Gens du voyage : faute d’aire de grand passage, 80 familles ont fait étape au parc Bachelard

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FOCUS – Près de 120 caravanes, convoyant environ 80 familles de gens du voyage, se sont installées pendant près d’une semaine au parc Bachelard, après avoir investi durant trois jours le parc de la Poya, à Fontaine. Venus notamment du sud de la France, ces évangélistes effectuent leur migration estivale annuelle. Un rassemblement pacifique qui met en lumière l’absence actuelle d’aire de grand passage sur le territoire de la Métropole grenobloise.

 

 

Environ 80 familles de gens du voyage, issues de la mission évangélique AGP (Action grand passage), se sont installées depuis mardi au parc Bachelard, qu'elles doivent quitter ce dimanche.

Les gens du voyage ont investi les vastes pelouses de la par­tie ouest du parc Bachelard. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Chaque année, le phé­no­mène se repro­duit. La période esti­vale donne le coup d’envoi des grands pèle­ri­nages et migra­tions de gens du voyage, qu’ils soient catho­liques ou évan­gé­listes.

 

Des dizaines de cara­vanes sillonnent alors les routes hexa­go­nales, effec­tuant des haltes de plu­sieurs jours aux quatre coins de la France, au gré des pos­si­bi­li­tés d’accueil.

 

Naturellement, l’Isère et l’agglomération gre­no­bloise n’échappent pas à cette tra­di­tion. Quelque 80 familles de gens de voyage et 120 cara­vanes ont ainsi investi une par­tie du parc Bachelard, à Grenoble. En deux temps trois mou­ve­ments, un mini-vil­lage mobile et nomade s’est érigé sur les ter­rains en herbe joux­tant les allées du parc, en bor­dure de l’A480.

 

 

Le parc Bachelard, « la solution la plus simple »

 

Arrivés notam­ment d’Aix-en-Provence mais aussi du Loiret – où se tient un grand ras­sem­ble­ment annuel –, les membres de cette com­mu­nauté sont issus pour la plu­part d’une mis­sion évan­gé­lique, l’association AGP (Action grand pas­sage). Porte-parole offi­cieux du groupe, le pas­teur Tommy est atta­blé au milieu du ter­rain ce ven­dredi, à l’heure de l’apéritif, aux côtés de ses amis Gaston et Christophe et de leur famille. Ils relatent les péré­gri­na­tions les ayant menés au parc Bachelard, ces der­niers jours.

 

Environ 80 familles de gens du voyage, issues de la mission évangélique AGP (Action grand passage), se sont installées depuis mardi au parc Bachelard, qu'elles doivent quitter ce dimanche.

Le pas­teur Tommy (en polo bleu, au centre) est le porte-parole de cette mis­sion évan­gé­lique éma­nant de l’as­so­cia­tion Action grand pas­sage (AGP). © Manuel Pavard – Place Gre’net

 

Dimanche 8 juillet, la com­mu­nauté s’était en effet ins­tal­lée ini­tia­le­ment dans le parc de la Poya, à Fontaine. « Nous y sommes res­tés trois jours, jusqu’à mardi, mais le maire de Fontaine nous a demandé de par­tir à cause du feu d’artifice pro­grammé le ven­dredi 13 juillet dans le parc », raconte Tommy, qui tient cepen­dant à sou­li­gner les « très bons contacts noués avec le maire [Jean-Paul Trovero]. S’il n’y avait pas eu de feu d’artifice, on aurait pu y res­ter quinze jours, d’après la com­mune. »

 

Environ 80 familles de gens du voyage, issues de la mission évangélique AGP (Action grand passage), se sont installées depuis mardi au parc Bachelard, qu'elles doivent quitter ce dimanche.

La grosse cen­taine de cara­vanes s’est ins­tal­lée sur les ter­rains joux­tant les allées du parc, de l’autre côté des bar­rières. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Contraints de plier bagages mardi der­nier, en fin d’après-midi, les gens du voyage se sont alors repliés sur le parc Bachelard, à une poi­gnée de kilo­mètres. Alors que les abords d’Alpexpo ont été un temps évo­qués lors des dis­cus­sions avec les auto­ri­tés, le parc Bachelard s’est imposé de lui-même. « C’est com­pli­qué de dépla­cer 80 familles et c’était la solu­tion la plus simple, pré­cise Christophe, l’emplacement étant proche et dis­po­nible. »

 

 

« Les autorités n’ont pas respecté la loi »

 

Environ 80 familles de gens du voyage, issues de la mission évangélique AGP (Action grand passage), se sont installées depuis mardi au parc Bachelard, qu'elles doivent quitter ce dimanche.

Quelque 80 familles repré­sen­tant toutes les géné­ra­tions de gens du voyage ont entre­pris cette grande migra­tion esti­vale. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Les gen­darmes sont pas­sés régu­liè­re­ment et les repré­sen­tants des gens du voyage étaient « en contact chaque jour avec le média­teur de la pré­fec­ture », indique le pas­teur, qui n’omet pas de « remer­cier le pré­fet et le maire de Grenoble ».

 

Côté « rela­tions avec le voi­si­nage » – source de dis­corde récur­rente dans d’autres contrées –, il n’y a eu aucun souci notable, se féli­cite Gaston : « Ça s’est très bien passé, les gens com­prennent notre situa­tion. »

 

Il faut dire que la semi-illé­ga­lité de l’occupation du parc Bachelard est loin d’être vou­lue par les gens du voyage, assurent ces der­niers. « Si notre entrée ici a été tolé­rée, c’est parce qu’il manque une aire de sta­tion­ne­ment de grand pas­sage, explique le pas­teur Tommy. Comme c’est le cas dans pas mal de dépar­te­ments et de com­mu­nau­tés de com­munes, les auto­ri­tés n’ont pas res­pecté la loi. »

 

La loi « Besson 2 » du 5 juillet 2000 fixe en effet aux col­lec­ti­vi­tés des obli­ga­tions d’accueil des gens du voyage sur leur ter­ri­toire, pré­ci­sées dans un Schéma dépar­te­men­tal d’accueil des gens du voyage (SDAGV), éla­boré par le pré­fet en lien avec le pré­sident du conseil dépar­te­men­tal.

 

Environ 80 familles de gens du voyage, issues de la mission évangélique AGP (Action grand passage), se sont installées depuis mardi au parc Bachelard, qu'elles doivent quitter ce dimanche.

Les aires de grand pas­sage doivent pou­voir accueillir de 150 à 200 cara­vanes sur une sur­face d’au moins 4 hec­tares.

Outre les aires d’accueil per­ma­nentes, obli­ga­toires pour toutes les com­munes de plus de 5 000 habi­tants, ce docu­ment pré­voit pour chaque ter­ri­toire l’implantation d’aires de grand pas­sage (accueil tem­po­raire), qui relèvent désor­mais de la com­pé­tence de l’Établissement public de coopé­ra­tion inter­com­mu­nale (EPCI) et peuvent béné­fi­cier de sub­ven­tions éta­tiques.

 

 

La future aire, censée être opérationnelle pour avril 2019, pourra accueillir 200 caravanes

 

Pour la Métropole gre­no­bloise, à la traîne sur le sujet comme de nom­breuses inter­com­mu­na­li­tés, le pro­jet de créa­tion d’une aire de grand pas­sage devrait voir le jour pro­chai­ne­ment sur le site du Pont-Barrage, situé sur les com­munes de Saint-Égrève et du Fontanil-Cornillon. D’une super­fi­cie totale de 4 hec­tares, la future aire aura voca­tion à accueillir jusqu’à 200 cara­vanes, sur une durée de huit à quinze jours.

 

Si la déli­bé­ra­tion actant le lan­ce­ment des pro­cé­dures de Déclaration d’utilité publique (DUP) a été votée depuis jan­vier 2016 déjà, celles-ci suivent actuel­le­ment leur cours. Prévu à l’o­ri­gine pour l’été 2018, le pro­jet a pris un peu de retard. Le nou­veau SDAGV 2018 – 2024, évo­qué en conseil métro­po­li­tain le 6 juillet der­nier, se donne pour objec­tif de ter­mi­ner la réa­li­sa­tion de l’aire de grand pas­sage afin qu’elle soit opé­ra­tion­nelle pour avril 2019.

 

Le site du Pont-Barrage vu de Saint-Égrève. Source Wikimapia, CC BY-SA Virgile1994

Le site du Pont-Barrage (vu de Saint-Égrève), proche de la car­rière qui devrait deve­nir d’ici avril 2019 la nou­velle aire de grand pas­sage inter­com­mu­nale. © Wikimapia, CC BY-SA Virgile1994

 

Prochaine étape de leur grande migra­tion esti­vale : Annecy et la Haute-Savoie « où là, il existe plu­sieurs aires de grand pas­sage, note Tommy. Nous sommes atten­dus en début de semaine [16 et 17 juillet, ndlr] à Rumilly. »

 

 

Plusieurs dizaines de caravanes d’un autre groupe ont pris le relais lundi

 

Un départ après la finale de la Coupe du monde, donc, « car oui, nous sommes fran­çais », plai­sante Christophe, dont l’hu­mour ne masque pas l’i­ro­nie sous-jacente. Las des confu­sions inces­santes avec les Roms, cer­tains bran­dissent ainsi fiè­re­ment leur natio­na­lité fran­çaise en éten­dard : « Nous sommes fran­çais », répètent deux d’entre eux.

 

Une pos­ture qui n’est pas non plus exempte de contra­dic­tions car, comme le rap­pelle le pas­teur Tommy :  « Roms, Tsiganes, voya­geurs… A l’o­ri­gine, nous sommes tous issus du même peuple ! »

 

Ce lundi, le convoi de la mis­sion AGP avait bel et bien délaissé le parc Bachelard pour reprendre la route. Pourtant, leur départ ne sau­tait pas immé­dia­te­ment aux yeux, plu­sieurs dizaines de cara­vanes d’un autre groupe de gens du voyage ayant pris le relais ce même jour, pour s’ins­tal­ler au même endroit. Une situa­tion qui risque fort de se répé­ter jus­qu’à l’ou­ver­ture tant atten­due de l’aire de grand pas­sage…

 

Manuel Pavard

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