Un rassemblement contre Frontex dispersé par la police sur le campus de Grenoble

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REPORTAGE – Les militants de divers syndicats, collectifs et associations de soutien aux migrants se sont rassemblés sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, ce jeudi 22 mars dans l’après-midi. Leur objectif : protester contre la présence « d’acteurs de la militarisation des frontières » lors du colloque international sur Frontex qui se tient jusqu’à ce vendredi 23 mars à l’Université Grenoble-Alpes. Une mobilisation qui, commencée calmement, s’est vite terminée avec l’intervention de la police anti-émeute…

 

 

« Frontières partout, justice nulle part », « tout le monde déteste les frontières », ou encore « Frontex expulse, expulsons Frontex ». Tels étaient les slogans scandés par la centaine de militants qui s’étaient réunis sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, ce jeudi 22 mars, suite à l’appel lancé par différents syndicats, collectifs et associations* de soutien aux migrants.

 

Ils étaient plus de cents, selon les militants, à se rassembler pour protester contre le colloque sur Frontex qui se déroulait sur le campus universitaire, ce jeudi 22 mars. © Giovanna Crippa- Place Gre'net

Ils étaient plus de cents, selon les militants, à se rassembler pour protester contre le colloque sur Frontex qui se tient sur le campus universitaire ces jeudi 22 et vendredi 23 mars. © Giovanna Crippa- Place Gre’net

 

Mégaphone et banderoles à la main, ils s’étaient donné rendez-vous à 15 heures devant les portes verrouillées** du bâtiment d’Imag. C’est en effet dans cet édifice qu’en début d’après-midi le Centre d’études sur la sécurité internationale (Cesice) et le Centre de recherche juridique (CRJ) avaient inauguré la première journée du colloque international « De Frontex à Frontex : vers l’émergence d’un service européen de garde-côtes ». Le coup d’envoi d’une série de rencontres qui, entre conférences et débats, s’enchaîneront jusqu’à ce vendredi 23 mars au soir.

 

 

« Des technocrates et policiers » invités sur le campus

 

Parmi les invités ? Outre des enseignants et chercheurs provenant de toute la France, les organisateurs ont choisi « de faire intervenir des technocrates et policiers responsables de la militarisation des frontières », dénonce un jeune militant, en se faisant porte-parole de l’indignation collective. Et celui-ci d’étayer ses propos : « Frontex n’est qu’un moyen dont l’Europe se sert pour expérimenter les technologies de guerre sur les migrants. »

 

Commencée pacifiquement, le rassemblement s'est terminé avec l'intervention de la police anti-émeute © Giovanna Crippa- Place Gre'net

Commencé pacifiquement, le rassemblement a tourné court avec l’intervention de la police anti-émeute © Giovanna Crippa- Place Gre’net

L’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes disposerait en effet, selon les associations à la tête du rassemblement, « d’un arsenal militaire répressif et d’un outillage sécuritaire de haute technologie », souvent financés par « des sociétés privées ». Parmi celles-ci, Thalès, EADS, Finmeccanica, Lockheed Martin, ou encore Aerovision.

 

Raison pour laquelle les syndicats et collectifs isérois ont décidé de faire entendre leur voix. En ligne de mire : la présence au colloque d’Hervé Yves Caniard, le directeur de l’Unité des affaires juridiques de Frontex, ainsi que « la venue de Michel Quillé », ancien commissaire de police aujourd’hui aux manettes du projet Euromed Police IV. Entendez par là un programme lancé en 2016 afin de renforcer la coopération « sur les questions de sécurité » entre les pays du sud de la Méditerranée et les États membres de l’Union européenne.

 

 

Migrants et associations : les grands absents au colloque

 

« On regrette que les personnes réellement concernées par ces questions ne soient pas invitées », remarque par ailleurs un autre militant. Les grands absents de l’évènement ? Non seulement « les migrants et réfugiés qui risquent leur vie en mer pour rejoindre les côtes de l’Europe », mais aussi les « acteurs de terrain » engagés dans des missions d’aide et soutien aux réfugiés.

 

Les militants ont été évacués du bâtiment d'Imag par les forces de l'ordre. © Giovanna Crippa- Place Gre'net

Les militants ont été évacués du bâtiment d’Imag par les forces de l’ordre. © Giovanna Crippa- Place Gre’net

 

Seule l’intervention d’une représentante du monde associatif figure en effet dans le programme du colloque. En l’occurrence, celle d’une activiste de La Cimade (Comité inter-mouvements auprès des évacués) qui évoquera, ce vendredi après-midi, le rôle des ONG face au renforcement des contrôles aux frontières.

 

« Notre objectif est de parler de Frontex sous l’angle du droit, tout en prenant en compte différents points de vue » déclare pour sa part Romain Tinière, professeur de droit public à l’UGA et coordinateur du colloque. Qui se défend : « En plus de traiter les aspects institutionnels et juridiques de la question, dont la protection des droits fondamentaux de l’homme, nous cherchons également à porter un regard critique sur les actions de Frontex. »

 

Un propos contesté par l’un des militants. « Ce colloque peut servir à se questionner sur comment Frontex viole le droit, mais cela ne suffira pas, car il faut aussi dénoncer le problème politiquement », rétorque-t-il. Et une autre manifestante de renchérir : « Tant que l’Europe exportera la guerre, il y aura toujours des refoulements aux frontières, en rendant les passages de plus en plus dangereux et mortels pour les migrants. »

 

 

Une protestation pacifique… face à la police

 

« Comment cette université, qui accueille depuis décembre nombre de demandeurs d’asile aux Patio, peut en même temps accepter de dialoguer avec les responsables de Frontex ? », interrogent les manifestants. D’où leur décision de manifester leur dissentiment… en « s’invitant » dans la salle des conférences de l’Imag. Leur objectif : empêcher que le président d’Euromed Police ne prenne la parole.

 

© Giovanna Crippa- Place Gre’net

 

Une protestation non violente qui a duré juste le temps de scander quelques slogans… et de sortir une bombe de peinture pour écrire « Frontex tue » sur le mur. Quelques minutes après, l’action s’est en effet terminée avec l’intervention des forces de l’ordre en tenue anti-émeute.

 

 

Source : militant anonyme

 

« Ils nous ont bousculés pour nous forcer à sortir. Certaines personnes ont pris un coup de matraque dans le dos pendant qu’elles évacuaient alors qu’il n’y avait aucune violence et aucune animosité de leur part », relate, indigné, un jeune témoin. Entre temps, à l’intérieur du bâtiment Imag, le colloque a repris son cours normal.

 

Une jeune militante blessée lors de l’intervention de la police. © Giovanna Crippa- Place Gre’net

Au total, quatre personnes auraient été blessées, dont deux – dénoncent les militants – « ayant eu besoin de points de suture à la tête ».

 

Contactée, l’Université Grenoble Alpes a affirmé ne pas être responsable de l’envoi de la police. Une information démentie par la préfecture de l’Isère*** qui a tenu à préciser  que cette intervention n’avait pas été faite à son initiative mais bien à la demande de l’UGA.

 

Giovanna Crippa, correspondante à Saint-Martin-d’Hères

 

 

  • * RUSF38, Union départementale CNT 38, Clagi, Cisem, CIIP, Collectif hébergement logement, Survie Isère, Patate chaude, Dal38, Asti Annonay,et Solidaires Isère

 

** Si la première journée de conférences s’est déroulée à portes fermées, les rencontres de ce vendredi sont en revanche ouvertes au public.

 

*** Précision ajoutée le vendredi 23 mars à 13 h 50 suite à un appel de la préfecture de l’Isère.

 

 

FRONTEX EN BREF

 

Suite à une réforme en 2016, Frontex est devenue l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. Financé par l’Union européenne et les États membres, cet organisme dispose d’un budget en constante augmentation : soit 281 millions d’euros en 2017, contre 238 millions d’euros en 2016. Le personnel de l’agence devrait, lui aussi, augmenter progressivement. Actuellement, il est composé de 1 000 garde-frontières et de 1 500 réservistes.

 

« Frontex n’est qu’un moyen dont l’Europe se sert pour expérimenter les technologies de guerre sur les migrants », dénonce un militant. DR

Ses compétences principales ? Outre la coordination d’opérations en mer et aux frontières extérieures terrestres, l’agence fournit une assistance technique aux pays de l’UE confrontés à une forte pression migratoire, à travers le déploiement d’équipements techniques supplémentaires et de personnel spécialement formé.

 

De plus, dénoncent les associations, Frontex s’occupe de « l’interception des bateaux lors des tentatives de passage de mer » avec le conséquent « refoulement des personnes », de la mise en place d’interventions militaires, ou encore de l’« organisation de retours conjoints ».

 

« Contrairement à ce qui est parfois affirmé dans les médias, enchaînent-elles, le sauvetage ne fait pas partie des missions de Frontex et, quand il le fait, c’est par obligation du droit international. La majorité des sauvetages sont en réalité effectués par des ONG, la marine marchande ou des pêcheurs, souvent accusés de complicité d’immigration illégale ».

 

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Commentaires 7
  1. Ping : La Relève et La Peste

  2. Théo,

    Vous avez encore beaucoup à apprendre sur le débat démocratique.
    Oui, interrompre un colloque par une entrée en force et en nombre, en étant cagoulé et en taguant les murs est très violent et anti-démocratique.
    Si la forme et le fond de ce colloque ne vous plaisait pas, la vraie réponse démocratique aurait été d’organiser un contre-colloque au cours duquel vous auriez pu exprimer vos opinions et revendicationsen invitant qui vous vouliez.
    Il est tout à fait normal que les forces de l’ordre soient intervenues dans pareilles circonstances.

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  3. Mais le plus drôle c’est que FRONTEX n’existe plus depuis 2016, bande d’étudiants gnous ignorants!
    Etudiants! Diants! Diants!

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  4. C’est forcément l’UGA qui a demandé puisque la PN et la GN ne sont pas « autorisées » sur le Campus, qui a recours à des société de gardiennage privées pour patrouiller…
    Donc l’initiative ne vient pas de la préfecture, qui a forcément répondu à une demande, qui ne peut qu’émaner de l’UGA…
    Cela dit, notons l’imbécilité de ces étudiants qui dans une Université manifestent contre un colloque universitaire sur une agence exécutive de l’UE… Ah la connaissance et la liberté académique…

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  5. Ces gens se disent pacifiques et non violents? Ils entrent à une centaine, cagoulés, dans un bâtiment universitaire ou se tient un colloque (qui par ailleurs laisse place à l’expression d’avis divergents), déclenchent l’alarme pour perturber le tout, taguent un mur, menacent, intimident, dégradent du matériel… Et osent se plaindre d’une intervention policière musclée???
    Sinon entre parenthèse, imposer sa vision politique par l’intimidation, certains appelleraient ça du fascisme…

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    • Chère Camille.
      Entrer, voir interrompre un colloque par des chants serait donc pour vous une violence équivalente aux deux personnes blessées à la tête et hospitalisées ? Pour rappel, les forces de l’ordre n’ont pas la droit de faire usage de leur matraques en direction de la tête. J’étais présent lors de se rassemblement, l’ambiance était bonne enfant et je n’ai vu aucun acte de violence (ni de menaces) de la part des manifestants. Taguer un mur s’apparente peut être à de la dégradation mais il me semble osé de mettre sur un pied d’égalité des dégâts matériel (un mur !) et des dégâts humains (4 blessés selon l’article mais nous sommes nombreux à nous être pris des coups sans aucune raison pendant que l’on nous évacuait). Je passerai ici les insultes habituelles et le mépris des forces de l’ordre pour les manifestants qui ont accompagné cette évacuation. Dans cet exemple, qui intimide qui ?
      Quand à « l’expression d’avis divergents », vous êtes vous seulement renseigné sur les intervenants présents lors de ce colloque ? Seule la Cimade était présente (2h sur 2 jours de colloque). Une cinquantaine de personnes exilées sont logées sur la fac à environ 30 mètres du lieu du colloque. Il nous aurait semblé intéressant que cela puisse aboutir à une confrontation des points de vus ou, à minima, à une intervention de leur part et des associations/acteurs présent-es sur le terrain.
      Les intervenants et les forces de l’ordre ont du sang sur les mains. J’espère que vous y songez avant de prendre leur défense.

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      • Votre opinion cher Théo, on s’en fout un peu.
        Vous n’avez pas la moindre idée de ce dont vous parlez!
        Le mot « exilé » ne veut rien dire, rien! Aucune matérialité juridique!
        Rien à cirer des assoc’ prétendument de « terrain », parce que le terrain il est là bas, pas ici! Alors prenez vous par la main et allez faire du bien sur le terrain, genre au Sud Soudan, en Syrie etc.
        Allez y! On vous regarde!
        « Du sang sur les mains »? Mouhahahaha! Mais pauvre petit égotico-militant, c’est pas ça avoir du sang sur les mains!
        Bande de rigolos, de solidaires de salon…

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