Christian Coigné : « Je vais quitter l’UDI »

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ENTRETIEN – Déçu par la concen­tra­tion « pari­sienne » des déci­sions du parti cen­triste, Christian Coigné pré­pare sa démis­sion de l’Union des démo­crates indé­pen­dants (UDI). Le maire de Sassenage, meneur de la fronde des élus locaux contre les emprunts toxiques de la banque Dexia, s’agace éga­le­ment du désen­ga­ge­ment de l’État qui laisse les maires seuls face à leurs res­pon­sa­bi­li­tés « gran­dis­santes ». Pour autant, cela ne l’empêche pas de se pré­sen­ter à sa propre suc­ces­sion.
 
 
 
Christian Coigné quitte l'UDI

© Nils Louna / placegrenet.fr

Engagé dans la vie asso­cia­tive de Sassenage « depuis tou­jours », Christian Coigné a pris goût à la poli­tique suite à son élec­tion en qua­lité de secré­taire de l’office muni­ci­pal des sports dans les années 80. Il appa­raî­tra ensuite dans l’équipe de Dominique Valeille, can­di­dat vic­to­rieux aux muni­ci­pales en 1983, après six man­dats de Roger Deschaux, dans la com­mune située aux pieds du Vercors. Sous l’exécutif RPR de la nou­velle muni­ci­pa­lité, il adhère pour sa part à l’UDF qu’il quit­tera en 2007. Il s’écarte de la vie poli­tique en 1987 pour une paren­thèse mont­pel­lié­raine, où il dirige la branche d’une entre­prise de maté­riel élec­trique basée à La Tronche.
 
En 1995, il devient le lea­der de l’opposition à Sassenage, après la défaite de l’équipe muni­ci­pale sor­tante. Il se pré­sente en 2001 et obtient le fau­teuil de maire. Il est éga­le­ment élu, en 2010, pré­sident de la fédé­ra­tion de l’Isère du Nouveau centre d’Hervé Morin, qui appar­tient aujourd’hui à la confé­dé­ra­tion des par­tis de centre droit de l’UDI. Il est, par ailleurs, vice-pré­sident de l’association des maires de l’Isère.
Enfin, Christian Coigné mène au plan natio­nal, avec d’autres élus locaux, la bataille judi­ciaire contre les emprunts toxiques de Dexia.
 
 
Christian Coigné quitte l'UDI

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Avant toute chose, vous sou­hai­tez nous faire part d’une déci­sion. Quelle est-elle ?
 
Je m’apprête à quit­ter l’Union des démo­crates indé­pen­dants. Je ne sup­porte plus l’entremise du bureau natio­nal dans toutes les déci­sions poli­tiques locales. Ils oublient l’intérêt géné­ral des citoyens qui passe par la vie locale. Les par­tis poli­tiques nous sec­ta­risent en nous can­ton­nant à une idéo­lo­gie. C’est dépassé. Je n’ai plus de temps à consa­crer à cela. Je ne sou­haite plus avoir d’autres inté­rêts que ceux de Sassenage à gérer. Cela m’occupe de 7h du matin à 22h le soir, sans que je ne puisse tout faire.
 
Jean-Louis Borloo appelle, par exemple, le lundi pour pré­ve­nir qu’une réunion est fixée le mer­credi soir à Paris. Cela bloque deux jours dans la semaine aux élus locaux. C’est impos­sible. Le pari­sia­nisme tue la vie poli­tique.
 
Je res­te­rai donc adhé­rent du Nouveau centre mais je pré­vois de démis­sion­ner du bureau dépar­te­men­tal de l’UDI.
 
 
Christian Coigné quitte l'UDI

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Le bureau de la fédé­ra­tion isé­roise de l’UDI – auquel vous sié­gez tou­jours pour l’instant – sou­tient Matthieu Chamussy pour les élec­tions muni­ci­pales à Grenoble. Cependant, Nicolas Pinel, mis­sionné par Jean-Louis Borloo pour repré­sen­ter les inté­rêts de l’UDI à Grenoble, assure lui qu’aucune déci­sion n’est prise. Cette dicho­to­mie de l’UDI par­ti­cipe-t-elle à votre déci­sion ?
 
La cen­tra­li­sa­tion des déci­sions du parti ne fonc­tionne pas. Les cadres diri­geants n’ont pas conscience du contexte local. Il y a un an, je sou­hai­tais qu’une liste UDI soit mon­tée sur Grenoble pour par­ti­ci­per à la visi­bi­lité du parti. Jean-Louis Borloo m’avait répondu par la néga­tive. La tête de liste pour Grenoble était, selon lui, don­née à l’UMP. Je lui avais pour­tant pré­senté la situa­tion gre­no­bloise. Celle d’une droite n’arrivant pas à se déci­der et exas­pé­rant ses élec­teurs. Il fal­lait que l’UDI soit moteur du ras­sem­ble­ment.
 
Nicolas Pinel sou­haite mon­ter une liste, en reven­di­quant faus­se­ment l’aval de Jean-Louis Borloo. Ce qui était envi­sa­geable il y a un an est aujourd’hui impos­sible à seule­ment quatre mois des élec­tions. Contrairement aux autres per­son­na­li­tés de la droite, Matthieu Chamussy nous assure de co-construire son pro­jet. Le bureau dépar­te­men­tal de l’UDI a demandé à Jean-Louis Borloo d’écarter Nicolas Pinel et de le démettre de sa mis­sion à Grenoble. Mais l’instance natio­nale de l’UDI refuse d’adopter une posi­tion claire et laisse pour­rir la situa­tion.
 
 
Christian Coigné quitte l'UDI

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Quand démis­sion­ne­rez-vous ?
 
J’ai consulté les membres du bureau et les ai aver­tis de ma volonté. Je démis­sion­ne­rai cer­tai­ne­ment début décembre, sauf si le bureau natio­nal tranche en notre faveur à la réunion de mardi pro­chain.
 
 
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L’UDI s’est rap­pro­chée la semaine der­nière du Modem de François Bayrou. Comprenez-vous cette entente ?
 
J’y étais per­son­nel­le­ment opposé. Le Nouveau centre avait pro­posé un amen­de­ment qui accep­tait une alliance, mais par absorp­tion du Modem au sein de l’UDI, qui est déjà la fédé­ra­tion de plu­sieurs par­tis. Jean-Louis Borloo a accepté cette union par ami­tié avec François Bayrou. Mais il a oublié de consi­dé­rer la décep­tion qu’incarne ce der­nier pour une par­tie de l’électorat cen­triste depuis la pré­si­den­tielle.
 

 

Christian Coigné quitte l'UDI

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Pour avoir tra­vaillé avec lui au sein de l’UDF, je sais que c’est un homme égoïste. Son inté­rêt élec­to­ral prime dans les déci­sions du parti. Les per­sonnes qui l’entourent et celles qui repré­sentent le Modem sur le ter­ri­toire sont des appa­rat­chiks qui le sou­tiennent. Comment pou­vons-nous aujourd’hui tra­vailler avec les mili­tants du Modem sur le ter­ri­toire, après les avoir tant com­bat­tus ? La poli­tique n’est pas qu’une ques­tion d’alliance. C’est aussi une his­toire de per­sonnes.
 
Je n’accepte plus le dik­tat pari­sia­niste dans la ges­tion des enjeux locaux. Les par­tis poli­tiques, comme les pou­voirs publics, sont décon­nec­tés des réa­li­tés de nos ter­ri­toires.
 
 
Qu’est-ce qui vous fait dire que les pou­voirs publics négligent éga­le­ment le local ?
 
30% des maires isé­rois ne se repré­sen­te­ront pas en 2014. Sous ce gou­ver­ne­ment, comme sous le pré­cé­dent, il y a une décen­tra­li­sa­tion tech­nique et finan­cière des res­pon­sa­bi­li­tés de l’État, mais pas des déci­sions. Au final, il s’a­git donc d’un désen­ga­ge­ment, pas d’une décen­tra­li­sa­tion. Cela alour­dit les res­pon­sa­bi­li­tés des maires, tout en les iso­lant.
 
Par exemple, à Sassenage, où les digues du Furon sont vieillis­santes et menacent de se per­cer à plu­sieurs endroits. La réno­va­tion coû­tera 3,2 mil­lions d’euros. Le finan­ce­ment est dis­po­nible depuis un an. Mais au moment de démar­rer les tra­vaux, la pré­fec­ture m’a averti que des études sur les pois­sons devaient être au préa­lable réa­li­sées pen­dant un an. Si une inon­da­tion sur­vient, je serai en revanche le seul res­pon­sable. A chaque fois qu’il y a de fortes pluies et que le Furon monte, je m’inquiète car les digues peuvent explo­ser et inon­der la plaine.
 
 
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Dexia a été débouté le mois der­nier de ses pour­suites pour dif­fa­ma­tion à l’encontre d’un repor­tage d’Envoyé Spécial. Vous avez été entendu comme témoin dans le pro­cès car vous aviez par­ti­cipé au repor­tage. Comment inter­pré­tez-vous ces conclu­sions judi­ciaires ?
 
C’est la recon­nais­sance que tout ce qui a été dit dans le repor­tage est vrai. Je décla­rais que nous avions été abu­sés par les com­mer­ciaux de cet éta­blis­se­ment ban­caire, suite à un réamé­na­ge­ment d’emprunt en 2010, éta­bli avec un taux d’intérêt trom­peur. Alors que le prêt ini­tial était de 4,2 mil­lions d’euros, nous devrions aujourd’hui rem­bour­ser un total de 14 mil­lions d’euros.
 
Le pro­cès a été dif­fi­cile à vivre car les avo­cats de Dexia cher­chaient à nous pous­ser à bout pour obte­nir des infor­ma­tions avant l’audience qui nous oppo­sera à eux l’année pro­chaine. Nous récla­me­rons 19 mil­lions de dédom­ma­ge­ment.
 
 
Christian Coigné quitte l'UDI

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Vous avez décidé en juin 2012 de ne plus payer les inté­rêts de l’emprunt, mais seule­ment le capi­tal. N’est-ce pas une façon d’endosser le rôle du « fron­deur » pour faire oublier aux Sassenageois la contrac­tion du prêt ?
 
Nous étions 52 col­lec­ti­vi­tés isé­roises à avoir contracté ces emprunts ou réamé­na­ge­ments d’emprunts. Même le socia­liste Didier Migaud l’avait fait pour la com­mune de Seyssins et pour la Métro. Or, à l’époque, je n’étais pas un expert ban­caire et finan­cier, contrai­re­ment à lui qui était pré­sident de la com­mis­sion des Finances à l’assemblée natio­nale et qui est aujourd’hui pre­mier pré­sident de la Cour des comptes.
 
L’opposition sas­se­na­geoise me reproche aujourd’­hui cet amé­na­ge­ment d’emprunt, mais il est dans la vie éco­no­mique des com­munes d’emprunter pour inves­tir. Elle ne par­vien­dra pas à faire oublier qu’à mon élec­tion, en 2001, j’ai trouvé un état des finances catas­tro­phique. Le pré­fet sou­hai­tait même mettre la com­mune sous tutelle. L’affaire Dexia n’a, pour l’heure, rien coûté aux Sassenageois, contrai­re­ment à d’autres villes. Les impôts locaux n’ont pas aug­menté et nous conti­nuons d’investir 4 mil­lions d’euros par an. Les inté­rêts de l’emprunt sont blo­qués, avec l’aval de la chambre régio­nal des comptes, jusqu’à ce que nous ayons la déci­sion de jus­tice défi­ni­tive.
 
Il serait pour­tant plus facile d’augmenter les impôts et de payer la dette. Une simple déli­bé­ra­tion en conseil muni­ci­pal suf­fi­rait, alors que faire des éco­no­mies de fonc­tion­ne­ment et mener l’affaire en jus­tice repré­sente un tra­vail du quo­ti­dien.
 
 
Christian Coigné quitte l'UDI

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Dans ces condi­tions, serez-vous can­di­dat à votre suc­ces­sion en mars 2014 ?
 
Je sou­haite effec­tuer au moins un nou­veau man­dat car j’ai un pro­jet de ville qui s’échelonne sur six ans. Le pas­sage de l’agglomération gre­no­bloise en métro­pole va chan­ger la ville. Les maires auront moins de com­pé­tences, notam­ment en matière d’urbanisme. Les élus de l’agglomération sou­haitent den­si­fier Sassenage car c’est la seule ville où demeurent des ter­rains libres et construc­tibles. Mais nous sommes la seule com­mune de l’agglomération à pos­sé­der un tel patri­moine tou­ris­tique, de nom­breuses zones de loi­sirs et un office de tou­risme.
 
Je sou­haite donc pro­té­ger le pou­mon sas­se­na­geois de l’agglomération gre­no­bloise en obte­nant le label « ville clas­sée tou­risme » qui pré­ser­vera la ville des défor­ma­tions urbaines. Il faut lais­ser le choix d’habiter dans des immeubles en cœur d’agglomération ou dans des mai­sons indi­vi­duelles en péri­phé­rie.
 
Deuxièmement, j’ai redressé les finances de la com­mune et je ne vou­drais pas que cela retombe. Je sou­haite éga­le­ment conti­nuer mon com­bat judi­ciaire contre Dexia. Les élec­teurs choi­si­ront. Je ne suis pas accro­ché à ce man­dat, mais j’ai encore toute mon éner­gie à y consa­crer.
 
 
Propos recueillis par Victor Guilbert
Photos de Nils Louna  
 
 
L’entretien a été réa­lisé le jeudi 14 novembre, dans le bureau de Christian Coigné, à la mai­rie de Sassenage. Il n’a pas été sou­mis à relec­ture.
 
 
 
Extrait d’ouvrage choisi par Christian Coigné
 
 
LaFormuleDeDieu« La for­mule de Dieu » de José Rodrigues Dos Santos :
 
« À la fin du Silence se trouve la réponse,
À la fin de nos jours se trouve la mort,
À la fin de notre vie, un nou­veau com­men­ce­ment. »
 
La convic­tion qu’il en tire
 
J’ai aimé ce livre qui donne – par un roman faci­li­tant la lec­ture – une ver­sion argu­men­tée, tech­nique et scien­ti­fique de l’origine de l’Univers et de son déve­lop­pe­ment. Ce livre nous inter­roge sur notre ori­gine, par-delà son créa­teur, en expli­quant que toute consé­quence découle d’une cause. Nous remon­tons à tra­vers la lec­ture d’une consé­quence à une cause. Mais quelle est la cause à l’origine du Bing-Bang ? Simplement pas­sion­nant.
  
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