Marché place Saint-Bruno à Grenoble. © Muriel Beaudoing - placegrenet.fr

Saint-Bruno : “l’autre” centre-ville de Grenoble

Saint-Bruno : “l’autre” centre-ville de Grenoble

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FOCUS – A deux pas du centre-ville de Grenoble, la place Saint-Bruno reste à part. Si les habitants extérieurs au quartier la fréquentent peu, sauf parfois pour se rendre au marché, elle attire en revanche ceux des quartiers sud à la recherche de spécialités orientales difficiles à trouver ailleurs dans l’agglomération. Zoom sur ce “centre-ville alternatif”. 

 

 

 

Marché place Saint-Bruno à Grenoble. © Muriel Beaudoing - placegrenet.fr

Le mar­ché place Saint-Bruno à Grenoble. © Muriel Beaudoing – pla​ce​gre​net​.fr

Elle n’est qu’à quelques minutes de la gare et du centre-ville. Pourtant, dans l’es­prit de bon nombre de Grenoblois, la place Saint-Bruno reste excen­trée. Et ce n’est pas un hasard. Car, his­to­ri­que­ment, le quar­tier Saint-Bruno n’a jamais été asso­cié au centre-ville.

 

Autrefois, plu­sieurs grandes usines y étaient implan­tées et une bar­rière ins­tal­lée sur la voie fer­rée au niveau du cours Berriat sépa­rait ce quar­tier ouvrier du reste de Grenoble.

 

Cette bar­rière n’existe plus, mais la spé­ci­fi­cité de Saint-Bruno per­dure. « Quand on regarde la dis­tance qui le sépare de la place Grenette, on n’est pas loin… indé­pen­dam­ment de la dis­tance psy­cho­lo­gique », estime Françoise Lapierre, qui habite le quar­tier depuis 1953.

 

 

 

« On y rencontre surtout des hommes »

 

 

Le mar­ché Saint-Bruno attire certes un cer­tain nombre d’in­con­di­tion­nels, le matin du mardi au dimanche. Mais force est de consta­ter que peu de Grenoblois – en dehors de ceux qui y habitent – viennent flâ­ner ou prendre un verre sur cette place, comme ils le font natu­rel­le­ment sur les places Grenette, Sainte-Claire ou Notre-Dame.

 

« Je vais très rare­ment à Saint-Bruno, sauf à la pis­cine et quel­que­fois dans des res­tau­rants », recon­naît un habi­tant du quar­tier Championnet, situé à quelques minutes de là. « Je ne le trouve pas très cha­leu­reux. Il y a des quar­tiers plus attrayants », juge de son coté Lisa, autre Grenobloise du quartier.

 

Cafés place Saint-Bruno à Grenoble. © Muriel Beaudoing - placegrenet.fr

Terrasses place Saint-Bruno à Grenoble. © Muriel Beaudoing – pla​ce​gre​net​.fr

 

Quant à cette retrai­tée du quar­tier Europole qui affirme avoir l’ha­bi­tude d’emmener ses petits enfants au parc, elle recon­naît ne jamais aller boire un verre en ter­rasse. « Je ne vais pas sur la place, parce que l’on y ren­contre sur­tout des hommes », indique-t-elle. Une remarque récurrente.

 

 

 

Des idées reçues ?

 

 

De l’a­vis de beau­coup, le quar­tier a changé. Lucie, qui a fré­quenté le mar­ché Saint-Bruno quand elle était enfant, n’y va plus depuis très long­temps. « J’irais boire un verre s’il y avait des bars sym­pas et un peu plus d’ambiance et si on était sûr de ne pas se faire emmer­der quand on s’habille en jupe, par exemple. Et puis le soir, la popu­la­tion n’est pas ras­su­rante ! », confie la jeune femme.

 

Saint-Bruno Nassima Moujoud

Nassima Moujoud, maître de confé­rence à l’UGA. © Julien Deschamps

Des idées reçues pour Nassima Moujoud, maître de confé­rences en anthro­po­lo­gie à l’uni­ver­sité Grenoble-Alpes, qui s’est inté­res­sée à la ques­tion des femmes en rap­port avec l’im­mi­gra­tion. « Certains Grenoblois ne viennent pas à Saint-Bruno parce qu’ils en ont des repré­sen­ta­tions néga­tives, parce qu’ils vont aussi par­fois se sen­tir mena­cés. J’ai en effet ren­con­tré des jeunes femmes qui ne viennent pas sur la place car elles disent qu’elles pour­raient être vic­times de har­cè­le­ment sexuel mais il n’y a pas de rai­sons pour qu’il y ait plus de har­cè­le­ment ici qu’ailleurs ».

 

Alors ? Le har­cè­le­ment est-il plus sys­té­ma­tique à Saint-Bruno que dans d’autres quar­tiers de la ville ? Difficile à dire… Une chose est sure, la très forte pré­do­mi­nance des hommes sur les ter­rasses de la place Saint-Bruno dis­suade cer­taines femmes de s’y installer.

 

 

 

« C’est très cosmopolite »

 

 

Si Saint-Bruno attire peu les Grenoblois des quar­tiers centres, il s’im­pose de plus en plus comme une sorte de centre « alter­na­tif » pour les popu­la­tions venant du Sud de l’ag­glo­mé­ra­tion. En par­ti­cu­lier celles issues de l’im­mi­gra­tion, à la recherche de pro­duits orien­taux et asia­tiques qu’elles ne trouvent pas ailleurs. C’est le cas d’Ida, une Échirolloise de soixante-deux ans :

 

Fast food oriental à Saint-Bruno. DR

Fast food orien­tal à Saint-Bruno. DR

« Pour venir ici, il faut avoir un inté­rêt par­ti­cu­lier. En ce qui me concerne, je viens voir une amie qui a un res­tau­rant indien à Saint-Bruno. Je fais aussi des courses. Ce n’est pas très cher et il y a beau­coup de bou­tiques. C’est très cos­mo­po­lite, donc très inté­res­sant au plan humain. »

 

Une jeune femme accom­pa­gnée de son amie, toutes deux d’Échirolles, confirme : « Moi je suis arabe et il y a plein de pro­duits halal que je ne trouve pas ailleurs. Les prix éga­le­ment sont très attractifs. »

 

Rien d’é­ton­nant pour Bruno de Lescure, pré­sident de l’u­nion de quar­tier Saint-Bruno-Berriat, « Le com­merce fonc­tionne par accu­mu­la­tion. Les mêmes com­merces se mettent au même endroit pour atti­rer la même clien­tèle. Ce sont des logiques com­mer­ciales, com­munes aux centres com­mer­ciaux et aux quar­tiers traditionnels. »

 

 

Julien Deschamps

 

 

« BEAUCOUP DE GENS DÉBORDENT D’IDÉES… IL FAUT QU’ILS PUISSENT LES EXPRIMER »

 

Trois ques­tions à Maël Trémaudan, qui a pré­senté le 4 juillet der­nier un mémoire inti­tulé « Redécouvrir la place Saint-Bruno » en pré­sence d’ac­teurs du quar­tier, de la Ville et de la Métropole, dans le cadre de son Master à l’Institut d’ur­ba­nisme de Grenoble.

 

Saint-Bruno Maël Trémaudan

Maël Trémaudan, au bar Le Saint-Bruno. © Julien Deschamps

Quel était l’ob­jec­tif de votre mémoire ?

 

Mon objec­tif était de remettre à plat les usages sur la place Saint-Bruno. Beaucoup de Grenoblois vont au mar­ché et repartent après sans trop savoir ce qui s’y passe. Il y a un manque de com­mu­ni­ca­tion global.

 

Comment expli­quer le manque de vie sur cette place ?

 

Il y a un manque de pro­gram­ma­tions avec un espace rela­ti­ve­ment grand inuti­lisé. Pour la Fête de la musique par exemple, rien n’é­tait prévu. Idem pen­dant l’Euro, où il n’y avait pas d’é­cran pour voir les matchs. Or, beau­coup de gens débordent d’idées, en par­ti­cu­lier au centre social auto­géré Le 38, rue d’Alembert. Il faut qu’ils puissent les expri­mer. On pour­rait par exemple réduire le par­king qui accueille le mar­ché pour pou­voir mettre en action des ini­tia­tives sur cet espace libéré.

 

Quelles propositions faites-vous sur le plan de l’urbanisme ?

 

Il est impor­tant de gar­der le par­king et cette liberté de sta­tion­ne­ment pour que les gens puissent se rendre gra­tui­te­ment dans le quar­tier. Ensuite, pour atti­rer d’autres per­sonnes, il faut reprendre des ini­tia­tives qui se font ailleurs. Notamment construire du mobi­lier urbain dans des ate­liers à par­tir de maté­riel de récu­pé­ra­tion et en faire des bancs modu­lables dans le parc, à dépla­cer lors du mar­ché. Au-delà des repères que cela don­ne­rait aux per­sonnes exté­rieures au quar­tier, cela per­met­trait de créer un moment de co-construction.

Il y a notam­ment un espace com­plexe entre le parc et le par­king. C’est sombre, on trouve de vieux amé­na­ge­ments des années 1980. Il faut net­toyer tout ça.

 

 

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JD

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