Station de Chamrousse : le projet d’extension déclenche la mobilisation

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FOCUS – La commune de Chamrousse envisage d’étendre son domaine skiable en équipant le vallon des Vans qui domine la station. Un projet portant sur un espace protégé et classé qui déclenche les foudres de nombreuses associations d’usagers de la montagne. Celles-ci appellent à manifester, sur place, le 13 mars 2016 contre une « appropriation de la nature » qu’elles estiment dictée « par des intérêts économiques à courte vue ».

 

 

 

Voie normale du Grand Van depuis Casserousse - DR

Voie normale du Grand Van depuis Casserousse – DR

Nombreux sont les amoureux de la montagne à avoir un jour chaussé des skis de randonnée pour “faire” le grand Van,  culminant à 2.248 mètres au-dessus de Chamrousse, via la combe des Vans.

 

A deux pas de l’agglomération grenobloise, ce domaine encore vierge reste en effet un terrain d’aventure très apprécié pour l’initiation et l’apprentissage de la montagne sauvage, tant en été qu’en hiver. Une situation qui pourrait bientôt changer. Et pour cause : des pylônes de télésiège ou autres remontées mécaniques risquent de faire leur apparition au milieu de ce paysage exceptionnel.

 

 

 

« Une manière de peindre en vert le projet »

 

 

Les Vans. © Vincent Neirinck - Mountain Wilderness

Les Vans. © Vincent Neirinck – Mountain Wilderness

Fin octobre 2015, la municipalité de Chamrousse affirmait réfléchir à un projet d’équipement afin d’étendre son domaine skiable et de dynamiser son offre touristique. Elle évoquait notamment l’aménagement du secteur des Vans, l’estimant « apte à s’inscrire dans une logique de transition énergétique, économique et écologique, dans l’esprit de la Cop21 », comme le rapportait Montagnes Magazine le 29 octobre dernier.

 

« C’est une manière de peindre en vert le projet, mais personne n’est dupe », lance Vincent Neirinck, codirecteur de l’association Mountain Wilderness.

 

Pourquoi un tel projet, alors que la station de Chamrousse – du fait de son altitude – résiste bien aux aléas climatiques et notamment à la réduction de la période d’enneigement ? Les élus chamroussiens n’en démordent pas. Ils ont dans l’idée qu’aller chercher la neige deux cents mètres plus haut pourrait régler les problèmes de baisse de la fréquentation et, partant, de concurrence commerciale avec leur voisin des Sept Laux. Ce que Vincent Neirinck veut bien entendre mais en y apportant quelques réserves…

 

 

Bien qu’aucun projet ne soit encore lancé, un cabinet d’experts aurait d’ores et déjà été missionné et des études devaient démarrer dès ce début d’année 2016.

 

Autant dire que l’annonce de Philippe Cordon, le maire de Chamrousse, a fait l’effet d’une douche froide à de nombreuses associations de ski, d’usagers de la montagne et de défense de l’environnement. Ces dernières, vent debout, expriment leur mécontentement et appellent à une mobilisation le dimanche 13 mars* sur le lieu concerné « pour défendre le vallon des Vans et porter la voix d’une montagne plurielle, vivante, espace de ressourcement pour aujourd’hui et pour demain ».

 

Sollicitée pour s’exprimer sur ses choix d’aménagement, la municipalité de Chamrousse n’a pas donné suite à notre requête.

 

 

 

Le déclassement du site : une procédure lourde et compliquée

 

 

Le site naturel du vallon des Vans est classé au titre de la loi paysages et, du fait de sa grande biodiversité, également placé en zone Natura 2000 depuis 2002. De plus, il se situe dans le périmètre du futur parc naturel régional sur le territoire de Belledone actuellement en phase de préfiguration.

 

Vincent Neirinck. © J-Pierre Courtin

Vincent Neirinck. © J-Pierre Courtin

 

Le Vin des Alpes à la maison : on vous écoute, on sélectionne vos bouteilles, vous êtes livré à vélo le jour même jusqu

S’agissant d’un site doublement, voire triplement protégé si l’on considère le projet de parc naturel, rien n’est donc gagné pour la municipalité de Chamrousse, loin s’en faut.

 

Ce que ne manque pas de pointer Vincent Neirinck. « La commune de Chamrousse aura deux verrous à lever : la question environnementale et paysage, avec Natura 2000, et le site classé. Ce sera une procédure lourde et compliquée ».

 

 

Et le codirecteur de Mountain Wilderness de poursuivre : « Cela nécessiterait le déclassement du site après validation du conseil d’État et du ministre, si toutefois preuve est faite de l’absence d’impact du projet sur le milieu naturel, ce qui me semble vraiment problématique. Les travaux à engager seraient tels qu’ils seraient incompatibles avec le maintien de la protection », affirme-t-il.

 

 

 

 « Faire des aménagements de ce type, ce n’est pas sérieux »

 

 

« Essayer de tracer des pistes dans le vallon, c’est détruire ce site, ce n’est pas acceptable », s’insurge Pierre Mériaux, conseiller municipal à Grenoble délégué au tourisme et à la montagne. « C’est évident que dans le vallon des Vans il y a un peu plus de neige que plus bas mais ce n’est pas comme ça qu’on doit affronter la question du dérèglement climatique ! »

 

Pierre Mériaux. © Séverine Cattiaux

Pierre Mériaux. © Séverine Cattiaux

Un projet d’autant plus incompréhensible, selon l’élu, que la combe des Vans est intégrée dans le projet de parc naturel régional de Belledone. « Cette initiative est contradictoire avec la volonté de tout le territoire de Belledone d’implanter un modèle de développement beaucoup plus orienté sur le développement soutenable, notamment le tourisme quatre saisons », explique-t-il.

 

Et d’enfoncer le clou, s’étonnant d’une telle démarche alors même que Chamrousse « a développé un projet intelligent pour refonder la station et affronter la question de la précarité énergétique » à travers les objectifs fixés par sa Charte du développement durable.

 

Pour Pierre Mériaux, la question qui est posée est celle du modèle du ski industriel que la France a développé. Un modèle confronté au changement climatique qui va – qu’on le veuille ou non – avoir un impact très fort sur les Alpes. « C’est pour cela que faire des aménagements de ce type n’est, à mon sens, pas sérieux. C’est une vue à court terme au regard de l’énormité de tout ce qu’il y aurait à faire. »

 

Pour ce dernier, il serait beaucoup plus pertinent d’aider les territoires à trouver des modèles de résilience, de résistance aux changements climatiques plutôt que d’imaginer des solutions technologiques qui détruisent la nature.

 

 

Joël Kermabon

 

* L’article a été modifié le 5 février, le rassemblement initialement prévu le 7 février ayant été reporté au 13 mars 2016 à cause de mauvaises prévisions météorologiques. .

 

 

Deux pétitions et vingt associations signataires de l’appel à manifester

 

Une vingtaine de clubs de montagne et d’associations de protection de la nature sont opposées au projet de la municipalité de Chamrousse et ont fortement réagi. Deux pétitions, ayant d’ores et déjà rassemblé, au total, près de 3.000 signatures, sont en ligne sur les sites Mesopinions.com et Change.org.

 

Associations signataires de l'appel. © MNEI

Mountain Wilderness, FRAPNA Isère, Dauphiné Ski Alpinisme,  Grenoble Escalade Montagne Ski Alpinisme, École des Sports de Montagne de l’Université de Grenoble, Volopress, Commission Internationale pour la Protection des Alpes France,  Grenoble Université Club Escalade Montagne,  Meylan Ski de Rando, Société des Touristes du Dauphiné,  ASPTT Grenoble, LPO Isère,  Grenoble Université Montagne,  FFME CD38,  FFCAM CD 38,  Association de Défense des Habitants et de l’Environnement de Chamrousse, Coordination Montagne, Groupe Universitaire de Montagne et de Ski- Paris, CIHM, Grès Calcaire Neige. © MNEI

Par ailleurs, vingt associations appellent à manifester au sommet des Vans le dimanche 13 mars à 13 heures « dans le calme et la sérénité avec banderoles, humoristiques ou militantes, et dans le respect de l’environnement ».

 

 

 

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