Michel Destot, ancien maire de Grenoble, avec son premier adjoint de l'époque, Jérôme Safar. © Ville de Grenoble

Destot-Safar : les des­sous d’une annonce

Destot-Safar : les des­sous d’une annonce

Ce ven­dredi 20 sep­tembre, Michel Destot annon­çait qu’il ne se repré­sen­te­rait pas aux muni­ci­pales de 2014. Une infor­ma­tion que nous avons bien évi­dem­ment relayée sur Place Gre’net, mais sans la trai­ter comme nous l’au­rions sou­haité. Retour sur les des­sous d’une annonce. 

Michel Destot maire de Grenoble passe le relais à Jérôme Safar.

Michel Destot et Jérôme Safar : la photo offi­cielle. © Mairie de Grenoble.

20h30 pas­sées, ven­dredi der­nier dans les locaux de Place Gre’net. Nous pre­nons connais­sance d’un com­mu­ni­qué de presse tout juste envoyé par la mai­rie de Grenoble : Michel Destot annonce qu’il passe le relais à son pre­mier adjoint, Jérôme Safar. Aussitôt, nous déci­dons de trai­ter cette infor­ma­tion poli­tique majeure. Et nous décou­vrons, avec sur­prise, que l’info est déjà à la une sur le site du Dauphiné, de France 3, de France Bleu Isère et de 20 Minutes. Bref, nous arri­vons, comme l’on dit, après la bataille !
Force est de consta­ter que ces médias ont tous obtenu l’in­for­ma­tion, bien en amont. Les inter­views fil­mées ne laissent d’ailleurs pla­ner aucun doute, puisque le maire et son pre­mier adjoint s’ex­priment sous un grand ciel bleu. Une salve d’ar­ticles tous plus « exclu­sifs » les uns que les autres pour le moins surprenante.
Nous avons joint par télé­phone, ce mardi 24 sep­tembre, le cabi­net du maire pour savoir s’il avait contacté direc­te­ment cer­tains médias locaux pour leur faire part de l’an­nonce en ques­tion. Ce à quoi, on nous a répondu : « Je contacte qui je veux et n’ai pas de comptes à rendre en la matière. »
Et de pré­ci­ser : « Nous avons répondu à des demandes de médias locaux qui nous inter­ro­geaient régu­liè­re­ment depuis le 9 sep­tembre sur les annonces qui pou­vaient inter­ve­nir concer­nant le maire de Grenoble. »

Michel Destot maire de Grenoble passe le relais à Jérôme Safar.

Le com­mu­ni­qué de presse de la mai­rie de Grenoble.

Concernant l’ab­sence de confé­rence presse orga­ni­sée, la réponse se fait plus pré­cise : « Il y avait une volonté du maire et de Jérôme Safar de pri­vi­lé­gier des ren­dez-vous indi­vi­duels et pas col­lec­tifs en la matière. […] Sauf erreur de notre part, nous n’a­vons jamais été contac­tés ni direc­te­ment, ni indi­rec­te­ment par Place Gre’net sur cette ques­tion, contrai­re­ment à vos confrères et col­lègues du Dauphiné, de France 2, de France 3, de 20 Minutes et de Télégrenoble qui ont usé et abusé de notre numéro dans les semaines qui ont pré­cédé pour avoir une infor­ma­tion. »
Une jus­ti­fi­ca­tion pour le moins sur­pre­nante, dans la mesure où nous étions en rela­tion depuis le 6 sep­tembre avec le ser­vice presse de la mai­rie qui devait reve­nir vers nous afin d’or­ga­ni­ser une inter­view de Michel Destot. Celle-ci devait paraître ce dimanche 22 sep­tembre, mais en dépit de plu­sieurs relances par mail nous n’a­vons fina­le­ment eu aucune nou­velle avant l’an­nonce de vendredi.
Plus gênant encore, des confrères qui avaient eu vent, ven­dredi der­nier, de la pos­si­bi­lité d’une annonce d’im­por­tance ont demandé au ser­vice presse si un point presse était prévu. Ils se sont vu répondre, vers midi, qu’au­cune confé­rence de presse n’é­tait à l’ordre du jour… Une façon de jouer sur les mots.
Calcul poli­tique

Michel Destot maire de Grenoble passe le relais à Jérôme Safar.

Capture d’é­cran de la vidéo de l’in­ter­view de Michel Destot et Jérôme Safar par France 3.

Qu’un poli­tique fasse le choix d’ac­cor­der, à un média par­ti­cu­lier, la pri­meur d’une annonce impor­tante, comme son enga­ge­ment dans la cam­pagne des muni­ci­pales par exemple, passe encore. On peut com­prendre qu’il entende ainsi pri­vi­lé­gier un sup­port au lec­to­rat plus large.
Qu’une muni­ci­pa­lité choi­sisse, en revanche, d’in­for­mer en avant-pre­mière quelques médias triés sur le volet, en leur lais­sant le temps de réa­li­ser des inter­views et de sor­tir l’in­for­ma­tion – et ce plus de trois quart d’heure avant le com­mu­ni­qué offi­ciel ! – relève pour le coup, du cal­cul politique.
Car si l’on y réflé­chit bien, ce deux poids deux mesures n’est pas si ano­din qu’il n’en a l’air. D’aucuns pour­ront rétor­quer qu’il s’a­gis­sait là d’é­vi­ter que l’an­nonce ne s’é­bruite avant qu’elle ne soit offi­ciel­le­ment confir­mée. Mais l’ar­gu­ment ne tient pas. Il est en effet cou­rant que les rédac­tions reçoivent des com­mu­ni­qués avec une infor­ma­tion « sous embargo » jus­qu’à une date ou une heure pré­cise. De cette façon, les jour­na­listes peuvent la trai­ter en amont, puis la sor­tir au moment indiqué.
Communication bien rodée
Or, ce n’est pas le choix qui a été fait. Pire, alors que le com­mu­ni­qué de presse était prêt à par­tir à 18h40 (heure d’en­re­gis­tre­ment du com­mu­ni­qué final), celui-ci n’a été envoyé qu’à 20h34. Plus de 3/4 heures après la pre­mière annonce sur le site du Dauphiné et une demi-heure après celles sur le site de France 3, de France Bleu Isère ou de 20 Minutes. Difficile donc de jus­ti­fier une telle réten­tion de l’in­for­ma­tion par la volonté de lais­ser la pri­meur de l’an­nonce à Michel Destot auprès de ses militants.
Michel Destot maire de Grenoble passe le relais à Jérôme Safar.

Capture d’é­cran de la vidéo de l’in­ter­view de Michel Destot et Jérôme Safar par le Dauphiné.

« Nous n’a­vons pas de rela­tions pri­vi­lé­giées avec qui que ce soit. Il n’y a pas une sphère poli­tico-média­tique qui gère ce genre de choses ensemble », se défend t‑on au cabi­net du maire.
Dont acte. Mais au final, et sans entrer dans une polé­mique sté­rile sur le favo­ri­tisme pré­sumé à l’é­gard de tel ou tel média, ne faut-il pas y voir un moyen de maî­tri­ser au maxi­mum la com­mu­ni­ca­tion autour de ce pas­sage de relais ? En agis­sant de la sorte, la muni­ci­pa­lité a en effet laissé très peu de marges de manœuvre aux jour­na­listes. D’un côté, ceux, « pri­vi­lé­giés » « très bien infor­més » qui ont pu relayer le dis­cours offi­ciel, via des inter­views accor­dées en avant-pre­mière. De l’autre, ceux, « de seconde zone » « moins bien infor­més » qui ont dû se conten­ter de rédi­ger en urgence un article pour trai­ter cette infor­ma­tion ne pou­vant être repor­tée… et ce fai­sant ont dû se limi­ter au dis­cours offi­ciel, par manque de temps.
Simple et dia­ble­ment efficace !
Paul Turenne

La rédaction

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