En 2015 avec la réforme territoriale, l'Auvergne aura rejoint Rhône-Alpes sur la carte des régions. Mais derrière les félicitations de façade, l'éclatement menace. © placegrenet.fr

Régions : la fusion avant l’éclatement ?

Régions : la fusion avant l’éclatement ?

DÉCRYPTAGE – En pas­sant de 22 à 14 enti­tés, la carte de France des régions pen­sait sim­pli­fier le mille-feuilles admi­nis­tra­tif. Mais fusion­ner Rhône-Alpes avec l’Auvergne ne plaît pas à tout le monde. Si les pré­si­dents des deux régions ont fini par se plier, un brin rési­gnés, aux consignes gou­ver­ne­men­tales, les réfrac­taires n’ont pas baissé les armes. Et les vel­léi­tés de séces­sion menacent. Au risque d’un éclatement ?

De 22, la France passera en 2015 à 14 régions. Avant la fin des départements en 2020 ? DR

De 22, la France pas­sera en 2015 à 14 régions. Avant la fin des dépar­te­ments en 2020 ? DR

Ainsi donc, c’en est fini de Rhône-Alpes ? Presque… En 2015, à l’is­sue du pas­sage devant les deux assem­blées des pro­jets de loi qui sous-tendent la réforme ter­ri­to­riale*, la région aura fusionné avec sa voi­sine auver­gnate pour n’en for­mer plus qu’une.
Ainsi en a décidé le gou­ver­ne­ment de François Hollande. Et tant pis si l’Auvergne aurait aimé se marier avec le Centre et le Limousin. Tant pis si Rhône-Alpes aurait pré­féré faire cava­lier seul…
En la matière, ce sont les Auvergnats qui se sont mon­trés les plus amères, notam­ment sur Twitter, à l’i­mage de Louis Giscard d’Estaing, fils de l’an­cien pré­sident du même nom et maire de Chamalières.
Louis Giscard d'Estaing, député du Puy de Dôme (2002-2012) et fils de...

« L’heure n’est plus aux regrets »

Place donc au « mariage de rai­son » comme l’a jus­te­ment résumé René Souchon, le pré­sident PS de la région Auvergne. Passée la mau­vaise humeur, tout le monde est prié de ren­trer dans le rang et de se mettre au travail. 
« L’heure n’est plus aux regrets », consta­tait d’ailleurs le pré­sident auver­gnat. Il y a quelques semaines encore, sur France Bleu Pays d’Auvergne, René Souchon ne cachait pas tout le mal qu’il pen­sait à se voir ainsi uni, allant même jusqu’à par­ler de « catas­trophe ». 

rené Souchon, président de la région Auvergne DR

René Souchon, pré­sident de la région Auvergne, se serait bien vu chef de file d’une grande région Massif cen­tral. – DR

« Cela fera écla­ter la région à terme […] Vous ne pou­vez pas avoir une région qui aille de Maurs-la-Jolie, près de Figeac, au tun­nel du Mont-Blanc. Il faut 7 h 30 – 8 heures pour y aller ! ».
Et si le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire se sentent quelques affi­ni­tés avec Rhône-Alpes, il n’en est pas de même des deux autres dépar­te­ments. Le Cantal se ver­rait bien avec Midi-Pyrénées**. Quant à l’Allier, il n’a jamais caché ne pas se sen­tir auver­gnat mais… bourbonnais. 
Du côté de Rhône-Alpes, c’est plus simple. Il faut dire que les fron­tières suisse et ita­lienne faci­litent gran­de­ment les choses. Quand bien même Savoie et Haute-Savoie aime­raient bien aller voir ailleurs, les pos­si­bi­li­tés seraient pour le moins limi­tées. Par contre, des dépar­te­ments char­nières comme les Hautes-Alpes, en région Paca, pour­raient fort bien rejoindre le voi­sin rhônalpin.
Mais, on n’en est pas là. Comme le sou­ligne Philippe Reynaud, pré­sident du groupe socia­liste au Conseil régio­nal Rhône-Alpes : « dans un pre­mier temps, il ne peut y avoir de modi­fi­ca­tions internes aux régions. Si on tou­chait aux dépar­te­ments, il fau­drait d’abord modi­fier la Constitution ».

Aux 8 départements de Rhône-Alpes se greffent les 4 départements auvergnats. DR

Aux huit dépar­te­ments de Rhône-Alpes se greffent les quatre dépar­te­ments auver­gnats © Phil’Auvergne

En atten­dant, les deux régions vont devoir apprendre à tra­vailler encore plus ensemble.
Avec, pour les élus, un pied à Lyon lors des assem­blées plé­nières, et un pied à Clermont-Ferrand lors des com­mis­sions per­ma­nentes, dans le nou­vel Hôtel de région qui sera inau­guré le 21 juin pro­chain. Le par­tage a d’ores et déjà commencé.

Crainte de l’Auvergne d’être avalée

Reste que, sur la balance, l’Auvergne ne fait guère le poids. Rhône-Alpes et ses huit dépar­te­ments, compte 6,3 mil­lions d’habitants et affiche un PIB de 193 mil­liards d’euros. 
L’Auvergne, c’est deux fois moins de dépar­te­ments mais aussi cinq fois moins d’habitants et un PIB six fois moindre… Forcément, la crainte d’être avalé par Rhône-Alpes est tenace. 
QueyranneA tel point que Jean-Jack Queyranne s’est fendu d’un com­mu­ni­qué pour ras­su­rer ses voi­sins : « je n’ai jamais eu de vel­léi­tés d’annexion […] Je n’entends pas exer­cer une cen­tra­li­sa­tion des déci­sions depuis Lyon ». 
Pas sûr que le mes­sage ait ras­suré. Sur sa page Facebook, le pré­sident du Conseil géné­ral du Cantal, Vincent Descoeur (UMP), fus­tige la fusion. 
Vincent Descoeur, président Conseil général du Cantal

Quelles com­pé­tences pour les nou­velles régions ?

Pour Philippe Reynaud, la réforme ter­ri­to­riale impose d’aller au-delà de ces consi­dé­ra­tions poli­tico-géo­gra­phiques. « Le fond, ce n’est pas le décou­page des régions, mais quelles com­pé­tences vont avoir ces régions. Il va aussi fal­loir repen­ser nos poli­tiques d’a­mé­na­ge­ment du ter­ri­toire, être plus près des intercommunalités. »
Dès 2015, routes, trans­ports, for­ma­tion (dont les col­lèges), emploi et déve­lop­pe­ment éco­no­mique pas­se­ront dans les mains des régions. De fait, les dépar­te­ments, dont la sup­pres­sion a été repous­sée à 2020, ne conser­ve­ront que l’action sociale. Une com­pé­tence qui a rendu cer­tains d’entre eux exsangues, à l’i­mage de la Haute-Loire, du fait de l’aug­men­ta­tion des pres­ta­tions cou­plée au désen­ga­ge­ment de l’État.
Les régions auront plus de com­pé­tences, donc. Mais quid des moyens ? « On est sur des vases com­mu­ni­cants, résume, opti­miste, Philippe Reynaud. Les moyens don­nés aux dépar­te­ments seront rame­nés au niveau des régions ». Le pré­sident du groupe socia­liste y voit des éco­no­mies d’échelle, le moyen de sup­pri­mer les dou­blons de com­pé­tences et de services.

Quelles éco­no­mies ?

André Vallini président du conseil général de l'Isère CG 38

André Vallini, pré­sident du conseil géné­ral de l’Isère et secré­taire d’État à la réforme ter­ri­to­riale. © Wikipédia

A com­bien se mon­te­ront les éco­no­mies ? Le secré­taire d’État à la réforme ter­ri­to­riale, l’Isérois André Vallini, a chif­fré à 10 mil­liards le béné­fice de la réforme d’ici cinq à dix ans pour le bud­get de l’État.
Mais les chiffres sont contes­tés. Pour René Souchon, il n’y a pas d’économies à espé­rer, tout comme pour le pré­sident socia­liste de l’association des régions de France (ARF) qui, dans lemonde​.fr du 2 juin, fai­sait part de son scep­ti­cisme : « les super régions ne seront pas source d’économies »
Reste à savoir quels moyens seront alloués à ces nou­velles régions alors que l’État a d’ores et déjà annoncé vou­loir conti­nuer à réduire la dota­tion glo­bale de fonc­tion­ne­ment (DGF). Amputée de 1,5 mil­liard en 2014, celle-ci devrait être encore réduite de 3 mil­liards en 2015, 2016 et 2017. 
Patricia Cerinsek
* Le 18 juin 2014, deux pro­jets de loi seront pré­sen­tés en conseil des ministres. Le pre­mier concerne le décou­page des régions, le second l’évolution des com­pé­tences des régions et des inter­com­mu­na­li­tés. Fin 2014 – début 2015, les deux textes pas­se­ront devant l’Assemblée natio­nale et le Sénat, avec l’objectif que les nou­velles régions se mettent en place à l’été 2015. 
** Une ses­sion extra­or­di­naire du Conseil géné­ral du Cantal est pré­vue fin juin, annonce le jour­nal La Montagne.

Patricia Cerinsek

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