Center Parcs : les zadistes appellent à la mobilisation

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FOCUS – L’appel à la mobilisation des “zadistes”*, ce dimanche 30 novembre, contre le projet de Center Parcs dans les Chambarans fait planer l’ombre de Sivens. Alors que le juge des référés doit, le 12 décembre, se prononcer sur la suspension des travaux réclamée par la fédération de pêche de la Drôme, l’opposition au projet de Pierre et Vacances entre dans une nouvelle dimension. 

 

 

L'opposition au Center Parcs des Chambarans se cristallise. Après Sivens, Roybon ? DR

L’opposition au Center Parcs des Chambarans se cris­tal­lise. Après Sivens, Roybon ? DR

Roybon zone à défendre* ? Après Notre-Dame-des-Landes et Sivens, les oppo­sants aux « pro­jets inutiles et déme­su­rés » s’emparent d’un autre dos­sier : celui du Center Parcs des Chambarans.

 
Dimanche 16 novembre, les “zadistes” avaient déjà fait une incur­sion en terres roy­bon­naises, prê­tant main forte aux oppo­sants locaux. Ils étaient près de six-cents à dénon­cer ce pro­jet de vil­lage vacances porté par le groupe Pierre et Vacances qui, dans le bois des Avenières, pré­voit un mil­lier de bun­ga­lows cou­plés à un centre aqua­lu­dique
 
 
 

Opposants de l’ombre

 
 
Combien seront-ils dimanche 30 novembre ? Depuis plu­sieurs jours, les “zadistes” battent le rap­pel sur le net et les réseaux sociaux, appe­lant à la « mobi­li­sa­tion géné­rale, per­ma­nente, large et déter­mi­née ».
 
Des oppo­sants de l’ombre, élec­trons libres aux reven­di­ca­tions diverses. Écologistes, liber­taires, contes­ta­taires, mili­tants, sou­vent hors de tout mou­ve­ment et contrôle asso­cia­tif et sur­tout poli­tique qu’ils regardent avec méfiance. Leur mot d’ordre : la déso­béis­sance civile non vio­lente.
 
Les zadistes appellent à la mobilisation dimanche 30 novembre contre le Center Parcs des Chambarans. DR

Les zadistes appellent à la mobi­li­sa­tion dimanche 30 novembre contre le Center Parcs des Chambarans. DR

 
Sur le chan­tier de Roybon, des piquets et balises ont été arra­chés. Et puis, la colère est mon­tée d’un cran quand, dans la nuit du 21 au 22 novembre, des maté­riaux ont été incen­diés, comme l’a relaté le quo­ti­dien régio­nal Le Dauphiné Libéré.
 
Acte isolé ou mes­sage d’alerte ? Le pré­fet, jusque-là par­ti­cu­liè­re­ment silen­cieux, s’est fendu d’un com­mu­ni­qué, his­toire de jus­ti­fier la léga­lité (sic) des pro­cé­dures admi­nis­tra­tives. 
« Le public a été très lar­ge­ment consulté sur ce pro­jet puisque cinq enquêtes publiques ont été orga­ni­sées depuis 2009, au cours des­quelles il a donc pu lar­ge­ment s’exprimer », ajoute le repré­sen­tant de l’État. Les citoyens ont pu s’exprimer ; mais ont-ils été enten­dus ? 
 
 

Suspension des travaux ? Réponse le 12 décembre

 
 
Très remon­tée contre le pro­jet, la Fédération de pêche de la Drôme a, la pre­mière**, saisi le juge des réfé­rés pour récla­mer la sus­pen­sion des tra­vaux, au titre de la loi sur l’eau (un second référé au titre des espèces pro­té­gées devrait suivre). C’est peu dire que la déci­sion du juge, le 12 décembre, est atten­due. 
 
Car pour les asso­cia­tions, il s’agit de faire vite. A savoir obte­nir du juge qu’il ordonne l’arrêt pro­vi­soire des tra­vaux, en atten­dant que l’affaire soit jugée sur le fond, ce qui peut prendre plu­sieurs mois, voire plu­sieurs années. Une course contre la montre ?
Pour Pierre et Vacances, le temps presse aussi. D’abord pour tenir le calen­drier d’une ouver­ture pro­gram­mée à l’été 2017. Ensuite pour que ses inves­tis­seurs puissent béné­fi­cier du dis­po­si­tif d’exonération fis­cale, la loi Censi-Bouvard, pro­longé jusqu’au 31 décembre 2016…
 
Alors, sur le ter­rain, les tra­vaux vont bon train. En un mois, une tren­taine d’hectares d’arbres ont été abat­tus, soit 35 % de la sur­face. Le défri­chage devrait se pour­suivre jusqu’en juillet 2015. « Le chan­tier avance nor­ma­le­ment mal­gré un léger retard lié aux intem­pé­ries et aux inter­ven­tions des oppo­sants », assure la porte-parole du groupe. 
 
Center parcs de Roybon : un mois après le début des travaux, 30 hectares d'arbres ont été abattus, soit 35 % de la surface.

Les “zadistes” suivent de près l’é­vo­lu­tion des tra­vaux dans les Chambarans. A bord d’un ULM, ils ont ainsi pris les pho­tos du site et du défri­che­ment en cours. © DR

 
 

Machine arrière des collectivités

 
 
Officiellement, il n’y aurait pas de quoi frei­ner le pro­jet. Reste que, dans les cou­lisses, cer­tains font machine arrière. Le Conseil géné­ral, pour­tant fervent par­ti­san du pro­jet, a tiré un trait sur l’aide de 7 mil­lions d’eu­ros aux inves­tis­seurs pri­vés. Quant à la sub­ven­tion ini­tia­le­ment pré­vue, du même mon­tant, de la part du Conseil régio­nal (englo­bant for­ma­tion, maî­trise de l’éner­gie, sou­tien à la filière bois et pro­mo­tion du tou­risme local), elle est reve­nue sur la table après la demande des élus d’EELV de réexa­mi­ner le dos­sier au sein de la majo­rité… Pour l’heure, rien n’a été acté.
 
Sivens est passé par là. Le bar­rage du Tescou*** dans le Tarn, c’é­tait pour­tant 13 hec­tares de zones humides détruites, contre 76 rete­nus pour le Center Parcs des Chambarans. Sivens avait obtenu l’a­vis favo­rable, quoique réservé, de la com­mis­sion d’en­quête publique ; les Chambarans l’a­vis una­ni­me­ment défa­vo­rable des trois com­mis­saires-enquê­teurs… Sivens-Roybon, même com­bat ? Pour les “zadistes”, la réponse est clai­re­ment oui. 
 
 
Patricia Cerinsek
 
 
* L’acronyme Zad a été détourné en Zone à amé­na­ge­ment dif­féré. Les “zadistes” sont ceux qui défendent la zone en ques­tion contre des pro­jets d’a­mé­na­ge­ment.
 
** La Frapna, qui a déjà déposé deux recours au fond, devrait sai­sir le juge des réfé­rés d’ici la fin de la semaine. L’association Pour les Chambarans Sans Center Parcs (PCSCP) a, de son côté, déposé hier un recours devant le tri­bu­nal admi­nis­tra­tif contre l’au­to­ri­sa­tion de des­truc­tion d’es­pèces pro­té­gées, ainsi qu’un recours pour un référé en sus­pen­sion de tra­vaux.
 
***  La Commission euro­péenne a ouvert, ce mer­credi 26 novembre, une pro­cé­dure d’in­frac­tion à l’en­contre de la France à pro­pos du bar­rage de Sivens dans le Tarn. Pour Bruxelles, « les auto­ri­tés fran­çaises ont lancé le pro­jet non­obs­tant la dété­rio­ra­tion de l’é­tat éco­lo­gique de la masse d’eau qu’il est sus­cep­tible d’en­traî­ner ».
 
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Commentaires 2
  1. Merci de don­ner les bons chiffres sur la sur­face de zones humides impac­tées. On ne peut pas reprendre tels quels les chiffres erro­nés four­nis par les cabi­nets d’é­tudes sou­doyés par Pierre et Vacances, mais plu­tôt ceux indi­qués par les experts indé­pen­dants man­da­tés par l’en­quête publique, qui parlent eux de 110 à 120 ha ! (près de 10 fois Sivens !)

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    • PC

      29/11/2014
      13:05

      Si vous lisez bien l’ar­ticle, nous par­lons de « 76 hec­tares rete­nus ». Les cabi­nets d’é­tudes de P & V avaient avancé le chiffre de 71 hec­tares de zones humides détruites, les com­mis­saires-enquê­teurs, eux, par­laient de 110 à 120 hec­tares. Le pré­fet a fina­le­ment arrêté le chiffre à 76. C’est le nombre d’hec­tares rete­nus, à com­pen­ser. Pour plus de détails, vous pou­vez lire l’ar­ticle Center parcs : la démo­cra­tie bâillon­née ?.

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