en direct. Il consacre de copieux cha­pitres au clien­té­lisme : en Corse, à Lille, à Nice… ou à Jacques Chirac. La preuve est faite qu’il n’y a ni éche­lon épar­gné, ni exclu­si­vité régionale.

 

A l’échelle d’une com­mune, l’exemple de Marseille est révé­la­teur. Le cher­cheur Cesare Mattina s’est plongé dans les archives des années 70 – 80 du Cabinet du maire de Marseille de l’époque.

 

Et il y a décou­vert du clien­té­lisme à tire-lari­got : « On com­prend à la lec­ture de docu­ments la jus­ti­fi­ca­tion du pour­quoi et du com­ment. Comment on donne des emplois, des loge­ments sociaux prio­ri­tai­re­ment aux amis du parti, aux employés de la mai­rie, à ceux qui sont dans les asso­cia­tions de comité de quar­tier, etc. » explique Cesare Mattina.

 

Avis aux citoyens, jour­na­listes ou cher­cheurs qui ne sont pas aller­giques à la pous­sière ! Pour obte­nir l’autorisation de consul­ter les archives, une forte moti­va­tion et un pro­jet qui tienne la route suf­fisent, à en croire Cesare Mattina.

 

 

 

Un rap­port euro­péen récent… accablant

 

 

L’Union euro­péenne a rendu public, le 3 février 2014, son pre­mier rap­port anti-cor­rup­tion. Et la France est loin de pas­ser pour une blanche colombe. Le rap­port pointe ainsi de nom­breux man­que­ments de la France en matière de cor­rup­tion.

 

Les failles de la Ve République sont, en résumé :

l’importance prise par les formes locales de cor­rup­tion, entre clien­té­lisme et cri­mi­na­lité orga­ni­sée, aux pro­por­tions par­fois inquié­tantes ;
– le peu de volonté poli­tique dans la lutte contre la cor­rup­tion internationale ;
– l’insuffisante indé­pen­dance de la magis­tra­ture et, plus pré­ci­sé­ment, des procureurs ;
– les trop faibles contrôles dans le finan­ce­ment des par­tis poli­tiques, encore révé­lés récem­ment dans l’affaire dite « Bygmalion ».

 

 

 

Et  à Grenoble ?

 

 

Eric Piolle, membre d'EELV, conseiller régional de Rhône-Alpes de 2010 à 2014, et maire de Grenoble depuis 2014

Pour Eric Piolle, nou­veau maire de Grenoble, les limites du clien­té­lisme du quo­ti­dien sont “plus ténues”. © Nils Louna – pla​ce​gre​net​.fr

Pour ce dos­sier, nous avons ren­con­tré un cer­tain nombre d’é­lus, à qui nous avons posé, en pré­am­bule, cette ques­tion : « Qu’est ce que pour vous : le clien­té­lisme ? ». Tous savent, évi­dem­ment, de quoi il retourne et le défi­nissent avec leurs mots et représentations…

 

Eric Piolle, maire de Grenoble, par exemple, dis­tingue deux pra­tiques du clien­té­lisme. Une pra­tique plus orga­ni­sée entre gros bon­nets, avec des inter­mé­diaires. Et, de l’autre côté, le clien­té­lisme du quo­ti­dien (celui qui nous intéresse).

 

« Au quo­ti­dien, les limites sont plus ténues : c’est rendre ser­vice à des gens qu’on connaît, ou à des gens qu’on ne connaît pas, mais dont on est tou­ché par l’his­toire. C’est mon­trer qu’on a du pou­voir et la capa­cité de déro­ger aux règles… »

 

 

Jérôme Safar en campagne avec Corinne Lepage a Grenoble dossier clientélisme

Jérôme Safar en cam­pagne avec Corinne Lepage a Grenoble. Véronique Serre – pla​ce​gre​net​.fr

La défi­ni­tion pro­po­sée par Jérôme Safar, ancien adjoint à l’économie à Grenoble et can­di­dat mal­heu­reux aux der­nières élec­tions muni­ci­pales de Grenoble, nous paraît éga­le­ment très explicite.

 

« C’est clai­re­ment quand vous ren­trez dans une rela­tion qui est : je vous obtiens un avan­tage et que, en retour, une rela­tion s’é­ta­blit. Ce sont des retours pour ser­vices ren­dus. Là, on entre dans le clien­té­lisme, par­fois indi­vi­duel, par­fois vis-à-vis de groupes, de com­mu­nau­tés...

 

 

 

En 2014, que pensent les Grenoblois du clien­té­lisme ? Il nous a sem­blé inté­res­sant d’al­ler son­der les pas­sants dans la rue et de fil­mer leurs réponses.

 

 

 

Tout d’a­bord, quelques ques­tions sur la manière dont ils se posi­tionnent par rap­port au clien­té­lisme…  Qu’en savent-ils ? Sont-ils cho­qués ? Ont-ils “testé” ?

 

Réalisation : JK Production – Questions : Séverine Cattiaux

 

 

Nous leur avons ensuite demandé ce qu’ils pen­saient de la pra­tique du clien­té­lisme en poli­tique…  Pratique d’hier ou tou­jours en cours ? Que leur ins­pire la nou­velle équipe muni­ci­pale à Grenoble ? Réponse en images.

 

Réalisation : JK Production – Questions : Séverine Cattiaux

 

 

La somme de tous les avis, com­men­taires, idées… livrés à chaud – le propre d’un micro-trot­toir – donne un bon aperçu du carac­tère pro­téi­forme du clien­té­lisme. Reste que ce micro-trot­toir, à visage ouvert qui plus est, n’é­claire bien sûr que par­tiel­le­ment un phé­no­mène com­plexe et, par nature, invisible.

Affaire à suivre, donc… au pro­chain épisode !

 

 

 

Séverine Cattiaux

 

 

 

 

Tout le feuille­ton à lire sur Place Gre’net :

 

Clientélisme : les élus sous pres­sion des administrés

Qui vain­cra le clien­té­lisme ? Place au match !

Clientélisme et emploi : ni tout noir, ni tout blanc

Logement social : un sys­tème clientéliste ?

Clientélisme et loge­ments sociaux : le brouillard se dissipe

Clientélisme : pou­voir et asso­cia­tions interfèrent

Associations : chasse ouverte aux mau­vaises pratiques

Clientélisme : quand les citoyens s’en mêlent

Clientélisme : la parole à ceux qui le combattent

 

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Séverine Cattiaux

Auteur

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