Avec Aucune chanson n’est douce, Danielle Bassez poursuit un travail d’écriture exigeant placé sous le signe de la fresque familiale. L’enfance y apparaît ici comme une longue blessure, que le temps n’aura jamais refermée. Amoureuse de la Grèce, cet ancien professeur de philosophie creuse dans ses textes une ligne sombre, un sillon qui pourtant dévoile aussi ses traces lumineuses.

Danielle Bassez était, cette année, l’invitée du Printemps du livre.

Danielle Bassez a rédigé les notes et fourni les photographies de ce livre paru ce printemps chez Cheyne.
Dans la famille des marâtres
Mais le corps peut être aussi celui de l’ennemie. Dès l’attaque de Aucune chanson n’est douce, voici la belle-mère, celle qui a pris la place de la mère morte, bouleversé l’enfance, tyrannisé corps et âme le narrateur. « Ce qui est apparu dans l’encadrement de la porte : une toute petite chose. Rétrécie. La tête sans cou, enfoncée dans les épaules, environnée d’une mousse de cheveux gris, frisottés d’un reste de permanente. Les bras pendants au long de la blouse informe, du torse plat, d’une absence de hanches. Au long d’un corps tout d’une pièce. Raide. Un mannequin. Et le visage figé. Et dans le visage, les yeux. Derrière les lunettes, les yeux, comme des huîtres mortes. »
Aucune chanson n’est douce est paru dans la collection Grands fonds de Cheyne éditeur.
Chercher la voix
L’écriture de Danielle Bassez relève du travail de la pierre. D’un bloc, et avec l’outil qui convient, il s’agit peu à peu d’éliminer de la matière, jusqu’à atteindre le cœur nécessaire du texte. Le noyau dur. « Parfois, j’enlève tellement qu’il ne reste rien ! » Elle dit avancer dans l’écriture au rythme d’une tortue. « Tant qu’une phrase n’est pas d’aplomb, je ne passe pas à la suivante, et cela peut durer longtemps. »Aux confins du roman et de poésie, cette écriture cherche obstinément sa voix. Pas étonnant que, pour rendre compte de son amour absolu de la Grèce, l’auteur évoque ses premiers pas sur ce sol mythique, et comment cette langue et sa musique l’ont sur le coup emportée. Comme un coup de foudre auditif. Et cette justesse, cette quête du rythme à la virgule près, cette manière qu’ont les mots d’aller l’amble avec les émotions, elle éclate à tout moment. Surtout peut-être quand surgit une trace de la mère tant aimée. « Il a peur. Des éclairs, du bruit de la pluie sur la véranda, sur le parapluie, et même des plumes, des duvets qui volent. Un souffle l’écorche. En réalité, elle lui en veut d’avoir été aimé. Elle en veut à celle qui l’a aimé, et, par cercles successifs, à ceux qui, de près ou de loin, ont aimé la belle femme, et l’aiment, lui, par ricochets, parce qu’il lui ressemble, à ce qu’on dit. » Un récit âpre, où aucune chanson douce de l’enfance ne console de rien. Juste une petite lueur, ça et là, celle du violent amour pour la « belle femme », dévotion intouchable, trace que rien ne peut effacer.
Un palimpseste

« J’écris pour empêcher que les choses disparaissent »







