Comment des intermittents et précaires armés d’un gros crayon… ont fini au poste

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REPORTAGE – Une quinzaine de militants issus de la Coordination des intermittents et précaires de l’Isère, de l’Union syndicale précaires solidaires, et de Nuit debout Grenoble ont mené une action surprise, ce lundi 30 mai. Objectif : mettre la pression sur la CFDT et le Medef, qui doivent se prononcer sur le nouvel accord concernant les droits de l’assurance-chômage des intermittents du spectacle et précaires. Quatre militants ont fini au commissariat…

 

 

 

Lundi 30 mai 2016, les intermittents du spectacles et précaires démarrent leur action militante à la Bourse du travail © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Lundi 30 mai 2016, les inter­mit­tents du spec­tacles et pré­caires démarrent leur action mili­tante à la bourse du tra­vail. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Ce lundi 30 au matin, une quin­zaine de mili­tants issus de la Coordination des inter­mit­tents et pré­caires de l’Isère (CIP38), de l’Union syn­di­cale Précaires soli­daires et de Nuit debout Grenoble est bien déci­dée à mener deux actions reven­di­ca­trices et non-vio­lentes. L’une se déroule à la CFDT, à la bourse du tra­vail ; l’autre au Medef Isère.

 

Objectif de la manœuvre : mettre la pres­sion sur ces deux syn­di­cats, qui doivent se pro­non­cer, ces jours-ci, sur le nou­vel accord concer­nant les droits de l’assurance-chômage des inter­mit­tents du spec­tacle et précaires.

 

Or, la CFDT tout comme le Medef, sont en mesure d’op­po­ser leur droit de véto et de faire capo­ter l’accord qui a pour­tant fait consen­sus entre syn­di­cats des employeurs et syn­di­cats des sala­riés de la branche Spectacle, le 27 avril der­nier. Un fait raris­sime qui mérite d’être sou­li­gné. « Cet accord est his­to­rique », rap­pellent d’ailleurs à l’envi, les inter­mit­tents du spec­tacle et pré­caires. « Il pré­sente des avan­cées et de meilleures garan­ties pour les chô­meurs », considèrent-ils.

 

 

 

« C’est une vision de la société pour laquelle on se bat »

 

 

Lundi 30 mai 2016, les intermittents du spectacles et précaires démarrent leur action militante à la Bourse du travail © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Les inter­mit­tents du spec­tacles et pré­caires à la bourse du tra­vail. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Une jeune femme, Cléo, se qua­li­fiant de « tra­vailleuse pré­caire dans le milieu du spec­tacle », rap­pelle un point dont « les médias ne parlent pas assez ».

 

«  Nous ne défen­dons pas que nos inté­rêts ! C’est une vision de la société pour laquelle on se bat, un pro­jet glo­bal qui consiste à pro­té­ger les per­sonnes, dans un monde libé­ral sou­mis aux aléas du mar­ché. »

 

Le contrat à durée indé­ter­mi­née étant en voie de raré­fac­tion, le tra­vail tend en effet à deve­nir de plus en plus inter­mit­tent pour un nombre tou­jours plus grand de sala­riés. Aussi, cela ne fait pas l’ombre d’un doute, tant pour les mili­tants du CIP 38 que pour l’Union syn­di­cale des pré­caires soli­daires : « Cet accord peut ouvrir la voie à une meilleure pro­tec­tion des pré­caires de toutes les branches d’ac­ti­vité », plaident-ils.

 

 

 

La mascotte du jour : un gros crayon

 

 

Le hap­pe­ning com­mence dans les locaux de la CFDT. Lucien, mili­tant du CIP 38 est chargé du grand stylo plume : la mas­cotte du jour. Ce crayon doit sym­bo­li­que­ment per­mettre à un res­pon­sable de la CFDT Isère de signer un cour­rier (pré­paré par le CIP 38) deman­dant à la « com­mis­sion exé­cu­tive ainsi qu’au Bureau de la CFDT » de signer les nou­veaux droits à l’assurance-chômage des inter­mit­tents et pré­caires du spectacle.

 

Ce n’est pas gagné… car le res­pon­sable en ques­tion n’est pas dans les locaux, mais à Lyon. Et il s’avère bien dif­fi­cile de le joindre au téléphone.

 

Les militants du CIP 38, de l'union syndicale des précaires solidaires et de Nuit debout Grenoble occupent pacifiquement une salle de la CFDT, où des délégués CFDtiste sont en formation. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Les mili­tants du CIP 38, de l’Union syn­di­cale des pré­caires soli­daires et de Nuit debout Grenoble occupent paci­fi­que­ment une salle de la CFDT, où des délé­gués CFDtistes assis sont en for­ma­tion. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

 

Les mili­tants décident alors de squat­ter, le temps qu’il fau­dra, une salle où des délé­gués CFDTistes d’établissements du sec­teur santé et social sont en for­ma­tion toute la jour­née.  A défaut d’a­voir le res­pon­sable dépar­te­men­tal au télé­phone, Guillaume Paul, mili­tant du CIP38 et meneur de l’ac­tion, contacte par télé­phone Francis Gomez, l’un des admi­nis­tra­tifs de l’Union dépar­te­men­tale 38 de la CFDT.

 

La com­mu­ni­ca­tion du por­table mis sur haut par­leur est audible par tous. Rapidement, Francis Gomez intime l’ordre aux mili­tants de sor­tir de la salle de for­ma­tion… « Non !, lui rétorque Guillaume Paul. C’est le prin­cipe même d’un mou­ve­ment social ! Nous ne par­ti­rons pas tant que nous n’aurons pas eu au télé­phone ou vu le res­pon­sable ! »

 

 

 

« La numéro 2 de la CFDT ne peut pas supporter les intermittents ! »

 

 

Toujours pas de Lionel Picollet à l’ho­ri­zon. En l’absence du secré­taire géné­ral de l’Union dépar­te­men­tale de la CFDT, les mili­tants doivent se conten­ter d’un der­nier entre­tien télé­pho­nique avec… un ancien res­pon­sable de la fédé­ra­tion CFDT de la com­mu­ni­ca­tion, du conseil et de la culture. Quel poste occupe-t-il aujourd’­hui ? La liai­son télé­pho­nique est assez mau­vaise et on ne com­prend pas très bien. En revanche, à la sur­prise géné­rale, ce mili­tant affirme que – selon ses infor­ma­tions – la CFDT devrait accep­ter l’accord.

 

Guillaume Paul et Lisa Lehoux, tous deux militants au CIP 38. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Guillaume Paul et Lisa Lehoux, tous deux mili­tants au CIP 38. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

« Pouvez-vous nous confir­mer cette infor­ma­tion à 100 %, afin que nous puis­sions la trans­mettre à l’en­semble des CIP en France ? », tente Guillaume Paul. Le CDFTiste n’ira pas jusque-là.

 

Côté mili­tants, on pré­fère donc res­ter pru­dents : « Nous avons trop sou­vent été déçus pour y croire tout à fait. La numéro 2 de la CFDT ne peut pas sup­por­ter les inter­mit­tents. Selon elle, il fau­drait que nous sor­tions de Pôle emploi et que notre assu­rance-chô­mage soit prise en charge par le minis­tère de la Culture ! Mais on est des sala­riés comme les autres !  », s’a­gace le mili­tant caméraman.

 

 

 

« Un contrôle des papiers d’identité au nom de l’état d’urgence »

 

 

Une fois l’ac­tion à la CFDT ter­mi­née, les mili­tants quittent la bourse du tra­vail et se rendent vers leur deuxième des­ti­na­tion du jour : le Medef, 66 bou­le­vard Maréchal-Foch. Moins chan­ceux cette fois, ils trouvent porte close. Ils ont beau tam­bou­ri­ner à la porte, aucun inter­lo­cu­teur ne daigne leur ouvrir pour échan­ger avec eux. De guerre lasse, la bande de mili­tants paci­fistes décident de s’ac­cor­der une pause et de par­tir “débrie­fer” dans un kebab tout proche.

 

Lucien, militant du CIP 38 et son crayon. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Lucien, mili­tant du CIP 38 et son crayon.© Séverine Cattiaux – Place Gre’net

« Quatre cars de poli­ciers sont alors arri­vés dans la rue, témoigne Nathalie, l’une des mili­tantes du CIP 38. Des poli­ciers sont entrés dans le kebab. Ils ont pro­cédé à un contrôle des papiers d’identité, au nom de l’état d’urgence ! »

 

Et d’accuser le Medef d’avoir pré­venu la police. Quatre mili­tants, qui n’avaient pas leurs papiers d’identité sur eux, ont été emme­nés au com­mis­sa­riat. « C’est vrai qu’on était super dan­ge­reux avec notre crayon ! », iro­nise Nathalie. Bien qu’elle n’ait vrai­ment pas le cœur à rire…

 

 

Séverine Cattiaux

 

 

 

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Séverine Cattiaux

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