Grexit Sortie de l'euro par la Grèce

L’euro, la Grèce et la démocratie

L’euro, la Grèce et la démocratie

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

BLOG ÉCONOMIE – L’échec des négo­cia­tions entre la Grèce et ses créan­ciers est un révé­la­teur de l’architecture défaillante de l’euro et d’un recul de la démocratie.

Les res­sorts de la mon­naie sont avant tout poli­tiques. C’est le cas de l’euro. N’oublions pas que la déci­sion de sa créa­tion doit beau­coup à la chute du mur de Berlin. Certes, le pro­jet de mon­naie unique fai­sait par­tie des nom­breux chan­tiers euro­péens. Mais tout s’est accé­léré un jour de jan­vier 1990, lors d’une ren­contre entre Helmut Kohl et François Mitterrand, dans la rési­dence de ce der­nier, à Latche.

Dessin de Fritz Wolf avec François Mitterrand et Helmut Kohl soufflant ensemble dans un trombone Europa Union : « Wenigstens zwei, die ins selbe Horn blasen » - Das deutsch-französische Zusammenwachsen.- Osnabrück 2009, S. 24

François Mitterrand et Helmut Kohl souf­flant ensemble dans le même cor : « Wenigstens zwei, die ins selbe Horn bla­sen » – Das deutsch-franzö­sische Zusammenwachsen.- Osnabrück 2009, S. 24

Le pré­sident fran­çais, expri­mant ses craintes à pro­pos de la réuni­fi­ca­tion alle­mande, obtint l’engagement du chan­ce­lier alle­mand de créer une mon­naie euro­péenne. Pas ques­tion, tou­te­fois, pour l’Allemagne, de par­ta­ger la mon­naie avec des pays latins, peu enclins à l’orthodoxie moné­taire et bud­gé­taire, à n’importe quelle condi­tion. Le deal franco-alle­mand débou­cha alors sur la mon­naie que nous connais­sons aujourd’hui. L’euro, pilier de la construc­tion euro­péenne, était lancé, sur le modèle du mark allemand.

Politique et mon­naie euro­péenne tou­jours indissociables

Vingt-cinq ans plus tard, poli­tique et mon­naie euro­péenne res­tent indis­so­ciables. Les diri­geants des pays de la zone euro et la Troïka (FMI, BCE, Commission euro­péenne) ont feint de l’ignorer, la semaine der­nière, en cher­chant à impo­ser au gou­ver­ne­ment grec un nou­veau volet de réformes « pure­ment éco­no­miques », mais incom­pa­tibles avec le pro­gramme sur lequel Syriza avait rem­porté les élec­tions, en jan­vier der­nier. Le Premier ministre grec a alors répli­qué en réin­tro­dui­sant le poli­tique : expli­quant qu’il n’avait pas le man­dat pour signer un tel accord, il a décidé de sou­mettre le « plan d’aide » à son pays au référendum.

L’Eurogroupe ne l’entend pas de cette oreille : deman­der l’avis du peuple grec, vous n’y pen­sez pas ! Les dis­cus­sions reprennent alors, mais sans le repré­sen­tant grec. L’assistance finan­cière est sus­pen­due. La Grèce, ber­ceau de l’Europe et de la démo­cra­tie, est som­mée de renon­cer à l’utilisation du plus basique des ins­tru­ments démo­cra­tiques : le référendum !

Ce n’est pas la pre­mière fois que réfé­ren­dum et Europe ne font pas bon ménage. En 2011, un autre Premier ministre grec, Georges Papandreou, avait dû renon­cer à un réfé­ren­dum sur un accord avec Bruxelles, avant de lais­ser sa place… Les Français, quant à eux, se sou­viennent des pro­lon­ge­ments du non au réfé­ren­dum de 2005 sur le traité de Lisbonne : les par­le­men­taires avaient voté en congrès la modi­fi­ca­tion de la consti­tu­tion préa­lable à sa rati­fi­ca­tion, impo­sant alors au peuple fran­çais le traité qu’il avait rejeté.

Une crise de l’euro prévisible

Avec le grexit, le carac­tère irré­vo­cable de la mon­naie unique vole en éclat. Quels que puissent être les griefs rete­nus contre la gou­ver­nance grecque, il serait sim­pliste de lui impu­ter l’entière res­pon­sa­bi­lité de la crise de l’euro à venir. Car celle-ci était pré­vi­sible, pour deux raisons.

EuroGrexit

Tout d’abord, l’euro est une mon­naie incom­plète qui ne peut fonc­tion­ner effi­ca­ce­ment sans fédé­ra­lisme bud­gé­taire. Lorsqu’on par­tage la même mon­naie, des trans­ferts bud­gé­taires sont néces­saires entre les dif­fé­rents ter­ri­toires pour com­pen­ser les dés­équi­libres macroé­co­no­miques. Monnaie unique et union bud­gé­taire vont de paire. Ceci implique un mini­mum d’union poli­tique et de soli­da­rité finan­cière. On en est bien loin ! L’euro, mon­naie com­plète, n’est pas pour demain.

Ensuite, la solu­tion de l’austérité, choi­sie en Europe pour dépas­ser la crise finan­cière glo­bale, a eu des effets catas­tro­phiques sur l’emploi, la crois­sance, le pou­voir d’achat. Pire, les dettes publiques ont aug­menté alors que l’austérité est cen­sée les réduire ! L’obstination à main­te­nir ces poli­tiques éco­no­miques inef­fi­caces a viré à la tyran­nie. D’où la ran­cœur accu­mu­lée et la mon­tée des extrêmes sur le plan politique.

L’euro est le pilier de la construc­tion poli­tique de l’Europe. Sa péren­nité peut-elle être assu­rée au prix d’un renon­ce­ment aux prin­cipes les plus élé­men­taires de la démocratie ?

Jean-François Ponsot

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

J-F. Ponsot

Auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

A lire aussi sur Place Gre'net

A l'occasion de la fête des Tuiles, les bibliothécaires de Grenoble en lutte comptent une fois de plus dénoncer le plan d'austérité de la Ville.
En paral­lèle de la fête des Tuiles, une contre-fête contre l’austérité

La troisième fête des Tuiles, samedi 10 juin, s'annonce animée. Aux traditionnels stands et animations prévus sur les cours Jean-Jaurès et Libération devrait venir se Lire plus

Le plan d'économies de l'université de Grenoble se traduira par une réduction du personnel (d'une centaine d'emplois) et 10 000 heures de cours de moins.
L’Université Grenoble-Alpes se serre la cein­ture… sur son personnel

FOCUS - Confrontée à un déficit grandissant, l’Université Grenoble-Alpes a, pour tenter de redresser la barre, voté un plan d’économies de 13 millions d’euros. Une centaine Lire plus

Agence de la Banque de France à Grenoble. © Joël Kermabon - Place Gre'net
Santé des entre­prises : un bilan 2016 en demi-teinte selon la Banque de France

FOCUS - Alors que la Banque de France dévoile en ce début d'année les résultats de son étude annuelle portant sur la santé économique des secteurs Lire plus

Bruxelles n'a pas réussi à faire consensus autour de sa définition des perturbateurs endocriniens, en vue d'une réglementation. La faute aux lobbys ?
Pierre Moscovici répon­dra aux ques­tions des Grenoblois ven­dredi 10 février

Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières, sera à Grenoble ce vendredi 10 février. Après la visite de plusieurs entreprises, il répondra aux questions Lire plus

Conseil municipal à Grenoble placé sous surveillance policière renforcée lundi 18 juillet 2016. Le plan d'économies sur les services publics au coeur de la contestation.
Conseil muni­ci­pal : les mani­fes­tants res­tent à la porte, les oppo­si­tions la claquent

REPORTAGE MULTIMÉDIA - Les portes claquent au conseil municipal de Grenoble. Pour une partie du public qui n'a pu assister aux débats du dernier conseil avant Lire plus

A la rentrée 2017, neuf nouvelles classes ouvriront dans les écoles maternelles et primaires de Grenoble,selon les services de l’Éducation nationale.
Santé sco­laire : la pilule de la remise à plat passe mal à Grenoble

DÉCRYPTAGE - À Grenoble, le service municipal de santé scolaire sera l'un des plus touchés par les mesures d’économies. Mais au-delà des suppressions de postes, et Lire plus

Flash Info

|

13/05

10h40

|

|

12/05

17h19

|

|

11/05

11h58

|

|

10/05

17h19

|

|

10/05

12h06

|

|

10/05

10h08

|

|

09/05

12h05

|

|

06/05

20h04

|

Les plus lus

A écouter| Chronique Place Gre’net – RCF épi­sode 30 : « Les élec­tions légis­la­tives en Isère »

Fil info| Législatives : le mou­ve­ment Renaissance, ex-LREM, repré­sente sept dépu­tés sur ses dix can­di­dats en Isère

Abonnement| Burkini à Grenoble : les oppo­sants à la déli­bé­ra­tion mul­ti­plient tri­bunes et péti­tions, à l’ap­proche du conseil muni­ci­pal du 16 mai 2022

Agenda

Je partage !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin