Quelques militants et habitants devant le patio solidaire de l'UGA. © Clémentine Robert - Placegrenet.fr

Sur le campus de Grenoble, le Patio se transforme en « lieu de vie » pour les migrants

Sur le campus de Grenoble, le Patio se transforme en « lieu de vie » pour les migrants

FOCUS – Jeudi 11 janvier, le conseil d’administration de l’Université Grenoble Alpes a voté la prolongation jusqu’au 31 mars de l’accueil des migrants au sein du Patio. Hébergés sur le campus depuis début décembre, les demandeurs d’asile africains pourront donc rester dans les locaux jusqu’à la fin de la trêve hivernale. En attendant cette date-butoir, le collectif de soutien s’efforce de leur proposer un accompagnement administratif, juridique et médical, tout en améliorant leurs conditions de vie au quotidien.

 

 

L’action du collectif et des migrants a débuté par l’occupation, le 4 décembre, de l’amphithéâtre G. © Manuel Pavard – Place Gre’net

Après le maintien du Patio solidaire durant les vacances de Noël, la soixantaine de demandeurs d’asile hébergés depuis le 5 décembre dans ces locaux inutilisés du campus a pu célébrer une seconde victoire jeudi 11 janvier.

 

Réuni ce jour-là, le conseil d’administration de l’Université Grenoble Alpes (UGA) a en effet adopté à l’unanimité une motion en faveur de la prolongation jusqu’au 31 mars de l’accueil des migrants au Patio.

 

Cet « hébergement transitoire » est donc garanti « jusqu’à la fin de la trêve hivernale, avec maintien de la permanence de service assurée par [notre] établissement et poursuite de la médiation engagée avec les différentes associations, ONG et pouvoirs publics », précise le texte voté par l’Université. La présidence de l’UGA rappelle toutefois qu’elle « ne peut se substituer à la responsabilité de l’État » et demande la mise en œuvre d’une « solution pérenne » de la part de la préfecture et des collectivités locales.

 

 

Dépasser la fonction d’hébergement d’urgence du Patio

 

Les demandeurs d’asile, originaires du Soudan, d’Érythrée, de Guinée et d’autres pays africains, et les associations les soutenant en sont conscients : ils n’ont obtenu qu’un répit de deux mois et demi et il faudra poursuivre la mobilisation au-delà du 31 mars.

 

Mais au moins, « l’urgence liée aux possibilités d’expulsion a été dépassée », comme le souligne Laurianne Bouvet, enseignante-doctorante en espagnol et militante impliquée depuis le début de l’occupation au sein du collectif Patio Solidaire. Et depuis, ajoute-t-elle, « le lieu a pu commencer à s’organiser vraiment, que ce soit pour le fonctionnement, le ménage, la cuisine, l’hygiène ou la sécurité ».

 

L’urgence lié aux risques d’expulsion étant passée, les résidents peuvent désormais vivre leur quotidien plus sereinement. © Le Patio solidaire

 

Dans les faits, cela se traduit, entre autres, par « la mise en place d’un accompagnement administratif, juridique et médical, en relais avec les associations, d’un accompagnement pour les personnes souhaitant reprendre une formation, ou encore d’un atelier théâtre, d’une équipe de foot, de cours de français et d’alphabétisation. On va aussi essayer d’organiser des permanences psychologiques, en plus des permanences médicales assurées par Médecins du monde. » Des activités et “prestations” décidées notamment lors de réunions hebdomadaires des habitants, où sont traitées toutes les questions relatives au fonctionnement quotidien du lieu.

 

Les résidents ont installé une cuisine pour y préparer leurs repas. © Clémentine Robert – Place Gre’net

Objectif : dépasser la simple fonction d’hébergement d’urgence du Patio pour en faire un « véritable lieu de vie », explique Laurianne Bouvet. Selon elle, « la mise en place de cours de français, de la formation ou de l’accompagnement juridique [leur] a donné une vraie légitimité. On essaye de montrer à l’Université que les étudiants, très impliqués dans le soutien aux résidents du Patio, sont mobilisés. »

 

 

Intégrer des formations en tant qu’auditeurs libres

 

Cet activisme intensif de la part des militants associatifs et étudiants a permis d’obtenir le soutien de l’Université sur différents aspects. « Patrick Levy [président de l’Université Grenoble Alpes, ndlr] et moi discutons tous les deux ou trois jours avec le Patio. On ne perd pas le contact, ce qui est un facteur de réussite », indique Joris Benelle, directeur général des services (DGS) de l’UGA, qui se félicite que le collectif « respecte parfaitement les règles de fonctionnement ».

 

Parmi les avancées importantes, l’Université a donné son accord lundi pour l’attribution d’une « pièce attenante permettant d’assurer des formations, cours ou ateliers et constituer des dossiers ». Autre point « validé sur le principe : on étudie au cas par cas la possibilité pour certains migrants d’intégrer des formations en tant qu’auditeurs libres. »

 

Quelques militants et habitants devant le patio solidaire. © Clémentine Robert - Placegrenet.fr

Entrée du Patio, où les résidents souhaiteraient que soient installées des douches mobiles. © Clémentine Robert – Place Gre’net

 

Restait néanmoins à satisfaire une revendication de longue date des résidents du Patio, à savoir l’installation de douches. Jusqu’à présent, ces derniers étaient en effet contraints d’aller se doucher au Point d’eau (accueil de jour pour précaires et SDF), totalement saturé.

 

Médecins du monde, venu au Patio à la demande de l’UGA quelques jours avant le vote du conseil d’administration pour y évaluer les conditions d’hygiène et de sécurité, « a proposé des solutions et réussi à obtenir des financements pour l’installation de douches », affirme Laurianne Bouvet.

 

Pourtant, un point de désaccord subsistait à ce sujet : le Patio solidaire demandait la mise en place de douches mobiles mais « l’Université était un peu ambivalente sur la question, estime la militante. Patrick Levy est en train de rétro-pédaler car il a peur que, symboliquement, ça fasse du Patio un lieu pérenne. »

 

 

La Ville de Saint-Martin-d’Hères met à disposition des douches dans un gymnase

 

Joris Benelle ne conteste pas ces réticences mais fournit un autre motif, plutôt lié à des considérations de confort : « On ne voulait pas mettre de douches extérieures en “mode camp” avec des ballons, sans carrelage… » Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la solution qui a été retenue pour l’instant.

 

Le maintien jusqu’à la fin de la trêve hivernale a été voté le 11 janvier par l’UGA. © Clémentine Robert – Place Gre’net

À l’issue d’une réunion tenue ce mercredi après-midi, la présidence de l’UGA a ainsi obtenu « l’accord de la Ville de Saint-Martin-d’Hères pour la mise à disposition de douches dans un gymnase, plusieurs fois par semaine, avec des créneaux horaires ». Devançant les inévitables récriminations, le DGS précise que le gymnase n’est « pas situé très loin du Patio ».

 

En tout cas, Laurianne Bouvet l’assure, les résidents du Patio vont « travailler à ce que le lieu puisse se maintenir le plus longtemps possible ».

 

Car, et c’est une autre grande victoire que savourent migrants et militants, « le Patio est l’un des seuls lieux en France, avec Nantes, où l’occupation s’est transformée en un vrai lieu de vie autogéré ». Une occupation qui a « vocation à rendre visible un problème plus large : celui de l’accueil des migrants relevant des obligations de l’État ».

 

 

Manuel Pavard

 

 

APPEL A PARRAINAGE DES HABITANTS DU PATIO

 

Le collectif du Patio solidaire a organisé, le 12 janvier dernier, une formation sur le droit d’asile destinée aux militants et étudiants, en collaboration avec l’Ada, la Cimade, l’Adate et l’Apardap : celle-ci a permis de proposer des parrainages qui pérennisent et officialisent les liens tissés entre résidents et soutiens.

 

Nombre de résidents, qui ne peuvent bénéficier d’un accompagnement individualisé autre qu’administratif, juridique et médical au Patio, ont en effet exprimé le désir de trouver un parrain ou une marraine.

 

Le collectif, en collaboration avec l’Apardap, appelle donc tous les volontaires à se manifester, via le Facebook du Patio solidaire, en donnant leurs coordonnées pour parrainer ses résidents ainsi que d’autres exilés de l’agglomération grenobloise.
Pour les personnes intéressées, une intervention de l’Apardap à destination des futurs parrains et marraines et de leurs filleuls aura lieu au Patio solidaire ce dimanche 21 janvier, à 14 heures.

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Manuel Pavard

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