Fin du sursis : les familles roms du 113 à nouveau menacées d’expulsion

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REPORTAGE VIDÉO – Le sursis aura été de courte durée pour les familles roms qui squattent une maison appartenant à l’Église mormone de Grenoble. Leur expulsion, initialement prévue le 4 février, avait été différée par la préfecture de l’Isère, le temps nécessaire à la réalisation de bilans sociaux. Ceux-ci étant désormais terminés, les familles sont expulsables à tout moment à partir de ce mercredi 17 février.

 

 

 

Mobilisation devant le 113 cours de la Libération. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Mobilisation devant le 113 cours de la Libération. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Plusieurs dizaines de membres du collectif Stop expulsion et de sympathisants se sont à nouveau rassemblés, ce mardi 16 février, dans la cour d’une maison appartenant à l’église mormone de Grenoble.

 

Située au 113 cours de la Libération à Grenoble, la bâtisse est occupée depuis le démantèlement du camp Esmonin par quatre-vingts personnes d’origine rom, dont cinquante et un enfants, certains en très bas âge.

 

Menacés d’expulsion le 4 févier dernier, ceux-ci avaient pu bénéficier d’un répit, l’opération ayant été déprogrammée par la préfecture de l’Isère pour procéder à une série de diagnostics sociaux. C’est désormais chose faite. La procédure d’expulsion redevient ainsi imminente à compter de ce mercredi 17 février.

 

 

 

« Aucune solution de relogement »

 

 

Une remise à la rue a priori sans « aucune solution de relogement pour la majorité des familles concernées », selon le collectif. Ce dernier demande ainsi qu’aucune expulsion n’ait lieu avant la fin de la trêve hivernale, alors même que Nils Muiznieks, le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, s’inquiète vivement des évacuations contraintes de camps de Roms en France.

 


Reportage Joël Kermabon

 

 

« Nous n’avons qu’une parole ! »

 

 

Que s’est-il passé depuis le 4 février dernier ? Suite à la médiatisation de l’expulsion, l’Église mormone s’est fendue d’une mise au point. « Les Mormons n’ont pas demandé l’évacuation, nous n’avons qu’une parole ! », a déclaré Dominique Camels, le directeur de la communication de l’Église, dans les colonnes du Dauphiné Libéré du 8 février.

 

Une voisine est venue soutenir les familles. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Une voisine venue soutenir les familles. © Joël Kermabon – Place Gre’net

« Nous nous sommes engagés à les laisser, le temps de la trêve hivernale. Après, nous mettrons en œuvre notre projet de construction d’une église traditionnelle. »

 

Pour le collectif, c’est très clair : « Si l’expulsion a bien été demandée par le propriétaire, l’acharnement à l’effectuer en plein hiver vient lui, aujourd’hui, de la préfecture », s’indigne-t-il dans un communiqué.

 

« Nous exigeons l’absence d’expulsion avant le 31 mars, tel que l’a accordé le propriétaire, et que soient trouvées, d’ici là, des solutions de relogement pour ces familles sans cesse remises à la rue ». Le collectif n’en reste pas là. Il pointe « des politiques inutiles » et fustige « le harcèlement des pouvoirs publics à l’égard des familles qui entrave leurs projets d’insertion en France ».

 

Contacté, le service communication de la préfecture de l’Isère, confirme quant à lui que le report de l’expulsion « répondait à la nécessité pour les services de l’État de procéder à des études en matière de relogement et de recherche d’hébergements ». Questionné plus avant, il ne sera guère plus prolixe sur la reprise de la procédure d’expulsion, se contentant d’évoquer « une date non arrêtée ».

 

 

 

Les enfants scolarisés au centre des préoccupations

 

 

Outre le travail d’accompagnement réalisé sur place avec les familles par les associations membres du collectif Stop expulsion, des enseignants, des parents d’élèves ou encore des bénévoles faisant du soutien scolaire montent au créneau. Et s’inquiètent de la situation que pourrait générer une expulsion pour les enfants, tous scolarisés. Le conseil local de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) de la cité scolaire internationale d’Europole a quant à lui tenu à saisir le préfet de l’Isère.

 

De nombreux enfants parmi les occupants. © Joël Kermabon - Place Gre'net

De nombreux enfants parmi les occupants. © Joël Kermabon – Place Gre’net

« Grâce au travail des parents, des enfants, des professeurs et des associations qui les accompagnent, la scolarisation de Roxana, Izabela, David, Alex et Minodora à la Cité scolaire internationale Europole est un succès », se félicite-t-il dans une lettre ouverte.

« Il serait très pénalisant pour ces enfants d’interrompre l’apprentissage démarré et c’est la raison pour laquelle nous souhaitons que ces familles puissent rester hébergées dans le même secteur géographique. »

 

Audrey Bruchet, enseignante pour élèves allophones arrivants (UPE2A), s’adresse elle aussi aux services de l’État. Elle accueille dans sa classe « de nombreux enfants du 113 cours de la Libération, certains depuis plus d’un an ». Évoquant leur investissement et leur progrès, elle témoigne « de la volonté des familles d’offrir à leurs enfants la chance de poursuivre leur scolarité ».

 

L’enseignante est catégorique : « La stabilité qu’offre cette maison a permis aux enfants d’entrer dans une vraie dynamique d’apprentissage, témoignant chaque jour de leur plaisir d’aller à l’école et de leur enthousiasme pour apprendre ».

 

 

 

La France, mauvaise élève de l’Europe ?

 

 

Sur un autre registre, l’incontournable Jo Briant, porte-parole de la Coordination iséroise de solidarité avec les étrangers migrants (Cisem), homme de tous les combats, de toutes les causes, a également interpellé le préfet de l’Isère dans une lettre ouverte. Le militant rebondit sur l’avertissement adressé à la France par Nils Muiznieks, le commissaire aux Droits de l’homme du Conseil de l’Europe.

 

Au centre, à l'arrière-plan, Jo Briant. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Au centre, à l’arrière-plan, Jo Briant. © Joël Kermabon – Place Gre’net

« Pourquoi vous le cacher : nous sommes très nombreux […] à avoir honte que notre pays, présenté souvent comme le pays des droits de l’Homme, traite ainsi des populations démunies », s’indigne le porte-parole. Plus solennellement, ce dernier conjure le préfet de ne pas procéder à une évacuation forcée d’ici le 31 mars prochain.

 

« Cela pourrait ainsi vous laisser le temps de chercher, en lien avec les collectivités locales, une solution de relogement », suggère-t-il.

 

Et de conclure : « Nous ne doutons pas que vous prendrez la mesure de cette exigence humanitaire impérative et, qu’au minimum, vous prendrez la décision de surseoir à toute décision d’expulsion. »

 

 

Joël Kermabon

 

 

 

Les associations impliquées

 

École de la paix – École ici et maintenant – Collectif Hébergement logement – Mort de rue Grenoble – Collectif Patate chaude – Ras Le Front Isère – Fédération de l’Isère de la Ligue des Droits de l’Homme – RESF Voiron – RESF Stendhal – Cisem – Centre d’information inter-peuples – Comité de soutien aux réfugiés algériens – Droit au logement 38 –  Fnars Rhône-Alpes – Associations unies Isère alerte – Apardap – La Pastorale des migrants – la Cimade – Agir alternatif – Le conseil local FCPE de la CSI Europole

 

 

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Commentaires 3
  1. j’ai appris par une amie, qu’il ne faut surtout pas dire que la préfecture est xénophobe. Je voudrais savoir quel adjectif adéquat il convient d’employer dans ce cas précis où l’expulsion immédiate vient non pas du propriétaire des lieux mais de la préfecture.
    Merci

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  2. M.

    17/02/2016
    18:48

    D’autres signataires se sont ajoutés depuis l’écriture du communique et son premier envoi : La Pastorale des Migrants, la CIMADE, Agir Alternatif, Le conseil local FCPE de la CSI Europole.
    Merci s’il vous est possible de les ajouter.
    Emmanuelle, en soutien aux familles du 113

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