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Grenoble : les antipub affichent leur satisfaction

Grenoble : les antipub affichent leur satisfaction

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FOCUS – Elles voulaient être entendues des politiques. Elles voulaient que l’affichage publicitaire soit strictement régulé. Le maire de Grenoble a répondu au-delà des attentes des associations antipub et de protection de l’environnement en renonçant à la redevance du numéro un mondial de l’affichage JCDecaux. État des lieux.

 

 

 

© RAP

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Coup de ton­nerre dans les mou­ve­ments anti­pu­bli­ci­taires et de pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment. Un vent se lève. A par­tir de mai 2015, l’es­pace public géré par la ville de Grenoble sera com­plè­te­ment libéré de l’emprise publi­ci­taire. De quoi chan­ger le pay­sage urbain et peut-être, aussi, le regard porté sur la publicité.

 

 

Engagements tenus à Grenoble

 

 

© Joël Kermabon – Place Gre’net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

« C’est clair qu’à Grenoble, en ne renou­ve­lant pas le contrat avec JCDecaux, cela réduit le nombre de publi­ci­tés pour per­mettre plus d’ex­pres­sion citoyenne » se féli­cite Khaled Gaiji, porte-parole de l’association Résistance à l’a­gres­sion publi­ci­taire (Rap). « Éric Piolle a tenu ses enga­ge­ments de cam­pagne et ceux qu’il a pris auprès de Rap en répon­dant au ques­tion­naire Opération Ville propre, envoyé aux can­di­dates et can­di­dats aux muni­ci­pales de 2014 avant qu’ils ne soient élus. »

 

 

Opération Pas de pub, des arbres © Paysages de France

Opération Pas de pub, des arbres du 28 février 2014 © Paysages de France

Une vic­toire éga­le­ment saluée par l’as­so­cia­tion de pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment  Paysages de France, dont le siège natio­nal est à Grenoble. Une satis­fac­tion d’au­tant plus grande pour ses adhé­rents, que la non-recon­duc­tion du contrat avec JCDecaux fut l’une des pro­po­si­tions phares de l’as­so­cia­tion expri­mée à la nou­velle équipe muni­ci­pale avant l’é­lec­tion. Donc, parole tenue pour son pré­sident, qui rap­pelle que le maire de Grenoble avait aussi appelé à sou­te­nir son opé­ra­tion Pas de pub, des arbres, en février der­nier, alors que la cam­pagne des muni­ci­pales bat­tait son plein. Cerise sur la gâteau, le maire pré­voit que 30 à 50 arbres seront plan­tés en lieu et place d’anciens espaces publicitaires.

 

 

Une mesure révolutionnaire

 

 

« Interdire toute publi­cité dans l’es­pace public, ce devrait-être nor­ma­le­ment la règle, estime Pierre-Jean Delahousse. Il n’y a aucune rai­son que ce domaine, qui appar­tient à tous les citoyens, se retrouve être un sup­port de publi­cité qui ne pro­fite qu’à cer­tains, tout en pol­luant le pay­sage urbain. »

 

© RAP

© RAP

Pour Khaled Gaiji, la déci­sion du maire est plus qu’une bonne nou­velle. « C’est une mesure révo­lu­tion­naire parce que la ville n’a pas pri­vi­lé­gié l’as­pect moné­taire avant tout, le sec­teur éco­no­mique avant la liberté de récep­tion ». Et d’a­jou­ter : « C’est une pre­mière pour une grande ville. Lille, Paris et Lyon ne prennent pas ce genre de déci­sion. »

 

D’après lui, c’est aussi une mesure démo­cra­tique. « Il n’est en effet pas nor­mal que des grandes entre­prises aient le mono­pole d’ex­pres­sion dans l’es­pace public au détri­ment des autres. Réduire le nombre de pub va ame­ner plus d’é­ga­lité dans le sec­teur des entre­prises. »

 

 

Entre 500 et 3 000 messages publicitaires par jour

 

 

© RAP

Opération de sen­si­bi­li­sa­tion sur un pan­neau d’af­fi­chage publi­ci­taire.          © RAP

« On reçoit entre 500 et 3000 mes­sages publi­ci­taires par jour, tous for­mats confon­dus ! » déplore Khaled Gaiji, pour qui le tota­li­ta­risme de la publi­cité est par­tout : à la télé, dans les jour­naux, sur Internet, dans l’es­pace public… D’où son com­bat pour libé­rer le citoyen : « il faut défendre la liberté de récep­tion, tant mise à mal dans l’es­pace public, où la publi­cité est impo­sée aux citoyens. »

 

Pour l’as­so­cia­tion Rap, la pub n’est pour­tant pas un ennemi en soi. « La liberté d’ex­pres­sion avant tout. » Elle dit sim­ple­ment « non au bom­bar­de­ment publi­ci­taire. Oui à la réduc­tion du nombre de publi­ci­tés. Oui à la réduc­tion des for­mats d’af­fiche à 50 x 70 cm maxi. Et non aux pan­neaux éclai­rés, dérou­lants, ani­més, éner­gi­vores et intru­sifs. »

 

Rap sen­si­bi­lise la popu­la­tion, mène des actions péda­go­giques, informe. Et tout récem­ment, l’as­so­cia­tion a super­visé l’or­ga­ni­sa­tion du tout pre­mier fes­ti­val des luttes anti­pu­bli­ci­taires Démarquons-nous, qui s’est déroulé du 13 au 16 novembre 2014 à Paris. Un évé­ne­ment qui a connu un franc suc­cès, dont se réjouit Khaled Gaiji.

 

 

 

Une pollution visuelle

 

 

L’association Paysages de France qui n’est pas un mou­ve­ment anti­pub, se concentre, quant à elle, sur l’im­pact visuel et se place sur le ter­rain juri­dique. « Les pubs, les gens trouvent ça moche ! Si vous faite éva­luer le prix d’une mai­son avec à côté un pan­neau, elle sera déva­luée de 20 %. C’est objec­tif. C’est bien la preuve que la publi­cité est une nui­sance » conclut Pierre-Jean Delahousse.

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

© Joël Kermabon – Place Gre’net

 

 

Et d’a­jou­ter : « Les pan­neaux publi­ci­taires le long des routes peuvent être aussi une source d’ac­ci­dents car ils attirent l’at­ten­tion des automobilistes. »

 

Paysages de France s’ap­puie sur le levier juri­dique pour, a minima, réduire la pub illé­gale. « Actuellement, la situa­tion est effa­rante dans les villes fran­çaises. Tous les trot­toirs sont enva­his par la publi­cité et en plus, 90 % de ces pan­neaux sont en infrac­tion. Les maires ne veulent sou­vent pas faire res­pec­ter le règle­ment auprès des publi­ci­taires et annonceurs. » 

 

Et dans ce domaine, JCDecaux, comme les autres affi­cheurs, est mon­tré du doigt. Pierre-Jean Delahousse enfonce le clou : « JCDecaux et les annon­ceurs qui sont com­plices – Carrefour, Auchan, Leclerc, Système U, le groupe des Mousquetaires etc. – se consi­dèrent en ter­rain conquis, se placent au-des­sus de la régle­men­ta­tion et en toute connais­sance de cause, violent la loi ! ».

 

En 20 ans, l’as­so­cia­tion a déjà obtenu 66 condam­na­tions de l’État suite aux carences des pré­fets dans l’ap­pli­ca­tion de la régle­men­ta­tion sur l’af­fi­chage publicitaire.

 

 

 

Des emplois à la clé ?

 

 

© RAP

Exemple d’ac­tion contre la publi­cité. © Rap

« Nous ne pen­sons pas que le mar­ché va réel­le­ment s’é­crou­ler s’il y a moins de pubs » affime Khaled Gaiji. « Sur 3 mil­lions d’en­tre­prises fran­çaises, seule­ment 550 détiennent 80 % du mar­ché publi­ci­taire et 21 000 ont accès à qua­si­ment 100 % de ce mar­ché. Les consé­quences éco­no­miques risquent donc d’af­fec­ter essen­tiel­le­ment les com­mer­çants les plus riches . »

 

 

Et, comme « le plus gros employeur de France est le sec­teur des PME, la plu­part des entre­prises devraient au contraire retrou­ver de la visi­bi­lité. Peut-être y aura-t-il donc peu de pertes d’emplois. Peut-être même plus d’op­por­tu­ni­tés pour les petites et moyennes entre­prises et, fina­le­ment, une réduc­tion du chô­mage. »

 

 

Pour Pierre-Jean Delahousse, d’ailleurs, la chose est enten­due : « Il y a des pays où il n’y a pas du tout de publi­cité et où l’é­co­no­mie fonc­tionne très bien, avec un taux de chô­mage qui est deux fois moins élevé qu’en France. C’est le cas de la Hollande, du Danemark, des Pays-Bas et de la Suède. »

 

 

Prudent, Khaled Gaiji pré­cise : « Cela mérite quand même des études sérieuses et neutres. » Quoi qu’il en soit, Grenoble foca­lise déci­dé­ment tous les regards et devient champ d’ex­pé­rience. Et Pierre-Jean Delahousse se prend à espé­rer que la ville puisse ser­vir d’exemple au niveau national.

 

 

 

Réduction des coûts indirects

 

 

© RAP

Autre type d’ac­tion anti­pub.© Rap

« La publi­cité est pro­blé­ma­tique parce qu’elle est mani­pu­la­trice » affirme Khaled Gaiji. Et de citer quelques-unes de ses méthodes, selon lui : la répé­ti­tion des mes­sages, les asso­cia­tions d’i­dées. « Elle est aussi vio­lente au niveau quan­ti­ta­tif et même, par­fois, dans le mes­sage véhi­culé. »

 

Pour le porte-parole de Rap, la publi­cité a des consé­quences avé­rées. « Elle génère des coûts indi­rects en terme de santé publique : pro­blème d’o­bé­sité asso­cié à la sur­con­som­ma­tion ; modèles de corps retou­chés dans les pubs qui véhi­culent des modèles de beauté pou­vant conduire à l’a­no­rexie… Trop de pub engendre une sur­charge cog­ni­tive qui peut pro­vo­quer des fatigues et dépressions. »

 

Autre pro­blème posé par la sur­con­som­ma­tion encou­ra­gée par la publi­cité, selon le mili­tant : le trai­te­ment des déchets, dont le coût est sup­porté par le contri­buable. « Sans comp­ter d’autres aspects encore. » Ainsi, la baisse du nombre de publi­ci­tés devrait, à l’en croire, avoir des effets béné­fiques. « Nous pen­sons que les coûts indi­rects vont bais­ser car il y aura moins de consé­quences sani­taires, moins de gas­pillage… »

 

L’argument le plus tan­gible selon Rap ? En tant que consom­ma­teurs, nous payons le coût de la publi­cité en ache­tant les pro­duits qu’elle vante, puisque ce coût jus­te­ment est inclus dans le prix. Au final, conclut Khaled Gaiji, « les frais de pub cachés reviennent à 480 euros par an par habi­tant. »

 

 

 

Pour une économie moins prédatrice

 

 

Khaled Gaiji l’as­sure : « Moins de publi­cité nous garan­tit une éco­no­mie moins pré­da­trice et plus saine ». Enthousiasmée par la déci­sion auda­cieuse d’Éric Piolle, Rap pro­po­sait d’ailleurs le jour-même à toute per­sonne dési­reuse de convaincre sa muni­ci­pa­lité de réduire la publi­cité dans l’espace public, d’envoyer une lettre type télé­char­geable sur son site.

 

Pour l’heure, les grandes villes sen­sibles à la pol­lu­tion publi­ci­taire optent, plu­tôt, pour la réduc­tion de la taille des pan­neaux publi­ci­taires que pour leur sup­pres­sion. La der­nière en date est Bordeaux, qui fera démon­ter les pan­neaux 4 x 3 en juillet 2015.

 

 

Véronique Magnin

 

 

 

Les Français et la publi­cité : “je t’aime encore un peu”
En 2013, 79 % des son­dés trou­vaient les pubs enva­his­santes, selon un son­dage TNS Sofres.

33 % des son­dés se disaient publiphobes.

 

 

Typologie som­maire des mou­ve­ments antipublicitaires

 

 

Actions léga­listes
Paysage de France, qui n’est pas anti­pu­bli­ci­taire mais défend le paysage
– L’association anti­pubs Rap, qui est la plus impor­tante au niveau natio­nal sur le plan quantitatif
Les chiennes de garde, qui luttent contre le sexisme de cer­tains mes­sages publicitaires

- Le Collectif contre le Publisexisme
Les cas­seurs de pub, qui cri­tiquent la sur­con­som­ma­tion et prônent la décroissance
La com­mu­nauté anti­pub sur Facebook
L’église de la très sainte consommation

Actions illé­gales
Les col­lec­tifs se créent sur­tout dans les endroits à forte den­sité urbaine. Le plus connu est celui des Déboulonneurs, qui mènent des actions de déso­béis­sance civile à visage décou­vert. Il font par­fois l’ob­jet de pro­cès. Ils se sont expri­més dans Libération sur l’ac­tua­lité grenobloise.

 

 

 

 

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Véronique Magnin

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