Maud Tavel, adjointe à Grenoble en charge de l'administration générale et du personnel : difficultés budgétaires et comptes. Crédit Patricia Cerinsek

“L’endettement de la ville de Grenoble a dérapé à partir de 2012”

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TROIS QUESTIONS À – L’endettement de la ville de Grenoble ? Il aurait commencé dès 2012 – 2013. La hausse des dépenses de personnel ? 2012 aussi. Maud Tavel, adjointe en charge de l’administration générale et du personnel, revient sur les difficultés budgétaires qui ont conduit la ville à mettre en place un plan d’économies dans les services publics. Et pointe le manque d’anticipation de la précédente municipalité.

 

 

 

 

Dégradation de l’auto-financement, recours important à l’emprunt, ponction dans les réserves… Dans un courrier, le préfet a alerté le maire de Grenoble sur une situation qu’il juge « délicate ». Qu’en est-il ? 

 

 

Maud Tavel, adjointe à Grenoble en charge de l'administration générale et du personnel : difficultés budgétaires et endettement.

Maud Tavel, adjointe à Grenoble en charge de l’ad­mi­nis­tra­tion géné­rale et du per­son­nel. © Patricia Cerinsek

Il y a une situa­tion com­mune à toutes les col­lec­ti­vi­tés, c’est la perte de dota­tions de l’État. La dota­tion glo­bale de fonc­tion­ne­ment (DGF), qui était de 46 mil­lions en 2013, sera de 26 mil­lions en 2017. Cinq ans près, on a bien perdu 20 mil­lions d’euros.

 

L’annonce faite au Congrès des maires par François Hollande d’une baisse de moi­tié de la dimi­nu­tion de la dota­tion sur cette der­nière année 2017 fait que la baisse devrait être de 17 mil­lions d’euros. Maintenant, on attend… L’annonce reste encore à confirmer.

 

Dans le même temps, il y a eu la réforme de la fonc­tion publique et l’augmentation du point d’indice des fonc­tion­naires, gelé depuis 2010. Pour la ville de Grenoble, cette reva­lo­ri­sa­tion des salaires repré­sente entre 3 et 3,5 mil­lions d’euros en plus. On a donc gagné d’un côté ce que l’on a perdu de l’autre.

 

Et puis, il y a la situa­tion par­ti­cu­lière de Grenoble avec un niveau d’imposition parmi les plus éle­vés de France. On a très peu, voire pas de levier sur la fis­ca­lité. C’est aussi un choix poli­tique. Et on fait par­tie des cinq villes les plus endet­tées, sachant que le recours à l’emprunt est là pour finan­cer les inves­tis­se­ments de la com­mune et non pas le fonctionnement.

 

 

 

Le ralentissement des investissements comme le report ou l’annulation de projets tels l’Esplanade vous coupe aussi de recettes supplémentaires…

 

 

Le pro­jet Esplanade n’est pas annulé mais a été retra­vaillé avec la volonté de ne pas den­si­fier ce secteur.

Pour Cambridge, on tra­vaille depuis plus d’un an avec l’union de quar­tier sur un sec­teur, de l’autre côté de la voie fer­rée, qui accueillera dans deux ans une nou­velle école. Sur Flaubert, la com­mis­sion d’appel d’offres va se réunir pour choi­sir le concep­teur urbain. Et le pre­mier îlot entre en phase opérationnelle.

 

L'Esplanade du futur

L’Esplanade du futur

Mais, là, comme sur la Presqu’île, qui sont des Zac très impor­tantes, on a besoin de tra­vailler par sec­teur et de s’assurer qu’il y a bien une cohé­rence entre les dépenses enga­gées et les recettes. On est aujourd’hui dans une phase de tran­si­tion avec des pro­jets pas ter­mi­nés et qui ne génèrent pas encore de recettes fiscales.

 

Et puis, il faut être cohé­rent et en lien avec le mar­ché de l’immobilier. Sur Presqu’île, des entre­prises vont venir s’installer. Par contre, sur Bouchayer-Viallet, qui a démarré au milieu des années 2000, on souffre d’une réelle concur­rence de la Presqu’île. Et aujourd’hui, on n’a pas d’entreprises qui sou­haitent s’y implanter.

 

C’est de la res­pon­sa­bi­lité des élus que de s’assurer de la cohé­rence à l’échelle des ter­ri­toires et d’é­vi­ter qu’il y ait une concur­rence. C’est aux élus de s’assurer qu’une opé­ra­tion enga­gée puisse être menée au bout avant d’en démar­rer une autre, même si on sait que le temps de l’aménagement est un temps long et qu’on est aussi sou­mis aux aléas de l’économie.

 

 

 

En quelques années, l’épargne nette a dévissé. Elle était de 3,8 millions en 2013, avant de passer en négatif à – 458.000 euros en 2014, puis – 5,6 millions en 2015. Comment la Ville en est-elle arrivée là ?

 

 

Des inves­tis­se­ments très impor­tants ont été faits et ont été pra­ti­que­ment por­tés seul par la ville de Grenoble. Aujourd’hui, au regard de notre patri­moine immo­bi­lier, la col­lec­ti­vité n’a pas été en mesure de suf­fi­sam­ment entre­te­nir l’existant. On est face à une équa­tion un peu inso­luble : il faut à la fois entre­te­nir le patri­moine exis­tant, sou­te­nir le plan écoles et faire le choix de dimi­nuer le nombre de mètres car­rés dont la Ville est pro­prié­taire. Nous avons un peu moins de 9 000 m² de bâti­ments. C’est beau­coup trop important.

 

PiscineLesDauphinsJourneeSansServicesPublics

Piscine Les Dauphins lors de la jour­née sans ser­vices publics le 25 novembre 2015.

Quand la pis­cine des Dauphins a été actée, il était prévu que la pis­cine Iris soit fer­mée. Or, cet équi­pe­ment est resté un cer­tain temps en fonc­tion­ne­ment. Même chose pour la Halle de ten­nis… Au-delà du coût (passé de 4 à 12 mil­lions d’euros), quel deve­nir pour l’ancienne halle ? Cela n’a pas été anticipé.

 

C’est le cas aussi pour les deux biblio­thèques Hauquelin et Prémol. Ces équi­pe­ments étaient iden­ti­fiés depuis un petit moment comme étant très peu ouverts sur la semaine, avec des coûts de main­te­nance du patri­moine impor­tants. Là aussi, il y a un réel manque d’anticipation.

 

En fait, l’endettement de la col­lec­ti­vité a dérapé à par­tir de 2012 – 2013. Les dépenses de per­son­nel ont aussi for­te­ment aug­menté à par­tir de 2012. Elles étaient de 126,4 mil­lions d’euros en 2012, avant de pas­ser à 130,6 mil­lions en 2013, puis 137,2 mil­lions d’euros en 2014 ! En 2015, elles repré­sentent 137,9 mil­lions d’euros…

 

Maud Tavel, adjointe en charge de l'administration générale et du personnel à Grenoble, s'exprime au sujet de l'endettement.

Maud Tavel. © Patricia Cerinsek

Et cette aug­men­ta­tion ne peut pas seule­ment s’expliquer avec la mise en place de la réforme des rythmes sco­laires. Beaucoup de ren­forts ont été mis en place à cer­taines périodes de l’année, un cer­tain nombre d’heures sup­plé­men­taires aussi…

 

Dès 2014, on a ins­tauré les pre­mières mesures de sobriété*. Mais on a besoin d’aller plus loin. C’est dans cet objec­tif que le plan de sau­ve­garde des ser­vice publics a été mis en place : pour tra­vailler de manière plu­ri­an­nuelle, pour ne pas avoir chaque année ce cou­pe­ret de la pré­pa­ra­tion bud­gé­taire. Il faut un tra­vail de fond.

 

La réflexion est la même sur les équi­pe­ments. Ils ont été construits à une époque où le réseau de trans­ports, de pistes cyclables n’était pas le même que celui d’aujourd’hui, avec une ville qui s’inscrit désor­mais dans une métropole.

 

 

Propos recueillis par Patricia Cerinsek

 

 

* Le plan de sobriété a per­mis de faire des éco­no­mies de l’ordre de 1,4 à 1,6 mil­lion d’euros par an.

 

 

RACHAT DU SIÈGE DU CRÉDIT AGRICOLE : GABEGIE OU SOURCE D’ÉCONOMIES ?

 

 

Le rachat du siège du Crédit agri­cole est au centre de la réor­ga­ni­sa­tion du patri­moine bâti de la ville. Sera-t-il pour autant source d’économies ? « Le bâti­ment Claudel va nous per­mettre de libé­rer un cer­tain nombre de bâti­ments qui seront, soit cédés pour être trans­for­més en loge­ments ou bureaux, soit démo­lis », sou­ligne Maud Tavel.

 

Le rachat du siège du Crédit Agricole Sud Rhône-Alpes à Grenoble a-t-il accru l'endettement ? © Elodie Rummelhard - placegrenet.fr

Siège de la banque Crédit agri­cole Sud Rhône-Alpes à Grenoble. © Élodie Rummelhard – pla​ce​gre​net​.fr

Grenoble devrait pou­voir ainsi faire l’économie d’une dizaine de bâti­ments muni­ci­paux. Dans une réponse au groupe d’analyse métro­po­li­tain (Gam) qui s’interroge sur les condi­tions de rachat du siège du Crédit agri­cole*, la Ville, sur la base d’é­tudes réa­li­sées en 2014, estime la ces­sion des actifs ainsi libé­rés à 6 mil­lions d’euros.
Entre 550 et 600 agents de la Ville seront ainsi relo­gés dans le bâti­ment Claudel. La ville est en effet, depuis le 31 décembre 2015, pro­prié­taire du bâti­ment, moyen­nant 8 mil­lions d’euros d’emprunt.

 

Bâtiment qu’elle conti­nue de louer au Crédit agri­cole, pour 300 000 euros par an, le nou­veau siège de la banque n’étant pas livré avant fin 2017 – 2018. « Le rachat du siège n’est pas quelque chose de nou­veau, conti­nue l’adjointe. Les études avaient été enga­gées avant qu’on arrive par les ser­vices du Crédit agri­cole et la direc­tion de l’immobilier muni­ci­pal pour voir quelle était la capa­cité de ce bâti­ment, les tra­vaux réa­li­sés ces dix der­nières années… » Tous les tra­vaux impor­tants ont été réa­li­sés. Pas de sur­coût, donc. « On n’y est pas allé la fleur au fusil, se défend l’adjointe. On a fait le choix d’investir dans ce patri­moine pour regrou­per nos équipes. Avec la ligne de tram, on est à quatre ou cinq arrêts de l’Hôtel-de-Ville. Aujourd’hui, nos équipes, dis­sé­mi­nées à tra­vers la ville, uti­lisent des véhi­cules. Demain, elles uti­li­se­ront la ligne A ou les vélos. »

 

 

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Patricia Cerinsek

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