FOCUS – Le marquis Bruno de Quinsonas-Oudinot, propriétaire d’une partie de la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse, tente d’interdire le passage des randonneurs sur ses 750 hectares de terres – qu’il loue à des chasseurs. Des panneaux signalant une propriété privée ont ainsi été apposés en août 2023, attisant la polémique qui couvait déjà depuis des années avec les usagers de la nature. Réunis au sein d’un collectif, ceux-ci ont donc lancé une pétition qui a déjà récolté plus de 28 000 signatures le 26 septembre, pour demander « la liberté d’accès à tous » à la réserve naturelle. Le Syndicat interprofessionnel de la montagne a par ailleurs déposé plainte, lundi 25 septembre, contre les chasses privées, pour exercice illégal du métier de guide et mise en danger de la vie d’autrui.
[Article publié le 15 septembre 2023 à 18 h 07 et mis à jour le 26 septembre 2023 à 13 h 20 avec ajout encadré] Ce joyau caché de la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse illustre depuis des années la cohabitation houleuse entre usagers de la nature et chasseurs. Pourtant, la Tour Percée1ou Tour Isabelle, somptueuse double arche naturelle d’une trentaine de mètres, découverte seulement en 2005 par l’alpiniste Pascal Sombardier, n’a jamais cessé depuis d’attirer les randonneurs. Du moins jusqu’en août 2023. Car depuis, l’accès au site, et plus largement à toute une partie de la réserve naturelle, est théoriquement interdit.

Très prisée des randonneurs, la Tour Percée, découverte en 2005, est perchée au cœur de la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse, sur les terres du marquis de Quinsonas qui veut en interdire l’accès. © Jean-René Bouvier / Wikimedia Commons
C’est la pose, durant l’été, de panneaux « propriété privée – défense d’entrer », qui a mis le feu aux poudres, suscitant une polémique qui n’en finit plus d’enfler. Derrière cette initiative, un personnage controversé, le marquis Bruno de Quinsonas-Oudinot, descendant d’une longue lignée aristocratique de la noblesse iséroise et propriétaire de 750 hectares de terres au cœur de la réserve naturelle2qui fait au total environ 4 420 hectares, entre la Dent de Crolles et le Mont Granier.
« La pression à l’encontre des pratiquants de la nature pour leur interdire l’accès à une grande partie de la réserve est devenue de plus en plus forte ces dernières années.«
Or, le site – qui englobe la Tour Percée – constitue une réserve de chasse privée, le domaine de la Diane de Marcieu. Le marquis loue ainsi ses terres aux chasseurs moyennant une somme rondelette (plus de 25 000 euros par an, selon Reporterre). Des chasseurs accusés régulièrement de menacer et d’intimider les randonneurs s’aventurant sur la propriété, à en croire les nombreux témoignages qui fleurissent au fil des ans.

Le marquis Bruno de Quinsonas-Oudinot a posé des panneaux « propriété privée – défense d’entrer » tout autour de sa propriété, en août 2023, déclenchant une polémique. © Collectif Chartreuse
Dans ce contexte déjà explosif, la tentative du propriétaire d’interdire tout passage – hormis celui des chasseurs – sur son domaine lui a donc valu les foudres des randonneurs et des usagers de la montagne. Regroupés au sein du collectif Chartreuse, ceux-ci ont ainsi lancé, le 1er septembre, une pétition en ligne qui avait déjà recueilli plus de 28 000 signatures le 26 septembre. Le mot d’ordre ? « Pour la liberté d’accès à tout-e-s à la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse« .

Les randonneurs demandent la liberté d’accès aux sentiers de la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse. © Collectif Chartreuse
Les pétitionnaires soulignent que « la pression à l’encontre des pratiquants de la nature pour leur interdire l’accès à une grande partie de la réserve est devenue de plus en plus forte ces dernières années« , allant même parfois jusqu’à « des violences« . Outre les panneaux « propriété privée » installés en août 2023, dont ils demandent « l’interdiction« , ces derniers citent notamment « l’enlèvement de matériel visant à sécuriser certains passages exposés« .
Le Syndicat interprofessionnel de la montagne dépose plainte contre les chasses privées
Le Syndicat interprofessionnel de la montagne (SIM-CFDT) a déposé plainte, lundi 25 septembre 2023, auprès du procureur de la République de Grenoble, contre les « organisateurs, encadrants et partenaires commerciaux » de chasses privées dans la réserve naturelle des Hauts de Chartreuse, plus particulièrement sur les terres du marquis Bruno de Quinsonas-Oudinot. Deux motifs : « exercice illégal » du métier de guide et « mise en danger de la vie d’autrui ».
La démarche fait suite à la réception de vidéos montrant des guides de chasse emmener des clients fortunés sur les lieux. « Des vidéos éloquentes où les “gens” de Monsieur le Marquis encadrent au prix fort des activités sportives et dangereuses sans la moindre qualification adéquate (il faudrait être guide de haute montagne, de fait)« , dénonce le SIM-CFDT sur sa page Facebook.
« L’un au moins de ces gens d’armes ferait également l’objet de plaintes pour violences contre des randonneurs – bien que n’ayant même pas le droit de verbaliser« , ajoute le syndicat. « Dans cette affaire, comme d’habitude, le SIM défend le respect de l’Etat de droit contre la loi du plus “fort”, fût-ce une brute épaisse et armée… »
Du côté du parquet, le procureur adjoint François Touret-de Coucy « confirme la réception de cette plainte qui va être transmise pour enquête« , précise-t-il ce mardi 26 septembre.
Une précédente plainte d’un randonneur à l’encontre du propriétaire avait par ailleurs déjà été enregistrée au parquet, a indiqué, le 18 septembre 2023, le procureur de la République de Grenoble Éric Vaillant. Mais la procédure a été « classée sans suite en juillet 2023, les violences alléguées étant insuffisamment caractérisées« , a expliqué le magistrat.
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10 réflexions sur « Chartreuse : la réserve naturelle en partie « privatisée » par un marquis ? Une plainte déposée contre les chasses privées »
Il me semblait qu’en 1789 on avait éradiqué ces propriétaires de sang bleu ( c’est une maladie) … la beauté de nos montagnes et campagnes appartient à tous nos compatriotes ! ON EST EN FRANCE !!!
Le marquis n’a qu’à faire de la randonnée, il verra que cela se mérite ! Comme la beauté d’un paysage !
Et oui messieurs et mesdames les écolos et citadins , la nature appartient à des propriétaires qui payent des impôts dessus . Donc pensez à ça quand vous ramassez des champignons et autres en laissant vos détritus de pic nic . La forêt ne vous appartient pas.
Si les randonneurs veulent un droit de passage, il faut qu’ils en acceptent les devoirs de respect de la faune et de la flore. Un bien privé n’est pas une cour de récréation comme trop de gens l’oublient.
Et bien si les 25000 signataires de la pétition donnent chacun 1,10€ ils remporteront l’enchère et ejecteront les chasseurs.
Rien n’est compliqué c’est juste une question d’argent pour l’aristocratie vieillissante
Les petitionnaires peuvent se porter candidats à la location de la chasse
Encore des écolos de mes deux et des profs communistes qui se croient chez eux partout et qui emmerdent les chasseurs. Ce propriétaire a bien raison de rappeler à tous ces citadins que les paysages naturels appartiennent toujours à quelqu’un qui en dispose comme il le souhaite. C’est leur faute s’il se font exclure. Ils se permettent tout.
Il y a des pays où le droit de passage existe et où cela se passe très bien (pays nordiques, Ecosse, …).
Le droit de passage devrait être imposé par la loi, sous réserve du respect des zones traversées.
Tout à fait. Comme le droit de passage sur le littoral et les cours d’eau en France.
Pour un droit de passage pour atteindre les sommets en France.
A ma connaissance ce sont les premiers sommets qui deviennent interdits d’accès en France, c’est une longue tradition qui se perd.
Quand à Ducobu, il s’évertue à perpétuer la caricaturale opposition chasseur-écolo… ridicule
Absolument, la propriété est privée. Les passage de promeneurs est à la discrétion du propriétaire. Un espace non construit et respectueux de la faune et flore ne veut pas dire libre d’accès.
La loi numéro 2023-54 du 2 février 2023 visant à limiter l’engrillagement des espaces naturels et à protéger les propriétés privées, avec son article 8, a effectivement créé dans le code pénal dans sa partie législative l’article 226-4-3 qui dispose que dans le cas où le caractère privé du lieu est matérialisé physiquement, pénétrer sans autorisation dans la propriété privée rurale ou forestière d’autrui, sauf le cas ou la loi le permet, constitue une contravention de la 4e classe.
Quand un décret d’application est nécessaire pour la mise en œuvre concrète d’une disposition législative, précisée alors par des articles dans la partie réglementaire du code, cela est inscrit dans la loi. Ce n’est pas le cas ici pour cette disposition législative d’application directe.