EN BREF – Des fonctionnaires de police ont-ils prévenu des trafiquants de stupéfiants d’une opération de démantèlement imminente le 8 octobre 2024, quartier Saint-Bruno à Grenoble ? C’est ce que devront déterminer les limiers grenoblois saisis d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet, après l’échec d’un coup de filet préparé de longue date. En effet, manifestement avertis de l’opération, les principaux suspects avaient pris la fuite avant l’arrivée de la police.
« On vous attendait. » Voilà ce qu’ont entendu des policiers qui menaient une opération de démantèlement d’un point de deal dans le quartier Saint-Bruno, bastion du trafic de drogue et de cigarettes, le 8 octobre 2024.
En l’occurrence, une opération d’envergure menée après des mois d’enquête, de filatures et d’écoutes, au cours de laquelle les policiers du Service local de police judiciaire (SLPJ) espéraient frapper la tête d’un trafic de stupéfiants réalisant un chiffre d’affaires quotidien estimé à plus de 35 000 euros.
L’opération a donc tourné court. En effet, si des saisies réalisées dans plusieurs logements ont permis de mettre la main sur deux kilos de cannabis, des munitions et 15 000 euros en liquide, plusieurs cibles prioritaires manquent à l’appel, à commencer par les narcotrafiquants donneurs d’ordre.
Des appartements “nettoyés” avant l’arrivée de la police
Par ailleurs, certains autres appartements « ont été manifestement totalement “nettoyés” avant l’arrivée de la police », a indiqué le Dauphiné libéré qui a révélé, jeudi 26 juin 2025, que des fuites d’informations auraient fait capoter l’intervention.

Jérôme Chappa, directeur départemental de la sécurité publique de l’Isère, réfute l’existence de fuites massives. © Joël Kermabon – Place Gre’net
Face aux soupçons, le directeur interdépartemental de la police de l’Isère, Jérôme Chappa, se veut ferme. Il réfute l’existence de fuites massives, mais reconnaît la nécessité de renforcer la sécurité autour des opérations sensibles. « Je ne tolérerai aucune porosité entre les services d’enquête et les trafiquants », a-t-il assuré auprès du quotidien régional.
Seules des personnes triées sur le volet sont informées des interventions et, s’il le faut, des effectifs extérieurs au département seront mobilisés, a expliqué pour sa part un officier de police judiciaire.
Selon le parquet, « l’immense majorité des policiers sont intègres »
Le procureur de la République de Grenoble, Étienne Manteaux, qui n’a pas souhaité s’exprimer sur l’enquête, s’est de son côté inquiété de la capacité des narcotrafiquants à corrompre des fonctionnaires. « La puissance financière de ces groupes criminels leur donne un pouvoir de corruption qui ne doit pas être sous-estimé. Des enquêtes sont en cours à Grenoble qui montrent la réalité de cette menace pour notre République. Je serai intraitable sur ces sujets », a-t-il indiqué lors de son audience solennelle d’installation le 20 juin 2025.
Pour le magistrat, « l’immense majorité des fonctionnaires sont parfaitement intègres et cela nous oblige encore plus. Il faut tout faire pour mettre hors d’état de nuire ceux qui ne le sont pas. J’attends de tous les agents de l’État qu’ils soient exemplaires », a-t-il indiqué plus tard au Dauphiné libéré. En tout cas, une chose est sûre, l’affaire illustre la fragilité des institutions face à des réseaux structurés et puissants, peut-être capables d’infiltrer jusqu’aux rouages mêmes de l’appareil répressif.











