Rassemblement de soutien aux peuples iranien et kurde, à Grenoble.

Grenoble : une cen­taine de per­sonnes ras­sem­blées en soli­da­rité avec les peuples ira­nien et kurde

Grenoble : une cen­taine de per­sonnes ras­sem­blées en soli­da­rité avec les peuples ira­nien et kurde

REPORTAGE – Une cen­taine de per­sonnes se sont réunies ce samedi 7 jan­vier 2023, rue Félix-Poulat, à Grenoble, en soli­da­rité avec les peuples ira­nien et kurde, à l’ap­pel de la com­mu­nauté ira­nienne de Grenoble et de l’Association isé­roise des amis des Kurdes (Aiak). Un ras­sem­ble­ment des­tiné à sou­te­nir la révolte en cours en Iran et à rendre hom­mage aux mili­tants kurdes assas­si­nés à Paris, en 2013 et le 23 décembre 2022.

Deux contextes dif­fé­rents mais une même répres­sion féroce et, selon elles, une même pas­si­vité du gou­ver­ne­ment fran­çais face à Téhéran et Ankara. C’est pour sou­te­nir à la fois les peuples ira­nien et kurde qu’une cen­taine de per­sonnes se sont ras­sem­blées ce samedi 7 jan­vier 2023, rue Félix-Poulat, à l’ap­pel de la com­mu­nauté ira­nienne de Grenoble et de l’Association isé­roise des amis des Kurdes (Aiak). Parmi les mani­fes­tants pré­sents, des mili­tants du Mouvement de la paix et du NPA, mais aussi les adjoints gre­no­blois Emmanuel Carroz et Alan Confesson.

Grenoble : rassemblement de soutien aux peuples iranien et kurde

Une cen­taine de per­sonnes se sont ras­sem­blées ce samedi 7 jan­vier 2023, rue Félix-Poulat, à Grenoble, en sou­tien aux peuples ira­nien et kurde, dans cette période de contes­ta­tion en Iran et suite à l’as­sas­si­nat de mili­tants kurdes à Paris. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Les mots d’ordre ? D’un côté, la soli­da­rité avec le mou­ve­ment de contes­ta­tion en Iran et l’ap­pel à la jus­tice pour les vic­times du vol PS 752, trois ans après le crash, le 8 jan­vier 2020, du Boeing 737 abattu par des mis­siles ira­niens. De l’autre, l’hom­mage aux mili­tants kurdes assas­si­nés à Paris, à dix ans d’in­ter­valle, en jan­vier 2013 et le 23 décembre 2022. Des crimes der­rière les­quels l’Aiak voit la main de la Turquie.

Entre 14 et 30 mani­fes­tants ira­niens condam­nés à mort

Au pied des marches de l’é­glise Saint-Louis, les orga­ni­sa­teurs ont donc évo­qué tour à tour ces dif­fé­rents évè­ne­ments. Entre chaque dis­cours, la foule a scandé les trois mots « Femmes, vie, liberté », deve­nus le slo­gan de ral­lie­ment de la révolte en Iran. Depuis la mort, le 16 sep­tembre, de l’é­tu­diante Jina Mahsa Amini – Kurde ira­nienne -, inter­pel­lée par la police des mœurs car pas « assez voi­lée », des mil­liers de femmes et jeunes Iraniens défilent quo­ti­dien­ne­ment dans les prin­ci­pales villes du pays.

Grenoble : rassemblement de soutien aux peuples iranien et kurde

Sur les marches de l’é­glise, des affiches dénon­çaient les condam­na­tions à mort par pen­dai­son et les arres­ta­tions de mani­fes­tants, tan­dis que le dra­peau ira­nien arbo­rait le slo­gan « Femmes, vie, liberté » de la révolte en Iran. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Les contes­ta­taires réclament la fin du voile obli­ga­toire et, plus lar­ge­ment, le ren­ver­se­ment du régime isla­mique. Mais la répres­sion est bru­tale. Entre 14 0001selon l’ONU et 19 000 per­sonnes2selon les mani­fes­tants gre­no­blois ont ainsi été arrê­tées – puis sou­vent tor­tu­rées – suite aux manifestations.

Pire, « au moins 30 mani­fes­tants ont été condam­nés à mort », d’a­près les orga­ni­sa­teurs du ras­sem­ble­ment gre­no­blois, d’autres sources évo­quant 14 condam­nés à la peine capi­tale. Parmi eux, quatre ont été exé­cu­tés, dont deux ce samedi, par pendaison.

Grenoble : rassemblement de soutien aux peuples iranien et kurde

Les mani­fes­tants gre­no­blois ont affi­ché les visages de jeunes Iraniens empri­son­nés ou exé­cu­tés arbi­trai­re­ment. © Manuel Pavard – Place Gre’net

La dia­spora ira­nienne suit cela avec anxiété, à la fois soli­daire des insur­gés et inquiète pour ses proches res­tés au pays. C’est le cas de Zoya, Iranienne et Grenobloise d’a­dop­tion, exi­lée en France depuis 33 ans. « Internet est coupé, donc la rela­tion est très dif­fi­cile, mais on est tou­jours en contact », raconte-t-elle. « Un jeune de 22 ans de ma famille, lau­réat des olym­piades de mathé­ma­tiques, a été arrêté il y a trois ans et, il y a quelques jours, c’est son père qui a été arrêté. »

« On se sent impuis­sant, éloi­gné, et aussi un peu cou­pable d’a­voir une situa­tion confor­table alors qu’eux se font empri­son­ner ou tuer. »

Pour Zoya, ces évè­ne­ments sont « très dif­fi­ciles à vivre à dis­tance. On se sent impuis­sant, éloi­gné, et aussi un peu cou­pable d’a­voir une situa­tion confor­table alors qu’eux se font empri­son­ner ou tuer », explique-t-elle. Depuis le début de la révolte, elle par­ti­cipe à tous les ras­sem­ble­ments de soli­da­rité orga­ni­sés à Grenoble. Une mobi­li­sa­tion « impor­tante », selon elle, « pour que ça ne soit pas oublié. Car, dès qu’on arrête de par­ler de quelque chose, c’est comme si ça avait dis­paru. »

Grenoble : rassemblement de soutien aux peuples iranien et kurde

Les femmes sont au cœur du mou­ve­ment de contes­ta­tion en Iran, récla­mant la fin du voile obli­ga­toire. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Mais l’autre objec­tif, c’est d’ap­pe­ler les gou­ver­ne­ments des pays occi­den­taux – notam­ment fran­çais – à réagir. « La simple condam­na­tion de l’Iran et la simple soli­da­rité avec le peuple ira­nien ne suf­fisent pas », assène Zoya. « On leur demande de ren­voyer les ambas­sa­deurs d’Iran, de décla­rer les Pasdaran3la milice des gar­diens de la révo­lu­tion isla­mique comme orga­ni­sa­tion ter­ro­riste, d’ar­rê­ter tous les contrats et de cou­per toute rela­tion avec l’Iran. »

« Il faut que le secret-défense soit levé »

Les mani­fes­tants ras­sem­blés à Grenoble enten­daient ainsi inter­pel­ler à double titre les auto­ri­tés fran­çaises : sur l’Iran donc, mais éga­le­ment sur les deux crimes com­mis contre des mili­tants kurdes. Pour le pre­mier, c’é­tait en effet il y a dix ans, jour pour jour : dans la nuit du 9 au 10 jan­vier 2013, trois membres du Parti des tra­vailleurs du Kurdistan (PKK) étaient exé­cu­tés de plu­sieurs balles dans la tête, dans les locaux du Centre d’information du Kurdistan, à Paris.

Grenoble : rassemblement de soutien aux peuples iranien et kurde

En sou­tien aux peuples ira­nien et kurde, les mani­fes­tants ont réclamé la jus­tice pour les insur­gés ira­niens comme pour les mili­tants kurdes assas­si­nés à Paris. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Si le prin­ci­pal sus­pect, alors incar­céré, est décédé des suites d’un can­cer au cer­veau en 2016, cinq semaines avant son pro­cès, la com­mu­nauté kurde est convain­cue de l’im­pli­ca­tion des ser­vices secrets turcs, éga­le­ment for­te­ment soup­çon­nés par la jus­tice fran­çaise. Problème : le juge d’ins­truc­tion n’a pas accès à cer­tains docu­ments des ser­vices secrets français.

Maryvonne Mathéoud (veste colorée et rayée), co-présidente d'Aiak, voit la main des services secrets turcs derrière les triples assassinats de militants kurdes commis à dix ans d'intervalle, en janvier 2013 et décembre 2022. © Manuel Pavard - Place Gre'net

Maryvonne Mathéoud (veste colo­rée et rayée), co-pré­si­dente d’Aiak, voit la main des ser­vices secrets turcs der­rière les triples assas­si­nats de mili­tants kurdes com­mis à dix ans d’in­ter­valle, en jan­vier 2013 et décembre 2022. © Manuel Pavard – Place Gre’net

« Il y a à nou­veau eu une enquête mais il faut que le secret-défense soit levé pour que les avo­cats puissent avoir accès au dos­sier », déplore Maryvonne Mathéoud, co-pré­si­dente d’Aiak. À pre­mière vue, l’af­faire semble en revanche dif­fé­rente pour les trois mili­tants kurdes assas­si­nés le 23 décembre 2022 à Paris. William M., l’au­teur pré­sumé de l’at­ten­tat, a en effet déclaré avoir agi pour un motif raciste. Mais les Kurdes, eux, y voient tou­jours la main de la Turquie.

« On ne peut pas écar­ter le ter­ro­risme d’État. Cet indi­vidu est certes raciste et xéno­phobe mais je pense qu’il était com­man­dité par la Turquie. »

« On ne peut pas écar­ter le ter­ro­risme d’État », estime Maryvonne Mathéoud. « Cet indi­vidu est certes raciste et xéno­phobe mais je pense qu’il était com­man­dité », ajoute-t-elle, évo­quant des élé­ments « trou­blants » dans le déroulé des faits. « Il faut ouvrir une enquête pour déter­mi­ner où est la res­pon­sa­bi­lité et s’il y a quel­qu’un der­rière », affirme la militante.

Pour cette der­nière, « le pro­jet démo­cra­tique, laïc et fémi­niste des Kurdes au Rojava4région auto­nome du Kurdistan syrien dérange beau­coup Erdogan ». Le pré­sident turc et la France ont en outre « signé, en 2011, un accord de lutte contre le ter­ro­risme. Ce qui fait qu’en France, des Kurdes sont arrê­tés et ren­voyés en Turquie où ils sont sou­vent tor­tu­rés, alors qu’ils sont réfu­giés poli­tiques ici », dénonce Maryvonne Mathéoud.

Une jeune mili­tante d’o­ri­gine ira­nienne a demandé jus­tice pour les vic­times du vol PS 752, ce Boeing ukrai­nien abattu par erreur par deux mis­siles ira­niens près de Téhéran, le 8 jan­vier 2020. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Après la lec­ture d’un mani­feste des proches des vic­times du vol PS 752 par une mili­tante ira­nienne exi­lée, les mani­fes­tants gre­no­blois ont dif­fusé des chants ira­niens et kurdes, et repris en chœur, à plu­sieurs reprises, le slo­gan « Femmes, vie, liberté ». Avant de se don­ner ren­dez-vous un pro­chain samedi. Car tous le pro­mettent : tant que la répres­sion se pour­sui­vra en Iran et tant que l’en­quête n’a­van­cera pas pour les mili­tants kurdes, ils res­te­ront mobilisés.

Manuel Pavard

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