La pollution de l’air en hausse à Grenoble ? Retour sur une (fausse) fake news

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Le Grand challenge le plus grand parcours d

DÉCRYPTAGE – Grenoble à cœur fait-il fausse route en affirmant que la capitale du Dauphiné a régressé de sept ans en matière de pollution depuis la mise en œuvre du projet de piétonnisation CVCM ? « Fake news » répètent à l’envi le maire écologiste de Grenoble et les promoteurs du projet. Ou pour le dire en bon français : informations délibérément truquées… La démonstration de ce collectif d’habitants et de commerçants serait-elle bidonnée ? Analyse.

 

 

Grand oral d'Eric Piolle organisé par Sciences Po Grenoble : à mi-mandat, l'exercice devient plus périlleux.

Grand oral d’Eric Piolle © Patricia Cerinsek

Eric Piolle l’a dit et répété : les analyses de Grenoble à cœur sur la qualité de l’air sont des fake news. Autrement dit, de fausses informations.

 

Une accusation d’abord formulée lors du conseil de la Métropole le 10 novembre dernier. Le maire de Grenoble y a évoqué des « analyses de la pollution de l’air qui s’appuient malheureusement non pas sur des études scientifiques mais sur une sur-interprétation des chiffres, voire, dans le cas des chiffres qui ont été popularisés par Grenoble à cœur, des analyses carrément erronées des tableaux de base publics par ceux qui en ont la charge ».

 

 

Les fake news comme leitmotiv

 

Bis repetita lors du Grand Oral organisé par Sciences Po quatre jours plus tard. « Sur la hausse de la pollution, les informations diffusées sont des fake news », assénait le premier magistrat. Et tant pis si ses contradicteurs de la soirée – une étudiante et une professeur de droit – lui faisaient remarquer qu’il s’agissait là, projetées à l’écran, des données d’Atmo Air Auvergne-Rhône-Alpes, l’organisme chargé officiellement de mesurer la qualité de l’air…

 

Eric Piolle, lors de son interview pour Place Gre'net, 12 avril 2017. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'net

Le maire de Grenoble Eric Piolle, 12 avril 2017. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

 

Sur les réseaux sociaux, l’accusation est aussi revenue comme une rengaine. Notamment sur Twitter où le maire écologiste a été sacré le plus influent (comprendre actif et suscitant de l’engagement) de la région. L’occasion d’enfoncer le clou.

 

Twitter ? « Un moyen de tordre le coup aux fake news », s’était d’ailleurs félicité Eric Piolle auprès de France 3 Alpes. Oubliant un peu vite que c’est d’abord sur les réseaux sociaux que naissent et se propagent ces fausses nouvelles.

 

Également sur le banc des accusés, les médias qui ont relayé les informations de Grenoble à cœur. A commencer par Place Gre’net dont le travail si ce n’est l’éthique ont été publiquement mis en cause par quelques défenseurs du projet. Morceaux choisis :

 

 

 

De vraies données, une vraie analyse… mais « pas à la portée de tout le monde »

 

Fake news, le travail de ce collectif d’habitants et de commerçants en lutte contre le projet porté par la Métro de piétonniser davantage le centre-ville de Grenoble ? Non, selon Camille Rieux, le référent en Isère d’Atmo Air Auvergne Rhône-Alpes. « Ce ne sont pas des fake news », corrigeait-il déjà lorsque nous l’avions interpellé à ce sujet en amont du conseil métropolitain.

 

« Il s’agit là de vraies données avec une vraie analyse, avait expliqué Camille Rieux. Il n’y a pas d’erreur. La démonstration est intéressante scientifiquement, seulement elle n’est pas à la portée de tout le monde », affirmait l’organisme chargé de surveiller la qualité de l’air à Grenoble, dont l’indépendance ne peut être remise en cause.

 

Les analyses, qui s’appuient sur les chiffres issus des stations de mesures d’Atmo Air Auvergne Rhône-Alpes, sont signées de deux scientifiques du collectif, et notamment de son président. Dominique Grand n’a pas seulement été le directeur-adjoint du commissariat à l’énergie atomique (CEA), il est aussi docteur en physique de mécaniques des fluides.

[…]

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Commentaires 8
  1. ATTENTION COMMENTAIRE LONG. Merci à Place Grenet d’offrir plus que 280 caractères pour travailler le débat.

    Ah, cette bataille de chiffres qui fait rage et qui oublie l’essentiel du travail de CVCM. Je passerai sur l’analyse de GàC qui est rigoureuse (mais qu’en est-il de la météo ? Octobre a été particulièrement anticyclonique et comme par hasard la pollution a monté en flèche durant ce mois !), et qui a pour objectif de montrer ce qu’ils veulent, même avec une méthode exacte. Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage.

    L’enjeu du projet, c’est d’améliorer le cadre de vie et l’ambiance au centre-ville, et dans le même temps de favoriser le report modal sur TC et vélos. Comprenez : offrir plus d’espaces publics aux piétons (qui sont les consommateurs du centre-ville même venus en voiture) et aux TC et vélos.
    Pour cela, il n’y a pas beaucoup de possibilités. L’espace public étant contraint (par les alignements d’immeubles), il faut le réaménager car on ne peut l’aggrandir. Aujourd’hui, tous les spécialistes en urbanisme, mobilités etc (qui n’ont certes pas travaillé au CEA 😉 ) savent que lorsque l’on favorise une infrastructure de transport au détriment d’une autre, elle est plus attractive. Cela explique pourquoi le tout-voiture génère le traditionnel bouchon de Thanksgiving en amérique, sur des autoroutes de 16 voies.

    Or, actuellement c’est la voiture qui occupe 75% de l’espace public, pour environ 45% des déplacements en centre-ville de Grenoble (dont une grande partie sont des petits trajets, inférieurs à 3 km). Vous comprendrez bien que ce sont ces espaces bagnolo-réservés qui doivent être transformés pour laisser la place aux autres (piétons, TC, vélos), alors même que la dynamique de mobilité à Grenoble est à une augmentation des modes doux, et que le réseau TAG connait depuis des années une augmentation de fréquentation de l’ordre de 1 à 2% par an. Autrement formulé : la réduction de la place de la voiture est un moyen pour améliorer la ville et les autres modes de transport, et non une finalité en soi. Les détracteurs du projet formulent la chose dans l’autre sens («le projet est contre les automobilistes»). Est-ce une fake new aussi ?

    Si Grenoble à coeur est d’accord avec les intentions de la mairie, pourquoi désire-t-elle conserver une autoroute urbaine en pleine ville ? Leur contre-projet est peu intéressant d’un point de vue de l’urbanisme pour plusieurs raisons. la «simple» réalisation d’une piste cyclable sur Gambetta n’est pas pertinente pour les cyclistes car elle n’est pas intégrée au réseau Chronovélo imaginé par la Métro et qui compte 40 km de pistes sécurisées. De plus, pourquoi imposer un détour aux potentiels clients en vélos et pas aux 8 000 véhicules qui ne servent qu’au transit (et qui n’apportent rien aux commerçants du centre ville) ? Si cette piste est faite sans celle sur Rey Lyautey Sembat, il y a fort à parier que des conflits d’usage soient très fréquents.

    Signalons que des voies de bus séparées du trafic et des cycles sont la seule manière de rendre efficaces les lignes et de les rendre attractives. La preuve : selon la TAG, la C4 a connu 7% de fréquentation en plus depuis le site propre quasi intégral… GàC ne parle jamais de report modal, et ne propose rien pour l’encourager (du moins pas à ce que je sache).

    Enfin, GàC ne questionne la question de la pollution que sur l’enjeu du plan de la circulation. Mais rappelons que la première cause de la pollution automobile, C’EST LE TRAFIC AUTOMOBILE LUI MÊME ! Que propose GàC pour le réduire ? Il réduit déjà d’année en année, grầce aux efforts faits pour les TC, vélos et piétons. Cela contribue à la baisse de la pollution, ils l’admettent eux mêmes. Pourquoi ne pas continuer sur cette lancée alors ?

    J’ai récemment reproché à Place Grenet de voir le sujet CVCM de manière assez partiale/partielle. Aujourdĥui mon discours est plus modéré, grâce à la possibilité d’échanger avec eux. Cependant, je reste assez triste pour ne pas dire plus, de ne pas voir de débat de fond (de la part de tous, pas que des opposants ou des partisans) sur l’enjeu majeur qu’est cette sortie du tout-voiture dans nos métropoles pour en améliorer le cadre de vie. Rester aux chiffres de pollution, alors que rien ne prouve formellement de lien (ATMO : «il est impossible d’exclure un lien de causalité» ne veut pas dire «il est avéré», même si «tout le monde» peut observer une légère augmentation de la pollution).

    Pour défendre le commerce de proximité, GàC ferait mieux de faire des courbes prouvant l’effet des zones périphériques (du style cette bouse de Neyrpic) sur les commerces du Centre Ville. Pour cela, je les invite à se rendre à Albi, Nevers, Vierzon, Toulon, Saint Étienne (ou la voiture retrouve le centre mais où la FNAC part en périphérie) .

    Pour ma part, je m’interroge sur la qualité des espaces publics à venir (du béton encore et encore, pas de pavés) qui me semble bien plus importante que de ne plus voir passer des milliers d’autosolistes devant VH… De plus, il est essentiel de faire revenir la 6020 à la gare, et dans le même temps la 17, pour supprimer les reports de charge imposés à Verdun et Colonel Dumont (et rendre plus crédibles les TC face à la voiture). Le projet n’est pas parfait, mais il va dans la bonne direction, celle choisie par un grand nombre de villes dans le monde. Y compris la très juppéiste Bordeaux, qui a fermé l’un de ses principaux ponts au trafic automobile sans créer de cataclysme.

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    • PC

      24/11/2017
      22:40

      La politique, et le journalisme, ne se font pas sur twitter 😉 Merci pour ce certes long mais enrichissant commentaire qui met l’accent sur l’essentiel : le débat de fond, qui pour le coup s’est noyé dans la pollution. Proposition retenue.

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  2. Travailler à croiser et vérifier les informations avant de les publier, c’est devenu rare les journaux qui font du vrai journalisme. Vive l’information et bravo place Gre’net.

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  3. Correction: la dispense d’étude d’impact, c’est le Préfet de Region, dont dépend l’autorité environnementale, pas le préfet de l’Isère.

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  4. Le Dauphiné Libéré a t-il publié le droit de réponse envoyé par Grenoble à Coeur par LRAR selon la procédure suite à un article répercutant les propos du Maire?

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    • PC

      24/11/2017
      8:54

      Cette question ne nous concerne pas. Pour plus de précisions, merci de vous adresser au Dauphiné Libéré.

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