Télécardiologie : pre­mière régio­nale au CHU de Grenoble avec un dis­po­si­tif pour sur­veiller l’insuffisance cardiaque

Télécardiologie : pre­mière régio­nale au CHU de Grenoble avec un dis­po­si­tif pour sur­veiller l’insuffisance cardiaque

REPORTAGE VIDÉO – Une pre­mière régio­nale a été réa­li­sée au CHU de Grenoble le 5 novembre der­nier avec l’implantation d’un cap­teur minia­tu­risé sans fil chez un patient atteint d’insuffisance car­diaque. L’objectif ? Surveiller à dis­tance l’évolution de la mala­die. Cette nou­velle avan­cée en télé­car­dio­lo­gie sou­lève l’espoir de par­ve­nir à mieux sta­bi­li­ser l’é­tat des patients et réduire signi­fi­ca­ti­ve­ment les hospitalisations.

L’insuf­fi­sance car­diaque concerne plus de 500 000 patients en France. Elle est à l’origine de près de 150 000 hos­pi­ta­li­sa­tions annuelles. Une situa­tion bien­tôt révo­lue ? Une chose est sûre, le centre hos­pi­ta­lier uni­ver­si­taire Grenoble-Alpes (Chuga) s’engage plei­ne­ment dans la voie de la

télé­mé­de­cine du cœur (ou télécardiologie).

© Véronique Magnin – Place Gre’net

Première régio­nale au Chuga le 5 novembre 2018 avec l’implantation d’un cap­teur minia­tu­risé sans fil chez un patient atteint d’insuffisance car­diaque. © Véronique Magnin – Place Gre’net

Le 5 novembre der­nier, entouré de son équipe, le Pr Pascal Defaye, chef du ser­vice de ryth­mo­lo­gie et sti­mu­la­tion car­diaque du Chuga, a ainsi réa­lisé une pre­mière régio­nale avec l’implantation d’un cap­teur sans fil minia­tu­risé et auto­nome chez un patient atteint d’insuffisance car­diaque. Sa fonc­tion ? Permettre une sur­veillance à dis­tance quo­ti­dienne des para­mètres cli­niques de la pathologie.

Détecter de façon pré­coce une pous­sée d’in­suf­fi­sance cardiaque

« Cet outil va nous per­mettre de détec­ter à dis­tance et de façon pré­coce – trois semaines à un mois à l’avance –, une dimi­nu­tion des capa­ci­tés car­diaques chez les patients », explique le Pr Defaye. L’avantage est indé­niable. « Cela va nous per­mettre de pres­crire à temps des médi­ca­ments pour faire reve­nir les patients à leur état ini­tial et évi­ter l’hospitalisation », se réjouit le chef du ser­vice de ryth­mo­lo­gie et sti­mu­la­tion cardiaque.

le Pr Pascal Defaye, chef du service de rythmologie et stimulation cardiaque du Chuga. © Véronique Magnin – Place Gre’net

le Pr Pascal Defaye, chef du ser­vice de ryth­mo­lo­gie et sti­mu­la­tion car­diaque du Chuga. © Véronique Magnin – Place Gre’net

L’enjeu est de taille. De fait, « quand les patients sont hos­pi­ta­li­sés, ils perdent à chaque fois une part sup­plé­men­taire de leur fonc­tion car­diaque », déplore le pra­ti­cien. Le pro­blème est d’autant plus aiguë que plus de 50 % des patients hos­pi­ta­li­sés le seront au moins une nou­velle fois dans l’année.

Le cap­teur de pres­sion est implanté dans l’artère pulmonaire

Représentation du capteur CardioMEMS, implanté dans une artère pulmonaire. © Chuga

Représentation du cap­teur CardioMEMS, implanté dans une artère pul­mo­naire. © Chuga

Le cap­teur minia­tu­risé sans fil et auto­nome déve­loppé par une entre­prise amé­ri­caine est au cœur du sys­tème tech­no­lo­gique CardioMems HF (pour micro-élec­tro-méca­niques haute fré­quence) de télécardiologie.

Cette pro­thèse doit être implan­tée à l’aide d’un cathé­ter dans l’une des artères pul­mo­naires du patient au cours d’une opé­ra­tion mini-invasive.

Réalisée dans le cadre d’essais cli­niques, cette pre­mière inter­ven­tion chez un patient au Chuga s’est effec­tuée en pré­sence de deux ingé­nieurs spé­cia­le­ment dépê­chés sur place par l’entreprise.

Leur rôle ? Former le per­son­nel du ser­vice de ryth­mo­lo­gie et sti­mu­la­tion car­diaque de l’hô­pi­tal à l’utilisation du dis­po­si­tif et accom­pa­gner l’équipe médi­cale lors des pre­mières implan­ta­tions du capteur.

Retour en image sur les prin­ci­paux temps forts de cette pre­mière régio­nale com­men­tés par le Pr Defaye :

Implanter ce cap­teur dans l’artère pul­mo­naire pour y mesu­rer la pres­sion san­guine pos­sède un avan­tage consi­dé­rable. Lequel ? « Lorsque le cœur dimi­nue sa contrac­tion, la consé­quence est une aug­men­ta­tion de la pres­sion arté­rielle en amont. Or les vais­seaux les plus direc­te­ment situés en amont du cœur sont les artères pul­mo­naires. En cas de pous­sée d’in­suf­fi­sance car­diaque, c’est là que la pres­sion san­guine va aug­men­ter le plus rapi­de­ment dans le corps », jus­ti­fie le cardiologue.

Une dimi­nu­tion de 37 % du risque d’hospitalisation

Comme cinq autres éta­blis­se­ments en France, le Chuga a choisi le sys­tème CardioMems HF qui est déjà uti­lisé depuis plus de deux ans aux États-Unis pour sa per­for­mance. De fait, « les études avec ce type de cap­teur ont mon­tré qu’on dimi­nuait d’environ 37 % le risque d’hospitalisation dans l’année, qu’on rédui­sait signi­fi­ca­ti­ve­ment le risque d’altération pro­gres­sive du muscle car­diaque chez ces patients et qu’on amé­lio­rait leur sur­vie », indique le praticien.

© Véronique Serre - Place Gre'net

© Véronique Serre – Place Gre’net

Une révo­lu­tion quand on sait qu’actuellement la moi­tié des patients atteints d’in­suf­fi­sance car­diaque chro­nique meurent dans les cinq ans sui­vant le diag­nos­tic. En outre, des don­nées récentes démontrent que l’u­ti­li­sa­tion du sys­tème CardioMEMS HF entraîne éga­le­ment des amé­lio­ra­tions signi­fi­ca­tives de la qua­lité de vie ainsi que de la capa­cité à faire de l’exer­cice chez ces patients.

Les alertes, trans­mises sans délai au méde­cin référent

Avec le cap­teur de pres­sion arté­rielle, le sys­tème CardioMems HF com­prend en outre un oreiller spé­cial, équipé d’une antenne interne de trans­mis­sion haute fré­quence ainsi qu’un ordi­na­teur qui enre­gistre les don­nées, nommé “unité élec­tro­nique portable”.

Unité électronique portable et un oreiller spécial contenant une antenne pour effectuer des relevés de pression quotidiens avec le système CardioMEMS HF. © Chuga

Unité élec­tro­nique por­table et l’o­reiller spé­cial conte­nant une antenne pour effec­tuer des rele­vés de pres­sion quo­ti­diens avec le sys­tème CardioMems HF. © Chuga

Concrètement, les patients s’allongent quo­ti­dien­ne­ment pen­dant une ving­taine de minutes sur l’o­reiller et, au moyen de l’antenne, les don­nées col­lec­tées par le cap­teur sont trans­mises à l’u­nité portable.

Le patient ne res­sent ni dou­leur, ni sen­sa­tions lors de ces trans­mis­sions. Autre avan­tage qui fait tout l’in­té­rêt de ce sys­tème, cette opé­ra­tion peut être faci­le­ment réa­li­sée à domicile.

Les don­nées sont ensuite trans­mises depuis le por­table jus­qu’au centre de télé­car­dio­lo­gie au centre hospitalier.

« Les infir­mières dédiées à la télé­mé­de­cine suivent quo­ti­dien­ne­ment la mesure de la pres­sion dans l’artère pul­mo­naire. Et, à la moindre aug­men­ta­tion, il va y avoir une alerte trans­mise au méde­cin réfé­rent. Ce qui déclenche la pres­crip­tion d’un médi­ca­ment pour faire reve­nir le patient à l’état ini­tial et évi­ter son hos­pi­ta­li­sa­tion », insiste le praticien.

Le cap­teur de pres­sion est implanté défi­ni­ti­ve­ment dans l’ar­tère pulmonaire

La pro­thèse, ce petit bijou tech­no­lo­gique, sans fil, minia­tu­risé et sans bat­te­rie pos­sède une lon­gé­vité infi­nie. Dès lors, com­ment est-il ali­menté ? Grâce à la tech­no­lo­gie micro-élec­tro-méca­niques (Mems). « Le flux san­guin et les vibra­tions délivrent de l’énergie uti­li­sée par le cap­teur pour se rechar­ger », résume le Pr Defaye.

Le capteur miniaturisé CardioMEMS, de la taille d'une pièce de monnaie. © Chuga

Le cap­teur minia­tu­risé CardioMems, de la taille d’une pièce de mon­naie. © Chuga

À quelle typo­lo­gie de patients est pré­fé­ren­tiel­le­ment des­tiné ce dis­po­si­tif qui reste implanté à vie dans l’artère pul­mo­naire ? « Aux patients dans un état rela­ti­ve­ment grave qui ont été vic­times d’au moins deux pous­sées d’insuffisance car­diaque hos­pi­ta­li­sées », pré­cise le chef du ser­vice de ryth­mo­lo­gie et sti­mu­la­tion car­diaque du Chuga.

« Ce sys­tème va occa­sion­ner une énorme baisse des dépenses hospitalières »

En sus de contri­buer au main­tien à domi­cile des patients dans un état cli­nique bien meilleur, l’utilisation du sys­tème CardioMems HF consti­tue un apport majeur sur le plan éco­no­mique. Le trai­te­ment de l’insuffisance car­diaque repré­sente actuel­le­ment 1 à 2 % du bud­get de la santé dont 75 % sont dus aux hos­pi­ta­li­sa­tions dont la durée moyenne est de onze jours.

Chuga © Service communication Chuga

Chuga © Service com­mu­ni­ca­tion Chuga

Le Dr Defaye en est per­suadé, « le sys­tème Mems HF va occa­sion­ner une énorme baisse des dépenses hos­pi­ta­lières ». Et ce, mal­gré son coût, estimé à 15 000 euros envi­ron. Ce dis­po­si­tif « très nova­teur » – qui entre par­fai­te­ment dans la logique de réduc­tion des coûts d’hos­pi­ta­li­sa­tion enga­gée depuis plu­sieurs années par l’Assurance mala­die – n’est pour autant pas encore dis­po­nible sur le marché.

En effet, le sys­tème Cardio MEMS HF étant tou­jours en phase d’é­va­lua­tion en vue d’ob­te­nir la cer­ti­fi­ca­tion euro­péenne, les patients devront encore attendre envi­ron une année pour béné­fi­cier de ce sys­tème de moni­to­ring de l’in­suf­fi­sance cardiaque.

Véronique Magnin

L’INSUFFISANCE CARDIAQUE EST SOUVENT IRRÉVERSIBLE

« L’une des grandes causes de l’insuffisance car­diaque, c’est ce qu’on appelle la car­dio­pa­thies isché­miques [ou mala­dies des artères du cœur, ndlr] après un infarc­tus. Ensuite, il y a les car­dio­pa­thies dila­tées idio­pa­thiques [cavi­tés car­diaques dila­tées de cause mécon­nue, ndlr] », pré­cise le Pr Defaye. Leur ori­gine peut être le vieillis­se­ment, l’hérédité, l’hypertension arté­rielle, l’alimentation ou/et l’hygiène de vie etc.

Dans tous les cas, le cœur perd une par­tie de sa capa­cité à se contrac­ter et à éjec­ter suf­fi­sam­ment de sang dans l’or­ga­nisme pour répondre aux demandes du corps. Avec pour consé­quence « l’altération de l’état géné­ral des patients insuf­fi­sants car­diaques qui sont très gênés par des essouf­fle­ments et stres­sés par le risque de mort subite », décrit le spé­cia­liste en cardiologie.

Peut-on gué­rir d’une insuf­fi­sance car­diaque ? « Il y a quelques insuf­fi­sances réver­sibles mais la plu­part du temps, ce n’est pas réver­sible. Les trai­te­ments vont assu­rer un équi­libre, sans reve­nir à la case ini­tiale », nous répond le chirurgien.

La trans­plan­ta­tion car­diaque ne pour­rait-elle pas consti­tuer une solu­tion alter­na­tive ? Malheureusement pas. « Les insuf­fi­sants car­diaques sont sou­vent des per­sonnes âgées chez les­quelles on ne réa­lise pas de trans­plan­ta­tion car ce sont des inter­ven­tions à énormes risques et de sur­croît, nous man­quons de gref­fons », explique Pascal Defaye.

Véronique Magnin

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