Morandi au Musée de Grenoble : une exposition exceptionnelle à plus d’un titre

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FOCUS — Elle était prévue pour le 16 décembre… mais son ouverture est reportée (au mieux) pour le mois de janvier, selon l’évolution de la situation sanitaire. L’exposition consacrée à Giorgio Morandi (1890−1964) par le Musée de Grenoble demeure exceptionnelle à plusieurs titres. Visite guidée avant le “retour à la normale”.

 

 

« Il n’y a rien de plus sur­réel ou de plus abs­trait que la réa­lité même ». En une phrase, le peintre Giorgio Morandi (1890−1964) résume une oeuvre pic­tu­rale dédiée en grande par­tie à la repré­sen­ta­tion des objets du quo­ti­dien. Des natures mortes qui se dis­tinguent par une appa­rente (et trom­peuse) sim­pli­cité, en marge des grands cou­rants artis­tiques contem­po­rains. Et n’en sont pas moins por­teuses de sens.

 

Giorgio Morandi, Grande nature morte à la cafetière, 1933 © ADAGP, Paris 2020 - Musée de Grenoble

Giorgio Morandi, Grande nature morte à la cafe­tière, 1933 © ADAGP, Paris 2020 – Musée de Grenoble

 

C’est à cette oeuvre que le Musée de Grenoble consacre sa nou­velle expo­si­tion. Une expo­si­tion qui devait mar­quer la réou­ver­ture du Musée le 16 décembre 2020… avant que l’é­chéance ne soit repous­sée par le gou­ver­ne­ment. Guy Tosatto, son direc­teur, essaye de prendre les choses avec le sou­rire. Mais garde en mémoire que, pour cause de confi­ne­ment, la pré­cé­dente expo­si­tion « Grenoble et ses artistes » n’aura fina­le­ment été visible… que des jour­na­listes.

 

Une exposition exceptionnelle… mais reportée

 

Date pos­sible de (vraie) réou­ver­ture du Musée de Grenoble ? La mi-jan­vier, selon l’é­vo­lu­tion de la situa­tion sani­taire. Une incer­ti­tude qui ne faci­lite pas l’or­ga­ni­sa­tion des lieux cultu­rels. « On était sur le point d’en­voyer les car­tons d’in­vi­ta­tion », fait remar­quer Guy Tosatto. Et d’a­jou­ter : « Nous avons fait le maxi­mum pour pou­voir ouvrir le 16 décembre… et nous ferons le maxi­mum dès que nous pour­rons ouvrir ».

 

Alice Ensabella (Fondation Magnani-Rocca) et Guy Tosatto devant l'autoportrait de Giorgio Morandi © Florent Mathieu - Place Gre'net

Alice Ensabella (Fondation Magnani-Rocca) et Guy Tosatto devant l’au­to­por­trait de Giorgio Morandi © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Une volonté d’au­tant plus affir­mée que les expo­si­tions Morandi sont loin d’être mon­naie cou­rante dans les musées fran­çais. La der­nière remonte à une dizaine d’an­nées, à Toulon. L’avant-der­nière, il y a déjà 20 ans à Paris. Autant dire que le ren­dez-vous pro­posé par le Musée de Grenoble revêt un carac­tère excep­tion­nel. Et rend hom­mage à un artiste très réputé, mais long­temps resté confi­den­tiel pour le public fran­çais.

 

Exposition excep­tion­nelle encore de par l’am­pleur des œuvres pro­po­sées. Si le par­cours se veut clas­sique et l’en­semble rela­ti­ve­ment inti­miste, le Musée de Grenoble n’en pro­pose pas moins un grand nombre de réa­li­sa­tions. En par­ti­cu­lier grâce à la Fondation Magnani-Rocca, qui a prêté pas moins de cin­quante œuvres. Au point que l’ex­po­si­tion est aussi celle du regard d’un col­lec­tion­neur, Luigi Magnani, mécène et ami de Morandi.

 

 

Un parcours émaillé d’œuvres rares

 

Exposition excep­tion­nelle, enfin, pour la rareté de cer­taines pièces. Avant de trou­ver sa voie, Morandi a natu­rel­le­ment expé­ri­menté plu­sieurs écoles esthé­tiques, quitte à s’es­sayer au futu­risme, voire au cubisme, influencé par l’air du temps. S’il reste quelques tableaux de cette époque, Morandi en a détruit une grande par­tie. Autant dire que sa Nature morte de 1914 ou sa Nature morte méta­phy­sique de 1918 sont des témoi­gnages d’im­por­tance.

 

Giorgio Morandi, Nature morte métaphysique (2018) © ADAGP, Paris 2020

Giorgio Morandi, Nature morte méta­phy­sique (2018) © ADAGP, Paris 2020 – Musée de Grenoble

L’autoportrait, confon­dant de vie exposé par le Musée l’est tout autant : Morandi n’a que très peu traité de l’hu­main dans son art, se tour­nant très rapi­de­ment en grande par­tie vers les objets du quo­ti­dien. Et n’a réa­lisé que sept por­trait de lui-même.

 

Mais l’ex­po­si­tion ne vaut pas que pour ses rare­tés. Traversant les périodes, par­fois les plus trou­blées sous un régime fas­ciste qui se rap­proche de plus en plus de l’Allemagne hit­lé­rienne, le par­cours per­met de se repré­sen­ter l’é­vo­lu­tion du style du pein­ture. Ainsi que l’at­ten­tion qu’il prête aux com­po­si­tions de ses tableaux, le sens des cou­leurs et de la lumière qui les animent. Comme si les objets pro­dui­saient eux-mêmes leur propre éner­gie.

 

 

Italia Moderna, une exposition dans l’exposition

 

La diver­sité des tech­niques est encore au ren­dez-vous. La gra­vure est évi­dem­ment à l’hon­neur, Morandi ayant tout autant été reconnu comme gra­veur que comme peintre, tan­dis que des­sins et esquisses ornent aussi les murs de l’ex­po­si­tion. Paysages, fleurs ou coquillages, les thé­ma­tiques qui par­courent la vie de l’ar­tiste se suivent jus­qu’à son achè­ve­ment. Dans une sim­pli­cité qui confine à l’é­pure.

 

L'exposition Italia Moderna permet de se représenter la créativité des artistes italiens du 20ème siècle © Florent Mathieu - Place Gre'net

L’exposition Italia Moderna per­met de se repré­sen­ter la créa­ti­vité des artistes ita­liens du 20e siècle © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Une sim­pli­cité, appa­rente encore une fois, qui contraste déci­dé­ment avec les artistes contem­po­rains de Morandi. Pour mieux sou­li­gner com­bien le peintre de Bologne était en marge de son époque, ce qui n’empêchait en rien l’ad­mi­ra­tion de ses congé­nères, le Musée pro­pose une expo­si­tion dans l’ex­po­si­tion. Et invite les visi­teurs à (re)découvrir son impres­sion­nante col­lec­tion de peintres ita­liens du 20e siècle.

 

Le nom de ce deuxième ren­dez-vous ? Italia Moderna. Avec au menu Modigliani, Prampolini, Chirico ou encore Penone, à qui le Musée avait consa­cré une grande expo­si­tion en 2014. De quoi rap­pe­ler le poids et l’au­dace des créa­teurs trans­al­pins dans le pay­sage artis­tique euro­péen du 20e siècle. Et la qua­lité de la col­lec­tion ita­lienne du Musée de Grenoble, ini­tiée en grande par­tie par Andry Farcy, et per­pé­tuée par ses suc­ces­seurs.

 

Florent Mathieu

 

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