© Joël Kermabon - Place Gre'net

« Une fleur dans l’Isère » en mémoire des Algériens massacrés en 1961 et contre le racisme et la xénophobie

« Une fleur dans l’Isère » en mémoire des Algériens massacrés en 1961 et contre le racisme et la xénophobie

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FOCUS – Un rassemblement en mémoire des manifestants algériens massacrés le 17 octobre 1961 à Paris était organisé ce mercredi 17 octobre devant la plaque commémorative de la place Edmond-Arnaud, au cœur du quartier Très-Cloîtres. L’occasion pour les organisateurs de déplorer la résurgence « du poison du racisme et de la xénophobie » en Europe. Tout autant que de redemander à l’État français d’ouvrir ses archives et de reconnaître sa responsabilité dans un certain nombre de massacres coloniaux.

 

 

Un rassemblement en mémoire des manifestants algériens massacrés le 17 octobre 1961 à Paris était organisé ce mercredi place Edmond Arnaud à Grenoble.© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

Près de cent cin­quante per­sonnes se sont ras­sem­blées ce mer­credi 17 octobre place Edmond Arnaud devant la plaque com­mé­mo­ra­tive du mas­sacre de nom­breux Algériens lors d’une mani­fes­ta­tion paci­fique pro FLN, le 17 octobre 1961 à Paris.

 

Un ras­sem­ble­ment à l’ap­pel du col­lec­tif gre­no­blois 17 octobre 1961 (voir enca­dré) qui, chaque année, s’at­tache à main­te­nir vivante la mémoire de ce tra­gique évé­ne­ment « pour éclai­rer le pré­sent ». Notamment à tra­vers une minute de silence et le tra­di­tion­nel dépôt de gerbes suivi d’un petit défilé sur les quais et du jet de quelques fleurs dans l’Isère. Un geste sym­bo­lique « en mémoire de tous les Algériens qui ont été noyés dans la Seine », ce triste jour.

 

Dans la petite foule, beau­coup de “chi­ba­nis”, la mine grave, le vice-consul d’Algérie à Grenoble, des élus dont Éric Piolle, le maire de Grenoble, ainsi que de nom­breux repré­sen­tants d’as­so­cia­tions, de syn­di­cats et de la société civile.

 

 

« La France doit reconnaître ce crime d’État et ouvrir ses archives »

 

« Une plaque com­mé­mo­ra­tive en sou­ve­nir de ces évé­ne­ments tra­giques, très peu de villes l’ont fait en France », sou­ligne d’en­trée Mariano Bona, membre du col­lec­tif et de l’as­so­cia­tion Algérie au cœur. « Tous les ans, nous nous ras­sem­blons devant cette plaque pour que ces évé­ne­ments res­tent en mémoire, pour récla­mer que ce crime d’État envers des Algériens soit reconnu et que les archives soient ouvertes pour que les his­to­riens puissent tra­vailler sur cet évé­ne­ment-là », poursuit-il.

 

Dépôt de gerbes. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Dépôt de gerbes. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Si le devoir de mémoire reste bien sûr impor­tant, le mili­tant asso­cia­tif en est per­suadé, l’en­jeu se situe éga­le­ment autour du tra­vail sur les jeunes géné­ra­tions. « Pour cela, il faut être capable de regar­der le passé et de construire avec la France telle qu’elle est, dans toute sa diver­sité », déclare Mariano Bona.

 

« Il y a des pans entiers de la société fran­çaise qui ont besoin que l’on recon­naisse cette his­toire-là », ajoute-t-il d’un ton grave. « Je suis étonné que jus­qu’à pré­sent on n’ait pas vrai­ment mis cartes sur tables par rap­port à ce mas­sacre. C’est injuste par rap­port à cette géné­ra­tion qui était venue pour enri­chir la France », nous confie, amer, Mansouri, qui habite à Grenoble depuis qua­rante-huit ans. Et qui assure qu’ils sont nom­breux à par­ta­ger son avis dans l’assistance.

 

« Construire un pont entre les deux rives de la Méditerranée »

 

Pour autant, pas ques­tion de repen­tance. « Personne ici ne la demande », sou­ligne Mariano Bona. Pour ce der­nier, il ne faut pas res­sas­ser le passé au risque d’en­tre­te­nir l’a­mer­tume. « Ce que nous vou­lons c’est que la vérité puisse être faite car la mémoire ne rem­place pas l’his­toire. Il s’a­git de rendre le tra­vail des his­to­riens pos­sible quand, au nom de la rai­son d’État, on orga­nise l’ou­bli », réclame-t-il.

 

Quid du passé ? « Il doit impri­mer le pré­sent et la capa­cité de le regar­der ensemble peut contri­buer à construire l’a­ve­nir. Dans le res­pect mutuel, pour construire un pont entre les deux rives de la Méditerranée », se prend à espé­rer Mariano Bona.

 

La plaque commémorative sur la place Edmond Arnaud. © Joël Kermabon - Place Gre'net

La plaque com­mé­mo­ra­tive sur la place Edmond Arnaud. © Joël Kermabon – Place Gre’net

 

Ce d’au­tant plus que « le poi­son du racisme et de la xéno­pho­bie » s’ins­tille sour­noi­se­ment au cœur des démo­cra­ties euro­péennes, juge-t-il. « Rendre hom­mage aux vic­times du 17 octobre 1961 c’est une invi­ta­tion à ne pas céder au cli­mat ambiant, à ne pas se décou­ra­ger et à croire en l’a­ve­nir », conclut Mariano Bona.

 

 

« On ne construit rien sur l’oubli et le mensonge »

 

« Nous n’ou­blions pas les ordres indignes du pré­fet Maurice Papon […] ni ces heures tra­giques où les valeurs répu­bli­caines ont été pié­ti­nées […] Les seules armes que les mani­fes­tants bran­dis­saient c’é­tait leurs idées et leurs voix », rap­pelle quant à lui Éric Piolle. Selon lui, « cette cica­trice reste encore ouverte et dou­lou­reuse » et il faut désor­mais « regar­der le passé en face, sans détour­ner les yeux, sans se men­tir à nous mêmes. C’est un acte qui nous gran­dit et plus que cela, c’est une pro­messe », appuie-t-il.

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

Minute de silence. © Joël Kermabon – Place Gre’net

La pro­messe ? « Celle que notre com­mu­nauté se ren­force car on ne construit rien sur l’ou­bli, sur le men­songe, seule la vérité nous tire vers le haut », déclare-t-il solen­nel­le­ment. Éric Piolle l’af­firme, « il reste énor­mé­ment de pas à faire pour que l’en­semble des exac­tions de la colo­ni­sa­tions soient plei­ne­ment recon­nues et assu­mées ».

 

S’agissant de notre his­toire « l’heure des tabous est révo­lue et l’heure de la vérité est venue » , déclare l’é­dile. Tout par­ti­cu­liè­re­ment dans un moment « où beau­coup construisent des bar­ri­cades autour de nous et que nous voyons un peu par­tout le regain de la xéno­pho­bie et des natio­na­lismes ».

 

Joël Kermabon

 

 

Le collectif 17 octobre 1961 et ses soutiens

 

Le col­lec­tif 17 octobre 1961 regroupe Algérie au Cœur, Amal, l’ANPNPA (Association natio­nale des Pieds noirs pro­gres­siste et de leurs amis), Asali (Association de soli­da­rité des Algériens de l’Isère), ATLLAS (Association tis­ser les liens d’amitié soli­daires), le CIIP (Centre d’Informations Inter-Peuples), CSRA (Collectif de sou­tien aux réfu­giés algé­riens), Coup de soleil en Rhône-Alpes, le Mouvement de la paix, le Mrap (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) et Ras L’Front Isère.

 

Il a notam­ment le sou­tien des syn­di­cats CGT Isère, FSU, Solidaires Isère, des asso­cia­tions ACIP-Asado, l’ADAFL (Association dau­phi­noise des ami­tiés franco-liba­naises), AFPS (Association France Palestine Solidarité), l’Association isé­roise des amis des Kurdes, l’Association des Tunisiens de l’Isère, Attac Isère, le Cercle Bernard Lazare, Cercle Laïque, le CTNE (Collectif contre la traite négrière et l’esclavage), la Ligue des Droits de l’Homme (LDH), Ligue pour la défense des Droits de l’Homme en Iran (LDDHI),  LIFPL (Ligue inter­na­tio­nale des femmes pour la paix et la liberté) et le  Nuestra America.

 

Et enfin des orga­ni­sa­tions poli­tiques telles que l’Ades, EELV (Europe Écologie – les Verts), France insou­mise, Go citoyen­neté, le NRP, le MPA, Lutte ouvrière, le Parti de gauche 38, la Fédération de l’Isère ou encore le Réseau citoyen de Grenoble.

 

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Joël Kermabon

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